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VICHY RÉGIME DE

Entre juillet 1940 et août 1944, les Français eurent à supporter à la fois la sujétion de l'occupant allemand et les contraintes de plus en plus lourdes, au fil des ans, du régime le plus autoritaire et le plus répressif que la France ait connu au xxe siècle. Si la grande majorité des Français firent d'abord confiance au maréchal Pétain pour faire face à la grave crise d'identité nationale provoquée par la déroute de mai-juin 1940, ils se détachèrent progressivement du régime de « l'État français » qui s'était installé bon gré mal gré dans la ville de Vichy. À la fois parce qu'il devenait un régime de plus en plus policier et parce qu'il se faisait le complice de l'occupant, notamment dans la persécution des Juifs de France. L'Occupation a sans doute profondément marqué la génération des Français des années noires, mais c'est Vichy qui continue de susciter les enjeux de mémoire les plus vivaces, dans lesquels on doit inclure l'ambivalence des attitudes du Français moyen.

La fin sans gloire de la IIIe République

En 1945, dans la classe politique issue de la IIIe République, on expliquait couramment le régime de Vichy en évoquant un complot qu'aurait fomenté Philippe Pétain pour prendre le pouvoir et abattre la République. Ce grief, finalement retenu par l'accusation lors du procès qui fut intenté à l'ancien chef de l'État français en juillet-août 1945, permettait d'éluder les responsabilités de nombreux acteurs de l'été de 1940.

Défaite de la France en 1940 - crédits : National Archives

Défaite de la France en 1940

En fait, Vichy naît du profond traumatisme causé par la mise en déroute, en moins de six semaines (entre le 10 mai et le 22 juin 1940), de l'armée française, elle qui passait pour la meilleure du monde, et de la crise d'identité nationale d'une ampleur exceptionnelle qui s'ensuivit. C'est de ce traumatisme que témoigne aussi l'exode, cette grande peur qui fit déferler, en mai et juin 1940, quelque 7 à 8 millions de femmes et d'hommes sur les routes du nord de la Loire. La déliquescence de la classe politique, faisant de Philippe Pétain, ultime président du Conseil de la IIIe République, son unique recours, comme le hara-kiri des parlementaires, qui lui délèguent le 10 juillet 1940 les pouvoirs constituants et lui donnent un blanc-seing pour gouverner, fournirent au régime de Vichy une apparence légale incontestée à l'époque par les Français.

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Écrit par

  • : professeur des Universités à l'Institut d'études politiques de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Défaite de la France en 1940 - crédits : National Archives

Défaite de la France en 1940

Pétain et Hitler à Montoire, 1940 - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Pétain et Hitler à Montoire, 1940

Autres références

  • UNE EXCEPTION ORDINAIRE (A. Bancaud)

    • Écrit par Frédéric CHAUVAUD
    • 1 080 mots

    Tandis que les études d'histoire judiciaire se multiplient sur les avocats, le parquet, la justice politique et les grandes affaires, la magistrature, dans son ensemble, à condition d'excepter la grande fresque, volontiers hagiographique, publiée par Marcel Rousselet en 1957, restait un angle...

  • ABETZ OTTO (1903-1958)

    • Écrit par Jean BÉRENGER
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    Important dignitaire nazi, artisan dès avant 1933 d'une réconciliation franco-allemande en particulier avec Jean Luchaire et Fernand de Brinon, Otto Abetz eut pour rôle essentiel d'occuper, de 1940 à 1944, le poste d'ambassadeur d'Allemagne à Paris. Sa mission avait un double caractère qui dépassait...

  • AFFICHE ROUGE L'

    • Écrit par Stéphane COURTOIS
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    ...stationnaient en permanence dans la capitale d'importantes forces allemandes qui quadrillaient les rues et, surtout, pesaient sur la police française. Or, à la préfecture de police de Paris, les Renseignements généraux disposaient de deux brigades spéciales (BS) anticommunistes, créées dès 1939, et qui connaissaient...
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    L'intervention de l' État dans le domaine de l' architecture ne constitue pas un phénomène nouveau. De tout temps et sous tous les régimes, l'État est intervenu dans la mesure où toute réalisation architecturale met en cause les intérêts de couches de population bien plus larges que celles...

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Voir aussi