POSITIVISME, notion de

Le mot positivisme (1830) – dont le Vocabulaire de Lalande donne une histoire détaillée – fut rapidement complété par le terme positiviste (1835) dont les connotations sont variables (l'utilisation négative a pris son essor dans les milieux catholiques au moment de l'opposition à Littré). Mais tous deux dérivent de la notion de « philosophie positive » dont Auguste Comte (1798-1857) est l'acteur déterminant. Le positivisme, bien que surdéterminé par ce moment comtien, désigne pourtant un ample mouvement de pensée dont les racines plongent dans une période courant de Bacon à Hume et irradient, souvent conflictuellement, chez J. S. Mill et chez Herbert Spencer, sans oublier des discontinuités chez É. Littré, C. Bernard, M. Berthelot, E. Goblot, voire Renan et Taine. Les disciples de Comte, dont Littré, ont joué un rôle essentiel dans la réception du système, notamment en mettant en avant son opposition à une philosophie théologique et métaphysique. Le positivisme n'a pas laissé indifférents des philosophes issus du « second spiritualisme », tels Ravaisson, Lachelier, Boutroux, Bergson, Blondel, ou encore E. Le Roy, qui s'efforçaient de penser les rapports de la nature et de l'esprit. On parle encore d'un prépositivisme pour désigner, selon Henri Gouhier, l'esprit des travaux de d'Alembert, Laplace, Lavoisier, etc. On évoque un positivisme logique pour désigner les travaux du cercle de Vienne. Ce mouvement antimétaphysique, recherchant une analyse logique de la signification, est déjà distant des articulations du système comtien. Enfin, le postpositivisme (Guba, Lincoln, Scharff) affirme l'existence d'une réalité extérieure, mais qui ne peut être totalement appréhendée.

La science positive

De telles inflexions obligent à parler d'un positivisme historique, celui de Comte et de son Cours de philosophie positive (1830-1842), auquel il convient de revenir, mais sans pratiquer un réductionnisme historique, qui s'efforce de concilier une histoire dynamique de la philosophie et une philosophie de l'histoire. Le positivisme accorde une primauté intellectuelle à Bacon, Galilée et Descartes, dans la mesure où la philosophie naturelle prend toute sa portée scientifique à l'intérieur d'un système social où s'esquisse la crise du « régime ontologique ». Comte considère aussi Condorcet comme son véritable prédécesseur, malgré son romantisme philosophique et son idéologie vague du progrès.

À partir de là, le positivisme se démarque du scientisme, du matérialisme, de l'empirisme, du réalisme et du spiritualisme, tels qu'ils sont pensés jusqu'à la fin du xixe siècle. D'un point de vue épistémologique, il considère le fait (« l'énoncé ») comme observable (l'objet) et subjectivable (la relation), pour éviter un naturalisme et un subjectivisme absolus. Il n'y a donc de science que positive : c'est-à-dire fondée sur l'énonciation des faits, le travail de coordination par l'hypothèse et la vérification par un retour constant à l'observation, historique et relative, puisque le critère de vérité s'établira sur la base de la méthode positive. Tenant que chaque science définit son « type » de fait, au point que « tout est relatif », Comte situe les sciences (avec la méthode qui leur est propre), pense leur articulation et construit le savoir, en situant l'activité scientifique selon le fait qu'elle sélectionne, en fonction de son référent historique et social. Car un fait observé est nécessairement construit ou isolé par le travail de l'hypothèse. Un tel examen montre des états du savoir dotés d'une logique propre, avec des institutions, des rationalités, des mentalités et des langages historiquement situés. C'est précisément sur ces sédimentations culturelles et sociales que la science positive[...]

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Écrit par

  • Jean LECLERCQ : directeur du centre Blondel, professeur, chargé de cours

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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