PLASTICITÉ CÉRÉBRALE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les cartes cérébrales éclipsent la plasticité

Les travaux physiologiques du Canadien Wilder Graves Penfield (1891-1976) représentent un nouvel élan pour la localisation corticale des fonctions. En 1937, celui-ci propose en effet des dessins de « cartes » sensorimotrices grâce à la stimulation électrique systématique sur cerveaux à découvert à l'état de veille chez les épileptiques. Pour les « localisateurs » comme Penfield, l'établissement systématique de telles cartes n'était qu'une question de temps et leur labilité éventuellement observée ne pouvait être considérée que comme épiphénomène.

En revanche, la plasticité est mise en exergue par ceux qui critiquent la spécificité des territoires neuraux, comme le neuro-anatomiste Karl Lashley (1890-1958). Se fondant sur des expériences de lésions cérébrales chez le rat, Lashley réfute sévèrement toute théorie du système nerveux en tant qu'addition de centres discrets dont chacun aurait une fonction unique, de telle sorte que la destruction d'un ensemble de cellules provoquerait la perte d'une fonction et la conservation de toutes les autres. Il développe le principe de l'équipotentialité, c'est-à-dire de la capacité de toute zone fonctionnelle à prendre en charge un comportement spécifique. Ainsi, la faculté d'apprentissage d'un rat dans un labyrinthe ne dépendrait pas de la zone où l’on a préalablement opéré une ablation de tissu cortical, mais de la quantité de celui-ci. Selon cette théorie, toute aire corticale intacte peut donc exécuter les fonctions des autres parties du cortex, bien qu'il en résulte habituellement une certaine perte d'efficacité.

Mais l'accumulation de données concernant la mise en évidence d'étroites spécialisations corticales au niveau sensoriel viendra discréditer cette notion d'équivalence fonctionnelle et détournera pour un moment l'attention de la plasticité cérébrale.

L'étude de l'organisation fonctionnelle de l'appareil visuel était déjà fort avancée dans le milieu des années 1950 au niveau rétinien, avec les travaux de Stephen Kuffler, de [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Plasticité du cortex somesthésique

Plasticité du cortex somesthésique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Cartes de la main sur la peau après amputation chez l’homme

Cartes de la main sur la peau après amputation chez l’homme
Crédits : avec l'aimable autorisation de V. Ramachandran

dessin

Théorie des assemblées cellulaires de Hebb

Théorie des assemblées cellulaires de Hebb
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Aplysie ou lièvre de mer

Aplysie ou lièvre de mer
Crédits : Chad King/ NOAA/ Flickr.fr ; CC 2.0

photographie

Afficher les 6 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur des Universités (histoire et philosophie des sciences) à l'université de Picardie Jules Verne, Amiens

Classification

Autres références

«  PLASTICITÉ CÉRÉBRALE  » est également traité dans :

LANGAGE ACQUISITION DU

  • Écrit par 
  • Michèle KAIL
  •  • 4 942 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Les approches fonctionnalistes  »  : […] Diverses conceptions alternatives, dont la plus récente est l’approche « émergentiste », proposent une vision plus « épigénétique » de l’acquisition, soulignant que, si le langage est ancré dans notre héritage biologique, son émergence est liée aux capacités cognitives (attention, association, mémoire) et communicatives générales déjà mises en place au cours de la première année ainsi qu’aux propr […] Lire la suite

BATES ELIZABETH (1947-2003)

  • Écrit par 
  • Michèle KAIL
  •  • 444 mots

Elizabeth Bates, nommée professeur de psychologie en 1983 à l’université de Californie à San Diego, est cofondatrice, en 1988, du premier département de sciences cognitives aux États-Unis. Elle y crée et dirige le prestigieux Center for Research in Language. En trente années, Liz Bates a produit une œuvre de pionnière dont la cohérence et l’envergure expliquent le rayonnement : acquisition du lan […] Lire la suite

CERVEAU ET MUSIQUE

  • Écrit par 
  • Séverine SAMSON
  •  • 1 025 mots

Identifier les zones du cerveau qui traitent la musique et préciser leur rôle respectif dans la perception, la mémoire, les émotions et la pratique musicale font l’objet de nombreux travaux en neuroscience de la musique. C’est à partir de l’observation des patients présentant des lésions cérébrales et des études en neuro-imagerie que les scientifiques ont réussi à apporter des preuves solides con […] Lire la suite

DÉVELOPPEMENT (biologie) - Le développement humain

  • Écrit par 
  • Jacques-Michel ROBERT
  •  • 11 129 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « La névroglie et la myéline »  : […] Si le neurone constitue l'élément « noble » du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, il dispose, chez les Vertébrés tout au moins, d'une sorte d'intendance, d'un système nourricier sans lequel il ne pourrait exercer ses fonctions. Ce système est la névroglie dont la cellule la mieux connue est nommée oligodendrocyte (cellule « aux dendrites peu nombreuses »). Ces cellules envo […] Lire la suite

DÉVELOPPEMENT COGNITIF ET CÉRÉBRAL EN CAS DE CÉCITÉ

  • Écrit par 
  • Olivier COLLIGNON, 
  • Virginie CROLLEN
  •  • 1 998 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L’impact de la cécité sur l’architecture cérébrale »  : […] Chez les humains et les primates, les régions occipitales du cerveau répondent à des stimuli visuels spécifiques immédiatement après la naissance, laissant suggérer une organisation innée du système visuel. L’expérience visuelle joue cependant un rôle crucial dans le développement et le maintien de cette organisation sensorielle innée. En l’absence de vision précoce, le cortex occipital est l’obj […] Lire la suite

ENFANCE (Les connaissances) - La petite enfance

  • Écrit par 
  • Hélène STORK
  •  • 8 691 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La naissance et la période néonatale »  : […] Par rapport à la symbiose entre la mère et l'enfant qui caractérise la période intra-utérine, la naissance marque un profond bouleversement pour l'un et pour l'autre. On connaît bien les modifications physiologiques et psychiques qui, chez la mère, suivent l'accouchement : sentiment de « perte » et parfois phase de dépression, qui peut suivre passagèrement toute naissance. Des remaniements identi […] Lire la suite

HEBB DONALD OLDING (1904-1985)

  • Écrit par 
  • Daniel GAONAC'H
  •  • 424 mots

Né en 1904, le psychologue canadien Donald Hebb a soutenu en 1936 une thèse de doctorat, dirigée par Karl Lashley, sur les effets de la privation sensorielle sur la perception chez le rat. Il a ensuite travaillé avec Wilder Penfield à Montréal, sur l’effet des lésions cérébrales sur le comportement humain, puis à nouveau auprès de Lashley au Yerkes Primate Center. Devenu professeur de psychologie […] Lire la suite

ILLETTRISME

  • Écrit par 
  • José MORAIS
  •  • 965 mots

Le terme illettrisme, apparu il y a moins d’un demi-siècle en France, mais rarement utilisé dans les autres pays de langue française, est censé désigner l’état des personnes adultes qui ont quitté l’école en disposant de très faibles capacités de lecture et d’écriture ou qui sont devenues « illettrées » par manque de pratique. Plus récemment, sont apparues aussi des références à des « sous-lettrés […] Lire la suite

IMAGERIE PAR RÉSONANCE MAGNÉTIQUE DE DIFFUSION (IRMD)

  • Écrit par 
  • Jean-Gaël BARBARA
  •  • 2 860 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « L’IRM de diffusion dans la dynamique de l’imagerie cérébrale »  : […] Les limitations d’ordre technique et d’ordre épistémologique qui aboutissent aux techniques d’analyse probabiliste sont contrecarrées par le développement de nouveaux algorithmes utilisant des méta-analyses qui comparent les résultats issus d’analyses de diffusion et de tractographie. De plus, le développement d’instruments utilisant des électro-aimants plus puissants permet et permettra une plus […] Lire la suite

ACQUISITION DU LANGAGE CHEZ LES MALENTENDANTS

  • Écrit par 
  • Jacqueline LEYBAERT
  •  • 2 560 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Composantes amodales du traitement cérébral et plasticité neuronale »  : […] Depuis la fin des années 1990, une série d’études a montré que la modalité (signée ou parlée) a relativement peu d’impact sur les systèmes neuraux qui soutiennent les traitements phonologique, sémantique et syntaxique. La mise en évidence de réseaux neuronaux similaires dans une tâche de jugement phonologique en LP (juger si les noms de deux dessins riment) et en LS (juger si les signes correspon […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean-Claude DUPONT, « PLASTICITÉ CÉRÉBRALE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 avril 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/plasticite-cerebrale/