REPRODUCTION DES ŒUVRES D'ARTCopie et reproduction depuis la Renaissance

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La gravure d'interprétation

Le projet de donner à voir un équivalent graphique d'une peinture a pris corps avec la pratique de la gravure sur cuivre à une époque où l'art valorisait les modèles et l'acte d'imitation. La gravure, qui avait d'abord produit quantité de compositions originales, est amenée à multiplier les images de peintres célèbres ; on répète ainsi Raphaël, Parmesan ou Corrège. Les peintres eux-mêmes en vinrent à organiser leur prestige par le truchement de l'estampe. Rubens et Vouet, notamment, surent tirer parti des ressources du cuivre pour répandre parmi les connaisseurs leurs inventions picturales ; à leur suite, quantité de graveurs ont « rendu » dans des styles souvent très personnels les œuvres des grands cabinets des xviie et xviiie siècles. La gravure d'interprétation ignore ordinairement la « touche » des œuvres qu'elle ne fait que « traduire » selon ses moyens spécifiques, stéréotypés et valorisés : la division des tâches et la rationalisation des procédés aboutissent à ce que l'on prise dans le produit les qualités propres de sa réalisation et que l'on oublie quelque peu l'adéquation au modèle ; ainsi se constitue l'empire d'une espèce de Plakatwelt fondé sur l'autonomie de quelque technique de répétition graphique. Qualité et valeur (sujettes à négoce et contrôlées par les cours) procèdent de la virtuosité avec laquelle l'atelier de répétition met en œuvre les codifications et les accents caractéristiques du métier, tout en conservant une référence à l'objet dénoté dans l'image. L'univers des estampes se diversifie non seulement à proportion de l'habileté des praticiens, mais, plus fondamentalement, en raison du choix des schèmes structuraux qui règlent le tracé des tailles et organisent l'intelligibilité de l'ensemble. L'économie de la représentation suppose la composition explicite d'un répertoire normé dans lequel le reproducteur puise pour organiser méthodiquement les redondances nécessaires à l'expression et à la reconnaissance des formes, c'est-à-dire à la production d'une « fiction vraie ». [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  REPRODUCTION DES OEUVRES D'ART  » est également traité dans :

REPRODUCTION DES ŒUVRES D'ART - Les copies dans la sculpture antique

  • Écrit par 
  • Bernard HOLTZMANN
  •  • 3 992 mots
  •  • 1 média

Jusqu'au xviiie siècle, l'art antique forma pour l'Occident une unité factice où arts grec et romain se trouvaient confondus ; c'était en fait tout ce qu'on pouvait voir ou trouver d'antique en Italie et surtout à Rome. Lorsque Winckelmann, érudit allemand établi à Rome, entreprit le premier de distinguer art grec et art romain, ce fut encore à partir […] Lire la suite

ART (L'art et son objet) - La reproduction en art

  • Écrit par 
  • Denys RIOUT
  •  • 2 028 mots
  •  • 4 médias

Tributaire de l'évolution des techniques et des mentalités, la notion de « reproduction », en art, implique une ressemblance entre deux objets, mais elle ne requiert pas leur similitude. Il existe en effet plusieurs sortes de reproductions. Les copies et les répliques de peintures ou les moulages de sculptures diffèrent peu de leurs modèles, tandis que les gravures ou les photographies ne peuvent […] Lire la suite

ALINARI LES

  • Écrit par 
  • Elvire PEREGO
  •  • 1 434 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La création du studio Alinari »  : […] Le studio Fratelli Alinari, fotografi editore , prit son essor grâce à l'association artistique et commerciale de trois frères : Leopoldo (1832-1865), le photographe – qui s'était initié à la photographie auprès du célèbre graveur Bardi –, Giuseppe (1836-1892), l'homme d'affaires, et Romualdo (1830-1891), le gestionnaire. Ils se firent immédiatement un nom grâce à la qualité de leur reproduction […] Lire la suite

AQUAFORTISTES MOUVEMENT DES

  • Écrit par 
  • Ségolène LE MEN
  •  • 854 mots

En 1862, la fondation de la Société des aquafortistes fut la première manifestation d'un mouvement de renaissance de l'eau-forte originale de peintre ; la Société était animée par l'imprimeur Auguste Delâtre (1822-1907) et par le marchand d'estampes Alfred Cadart (1828-1875). Ils publièrent trois cents eaux-fortes originales entre septembre 1862 et août 1867 dans la publication mensuelle de la Soc […] Lire la suite

ART (Aspects culturels) - Public et art

  • Écrit par 
  • Nathalie HEINICH
  •  • 6 253 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Quel public pour l'art ? »  : […] Dans l'art occidental tel que nous le connaissons, la notion de public commence avec le mécénat, autrement dit la commande d'œuvres par des instances collectives, religieuses d'abord, princières ensuite, avec le développement de la « curialisation » analysée par Norbert Elias dans La Société de cour . Dans ce contexte cultuel ou somptuaire, les œuvres avaient deux catégories de spectateurs : d'un […] Lire la suite

ART (notions de base)

  • Écrit par 
  • Philippe GRANAROLO
  •  • 3 279 mots

Dans le chapitre « Mort ou renaissance ? »  : […] Un autre facteur pourrait bien conduire à la mort de l’art : c’est la reproductibilité des œuvres . De la Renaissance à nos jours, c’est dans leur unicité que semblait résider la valeur inestimable des grandes créations. Que devient cette valeur quand des moyens techniques de plus en plus performants permettent une reproduction illimitée des œuvres ? Aux œuvres uniques n’existant qu’ici et mainten […] Lire la suite

BARBEDIENNE FERDINAND (1810-1892)

  • Écrit par 
  • Sylvain BELLENGER
  •  • 1 009 mots

Né à Saint-Martin-du-Fresnoy en Normandie, Ferdinand Barbedienne s'installe à Paris dès 1822 et tient de 1833 à 1838 un magasin de papiers peints. Sa rencontre avec Achille Collas (1795-1859) date de ces années-là. Celui-ci avait inventé un modèle de cylindre pour l'impression des toiles peintes et des indiennes, industrie florissante qui fut, au moment où se développaient la machine à vapeur et l […] Lire la suite

BENJAMIN WALTER (1892-1940)

  • Écrit par 
  • Philippe IVERNEL
  •  • 2 750 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'artiste comme producteur »  : […] Aux alentours de 1930, Benjamin, écrivain libre, s'est fait un nom dans la critique littéraire, en suivant des voies qui n'ont pourtant rien d'orthodoxe, puisqu'elles conduisent l'exégèse au seuil d'une praxis subversive. À Gershom Scholem, il écrit : « Je n'ai jamais pu développer mes recherches que dans un sens, si je puis dire, théologique, en conformité avec la doctrine talmudique des quarante […] Lire la suite

BOUCHER FRANÇOIS (1703-1770)

  • Écrit par 
  • Marianne ROLAND MICHEL
  •  • 3 776 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les arts décoratifs au service d'un genre »  : […] Mais cette diffusion passe aussi par d'autres voies, et Boucher est sans doute, au xviii e  siècle, le premier artiste, sinon le seul, à avoir connu de son vivant, et depuis ses débuts, une aussi prodigieuse diffusion de ses modèles et de ses inventions par la gravure de reproduction. Dès 1733, Gérard Jean Baptiste Scotin grave la Naissance et la Mort d'Adonis , l'année suivante Bernard Lépicié pr […] Lire la suite

BRAUN ADOLPHE (1812-1877)

  • Écrit par 
  • Laure BOYER
  •  • 1 161 mots

La maison photographique fondée par Adolphe Braun à Dornach en 1853 est significative, dans sa production et son industrialisation progressive, des préoccupations de l'époque. Créée dans l'esprit des entreprises Blanquart-Evrard, Bisson Frères et Goupil & Cie, elle comptera pendant plus d'un siècle parmi les plus grandes maisons d'édition d'art. Adolphe Braun est né à Besançon en 1812. Dessinateu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jacques GUILLERME, « REPRODUCTION DES ŒUVRES D'ART - Copie et reproduction depuis la Renaissance », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/reproduction-des-oeuvres-d-art-copie-et-reproduction-depuis-la-renaissance/