FLOREY ROBERT (1900-1979)

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Le metteur en scène Robert Florey restera dans les mémoires comme le témoin privilégié de l'élaboration des premiers studios hollywoodiens, comme l'historien qui a su restituer toute l'ambiance de La Mecque du cinéma, et surtout comme un artisan ayant occupé diverses fonctions : il a été correspondant de presse, scénariste, découvreur de talents et, surtout, maître du récit fantastique, justement apprécié grâce à deux « mythes » cinéphiliques : Double Assassinat dans la rue Morgue (1932) et La Bête aux cinq doigts (1945).

Robert Florey, né à Paris, s'était intéressé très jeune au Cinématographe et avait vu travailler Georges Méliès. Ce nouveau moyen d'expression lui apparut très vite comme la synthèse de diverses formes d'art. Il est d'abord l'assistant de Louis Feuillade. En 1921, écrivant des articles dans la revue Cinémagazine – ce qui lui semblait déjà la meilleure façon d'élaborer une théorie sur un « art » en plein mouvement –, il se voit proposer une place de correspondant de la revue aux États-Unis. Cette même année, il s'embarque pour Hollywood où naissent les premiers studios, des studios qui, après quelques années d'activité seulement, fonctionnent déjà comme des usines à rêves. Il va d'abord « faire ses classes » en tant qu'agent de publicité de Mary Pickford et Douglas Fairbanks Senior, au sommet de leur carrière, puis comme impresario de Rudolph Valentino en Europe. Il va passer très vite derrière la caméra. Son itinéraire est classique : il est d'abord assistant auprès de nombreux metteurs en scène, puis il tourne une série de courts-métrages. En 1928, il conçoit une « Skyscraper Symphony » pour la firme Paramount, qui lui propose de réaliser Coconuts, premier film des Marx Brothers (1929).

Adepte de la nouvelle technique du « parlant », il est rappelé en France pour diriger trois films, dont Le Blanc et le Noir avec Raimu d'après un scénario de Sacha Guitry. De retour a Hollywood, il réalise pour les studios Universal un film très curieux, Double Assassinat dans la rue Morgue, avec Bela Lugosi, d'après une nouvelle d'Edgar Alan Poe. Il signe une mise en scène quelque peu expressionniste, inspirée par Le Cabinet du docteur Galigari, et sait utiliser au mieux les surprenantes possibilités de son acteur principal ; avec ce film, Florey s'impose comme un des rares metteurs en scène à avoir su traduire l'atmosphère sulfureuse, voire sadique de Poe. Les films qui suivent sont moins connus des spectateurs européens : il en tournera une dizaine pour les studios Warner et Paramount. On peut retenir de cette période Hôtel Impérial avec Isa Miranda – qu'Hollywood tentait d'imposer comme une nouvelle Marlene Dietrich – et The Face behind the Mask, autre incursion dans le domaine du fantastique. Après la guerre, en 1946, Charlie Chaplin, qui s'intéressait aux courts-métrages expérimentaux que Florey avait tournés, lui propose de collaborer étroitement à Monsieur Verdoux (1947), réquisitoire impitoyable contre le matriarcat américain. Accueilli avec réserves lors de sa première exploitation, ce film marquera la rupture de Chaplin avec Hollywood.

Après La Bête aux cinq doigts, tourné en 1945-1946 avec Peter Lorre, et qui lui valut l'intérêt de la critique et des cinéphiles, et un inattendu Tarzan et les sirènes en 1947, Florey va prendre ses distances avec la réalisation et explorer un « nouveau médium », la télévision, sérieux concurrent du cinéma au début des années 1950. Il deviendra un réalisateur très prolifique : on lui doit de nombreuses séries, dont certains épisodes des Incorruptibles.

Témoin privilégié de l'âge d'or du cinéma américain, Florey consignera ses impressions dans plusieurs livres : Hollywood d'hier et d'aujourd'hui, Monsieur Chaplin ou le Rire dans la nuit (en collaboration avec Maurice Bessy), La Lanterne magique et, plus récemment, en 1972, cet Hollywood année zéro où il fait revivre, de manière épique, tous ces conquérants « d'un monde nouveau ».

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André-Charles COHEN, « FLOREY ROBERT - (1900-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-florey/