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Le Royaume-Uni et l’Europe

Des relations tourmentées

Membre du Marché commun depuis 1972, le Royaume-Uni a toujours entretenu des rapports ambigus avec la construction européenne. Les Britanniques ont cependant fortement influencé l’évolution de l’Union européenne vers un vaste marché libéralisé et ouvert ; ils se sont opposés à toutes les avancées vers une Europe sociale et vers une union politique. Depuis les années 1970, le débat britannique sur l'Europe a souvent porté sur des variables économiques, alors que le véritable problème – la volonté des Britanniques de conserver leur souveraineté – est politique. En 1984, l’exigence de Margaret Thatcher, la baisse de la contribution du Royaume-Uni à l’Union européenne (I want my money back), avait marqué les esprits européens comme symbole du refus de la solidarité européenne. En 2015, la contribution britannique à l’UE représentait, en brut, 0,77 % de son revenu national brut (contre 0,78 % pour l’Allemagne ; 0,83 % pour la France), mais 0,59 % en net, c’est-à-dire une fois déduit ce que le pays a perçu en retour (contre 0,43 % pour l’Allemagne et 0,20 % pour la France).

L'entrée dans le système monétaire européen (SME), en 1990, avait déjà provoqué un débat public houleux. Les industriels craignaient pour leur compétitivité, les autorités monétaires pour la limitation de leurs marges de manœuvre. Victime de la spéculation, le Royaume-Uni a dû quitter le SME le 16 septembre 1992. Dans les années 2010, vue depuis le Royaume-Uni, l’Union européenne n’est rien d’autre qu’un espace de libre-échange, et les Britanniques restent opposés à l'adoption de la monnaie européenne, refusant d'abandonner la livre. Le traité de Maastricht (1992) comportait une clause d’exemption pour le Royaume-Uni, qui n’était pas tenu de préparer son adhésion à l’euro. En 1997, Gordon Brown édicta cinq tests pour évaluer l’intérêt pour le Royaume-Uni d’adopter l’euro : ils furent négatifs en 1997 comme en 2003. La comparaison entre les performances de l’économie britannique (affaiblie par l’importance de son secteur financier) et celles de la zone euro pendant la crise de 2008 aurait pu donner à l'adhésion à la zone euro une attractivité nouvelle. Toutefois, les spéculations qui ont secoué les marchés à partir de 2009, liées à la situation de l’Irlande, puis de la Grèce, ont fait perdre à la zone euro son image de zone de stabilité financière aux yeux des Britanniques.

En janvier 2013, face à la montée des eurosceptiques au sein du parti conservateur et de UKIP, parti antieuropéen et anti-immigration de Nigel Farage, David Cameron promet d’organiser un référendum sur la sortie de l’Union européenne s’il remporte les élections. À partir de cette date, la question du maintien du Royaume-Uni dans l’UE occupera le devant de la scène.

Le Royaume-Uni sort des institutions de l’UE à la fin de janvier 2020 et du marché unique dans les derniers jours de l’année, après l’accord de compromis du 24 décembre.

Le Brexit

Le référendum du 24 juin 2016 : le saut dans l’inconnu

Après la victoire des conservateurs en 2015, David Cameron avait engagé des discussions avec l’UE pour un nouveau statut du Royaume-Uni dans une UE réformée. L’accord de février 2016 accordait aux Britanniques des garanties en matière de souveraineté nationale, de gouvernance européenne, de réformes libérales visant une compétitivité accrue de l’UE et de droit à restreindre l’immigration des travailleurs en provenance de l’UE.

Au référendum du 24 juin, David Cameron et son gouvernement appellent les Britanniques à voter pour rester dans l’UE et à ne pas faire le « saut dans l’inconnu ». Mais ni l’accord avec l’UE ni les analyses publiées par le gouvernement et les institutions internationales alertant sur l’impact économique négatif d’une sortie de l’UE – une baisse du PIB proche de 7 % à long terme, même avec un accord de libre-échange (HM Treasury, 2016) – ne convainquent les Britanniques : 51,9 % votent pour la sortie, le Brexit, provoquant également la démission de David Cameron.

Campagne contre le Brexit au Royaume-Uni, 2016

Photographie : Campagne contre le Brexit au Royaume-Uni, 2016

Le Premier ministre britannique en campagne à Bristol le 22 juin 2016, veille du référendum sur le Brexit. David Cameron, contraint d'honorer la promesse électorale faite en 2013, tente d'empêcher la rupture entre Londres et l'Union européenne, en vain. 

Crédits : Geoff Caddick/ Pool/ AFP

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Ce vote est principalement dû à des raisons politiques : il exprime la volonté des Britanniques de regagner leur souveraineté nationale, de ne plus être soumis aux décisions des institutions européennes, notamment celles de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), et de pouvoir contrôler les entrées de travailleurs de l’UE. Paradoxalement, il a rassemblé les victimes de la [...]

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Margaret Thatcher lors de sa première élection en 1979

Margaret Thatcher lors de sa première élection en 1979
Crédits : Hulton-Deutsch/ Hulton-Deutsch Collection/ Corbis Historical/ Getty Images

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Dette publique du Royaume-Uni

Dette publique du Royaume-Uni
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Campagne contre le Brexit au Royaume-Uni, 2016

Campagne contre le Brexit au Royaume-Uni, 2016
Crédits : Geoff Caddick/ Pool/ AFP

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Vers un accord Londres-Bruxelles, 2020

Vers un accord Londres-Bruxelles, 2020
Crédits : Aaron Chown/ WPA Pool/ Getty Images

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Écrit par :

  • : professeur associé à l'IFP School, responsable du programme Petroleum Economics and Management
  • : économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques

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Pour citer l’article

Emmanuel HACHE, Catherine MATHIEU, « ROYAUME-UNI - Économie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/royaume-uni-economie/