LUCAS ROBERT EMERSON Jr. (1937- )

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La pensée libérale est très souvent mise à l'honneur par les cinq membres du jury de l'Académie royale des sciences de Suède. Après Friedrich August von Hayek (1974), Milton Friedman (1976), George Stigler (1982), James Buchanan Jr. (1986) et Gary Becker (1992), Robert E. Lucas Jr., professeur à l'université de Chicago, a reçu en 1995 la récompense suprême dans le monde des économistes : le prix de science économique de la Banque de Suède en mémoire à Alfred Nobel, couramment appelé prix Nobel d'économie.

Robert Lucas est né en 1937 à Yakima (État de Washington). Il soutient sa thèse de doctorat en 1964 à l'université de Chicago et commence sa carrière comme maître assistant en 1967 à l'université de Carnegie-Mellon à Pittsburgh (Pennsylvanie). En 1975, il obtient une chaire de professeur de sciences économiques à l'université de Chicago.

Le comité du Nobel l'a choisi « pour avoir exposé et mis en pratique l'hypothèse des prévisions rationnelles et pour avoir transformé de fond en comble l'analyse macro-économique et la vision de la politique économique ». Lucas est « l'économiste qui a eu la plus grande importance dans le champ de la recherche macro-économique depuis 1970 » a même surenchéri l'Académie de Stockholm.

À l'aube des années 1970, la théorie keynésienne constitue la référence principale après que son auteur a montré que, dans une économie de marché, les comportements spontanés de dépenses des agents n'ont aucune raison de déboucher sur un équilibre quelconque, encore moins de plein-emploi. Le monde économique devient alors massivement keynésien dans le domaine des recherches fondamentales, des modèles macro-économiques de prévision et des politiques économiques fondées sur la régulation de la demande.

Mais il apparaît dans les années 1970 que la politique économique, destinée à maintenir la demande à un niveau qui assure un quasi plein-emploi, ne parvient plus à atteindre cet objectif. La brèche est ouverte ; s'y engouffrent la critique monétariste, qui restreint au court terme l'espace keynésien, puis les « nouveaux classiques » dont le chef de file incontesté est Robert Lucas. En moins d'une décennie, ses travaux vont convaincre le monde scientifique de la cohérence de l'alternative qu'il propose, au point d'ébranler la pratique des « modélisateurs » chargés d'élaborer les politiques économiques.

Lucas exprime ses premières critiques dans un article publié en 1979 et coécrit avec Thomas Sargent, autre fondateur de la « nouvelle macro-économie classique ». Il stigmatise le fait que, au début des années 1970, les modèles keynésiens censés produire des taux de chômage faibles ont engendré les taux les plus élevés depuis les années 1940. Et Lucas d'expliquer pourquoi : les agents économiques rationnels observent la réalité, se souviennent (rôle de l'expérience) et raisonnent. Si, par exemple, ils jugent négativement telle politique économique mise en œuvre par l'État, ils adaptent leur comportement au mieux de leur intérêt et peuvent alors contrarier les effets attendus de cette politique en faisant l'inverse de ce qu'on attend d'eux. Lucas affirme ainsi que la macro-économie doit prendre en compte les comportements micro-économiques des agents.

La deuxième critique du keynésianisme se situe dans le champ théorique des anticipations rationnelles. Lucas montre que les agents (ménages et entreprises), bien que disposant d'informations partielles et imparfaites, vont les utiliser de la meilleure façon possible pour eux-mêmes et que « leurs prévisions seront sans cesse remodelées au gré de leur réinterprétation permanente de ces informations ». Si, par exemple, une politique de relance économique engendre de la croissance mais aussi de l'inflation, l'agent rationnel anticipera cette hausse des prix « au coup suivant » et son comportement fera que la politique de relance engendrera alors plus d'inflation et un peu de croissance, puis seulement de l'inflation et plus du tout de croissance. Lucas en conclut que l'action de l'État finit par s'épuiser, que la politique économique perd de son efficacité, qu [...]

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Pour citer l’article

Françoise PICHON-MAMÈRE, « LUCAS ROBERT EMERSON Jr. (1937- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-emerson-lucas/