ROMAN DE LA ROSE (G. de Lorris et J. de Meun)Fiche de lecture

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Dits et contredits

Jean de Meun reprend à son prédécesseur le motif de la quête et le grand ballet des allégories. Mais à l'écriture très ornée de Guillaume, il substitue un style où domine le débat d'idées – sur le modèle des pratiques universitaires – et inscrit dans la trame narrative des digressions qui forment finalement l'essentiel de l'œuvre. Condamnant le discours précieux et les conduites contraintes de la fin'amor, Jean de Meun tend au rêveur et aux lecteurs un « miroir aux amoureux ». Le roman devient une suite de « dits », prononcés par des allégories qui toutes questionnent la nature de l'amour. Raison propose au rêveur l'amour de la raison. Ami laisse parler, pour mieux le contredire, un affreux mari jaloux et misogyne. La Rose, ou plutôt l'une de ses émanations, Bel Accueil, fait l'objet d'un enseignement au féminin, délivré par la Vieille, qui est une vigoureuse leçon de cynisme. Faux Semblant démasque les agissements coupables des ordres mendiants. Les plus longs discours émanent de Nature qui se plaint à son chapelain Génius de l'inconduite des hommes : alors que tout dans l'univers accomplit ce pour quoi il a été créé, l'homme seul refuse de participer à la perpétuation des espèces que Nature s'épuise à forger. D'où l'appel final de Génius à l'amant et aux troupes d'Amour : il faut utiliser les outils que Dieu vous a donnés pour que la vie l'emporte sur la mort, pour que vous puissiez un jour être accueillis dans le Pré infiniment ouvert où le Bon Pasteur garde ses brebis et boire à l'inépuisable Fontaine de vie. De même que Pygmalion, figure de l'artiste et de l'écrivain, a su avec l'aide de Vénus donner vie à sa statue, de même le rêveur finit par atteindre le but de son pèlerinage : déflorer et engrosser la rose.

Long « contredit » apporté au discours courtois de Guillaume, le texte de Jean de Meun est aussi le lieu où s'affrontent, sans jamais aboutir à la « définitive sentence », les « contraires choses ». Au lecteur de choisir son camp, à moins qu'il ne se laisse entraîner dans ce texte qui propose un [...]

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Pour citer l’article

Emmanuèle BAUMGARTNER, « ROMAN DE LA ROSE (G. de Lorris et J. de Meun) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/roman-de-la-rose-g-de-lorris-et-j-de-meun/