CHRISTUS PETRUS (entre 1405 et 1410-1472/73)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La vie de Petrus Christus est mal connue. Il est vraisemblablement né à Baerle (en Brabant-Septentrional ou en Flandre-Occidentale). Le fait qu'il reste absolument étranger au style gothique international laisse supposer qu'il n'a pas commencé son apprentissage avant 1425-1435. De ses débuts hollandais, il a gardé le souvenir de miniaturistes, tel le Maître H. Vers 1430-1434, il aurait fait un voyage en Italie et serait passé, comme le suggère Charles Sterling, par l'Allemagne rhénane : la manière dont un Conrad Witz simplifie les volumes de ses personnages se rapproche tellement du style de Petrus Christus qu'on ne peut guère l'expliquer que par un contact direct entre les deux artistes. À son retour dans les Pays-Bas, Petrus Christus aurait travaillé dans l'atelier de Jan van Eyck, car il n'y a peut-être aucun primitif flamand qui soit plus proche du grand maître, si isolé à tant d'égards, de L'Agneau mystique. Et le mérite incontestable de Petrus Christus réside dans une parfaite assimilation de l'art de Van Eyck, sans jamais tomber pour autant dans le plagiat ni dans la simple copie. En 1444, Christus obtient le droit de cité à Bruges où il meurt en 1472 ou en 1473.

Bien que la plupart de ses tableaux soient datés (mais ils restent peu nombreux, ne dépassant pas la vingtaine), la chronologie des œuvres de Christus reste difficile à établir. Les deux plus anciens tableaux datés connus, le Portrait d'un chartreux (Metropolitan Museum, New York) et le Portrait d'E. Grimestone (National Gallery, Londres), l'un et l'autre de 1446, sont des œuvres déjà mûries et complexes qui surprennent par leur apparent antagonisme : une réalité à la flamande, presque sensuelle et comme gustative dans le Portrait d'un chartreux, bien moins hiératique et monumentale que la réalité idéale et intellectuelle du portrait londonien, véritable exercice de peinture volumétrique et spatiale à la Piero della Francesca ; mais Christus, de tous les primitifs flamands, est sans doute le plus italianisant.

Autour de 1430-1435, et comme œuvres de jeunesse, pourraient être groupés des tableaux comme la Pietà du Louvre (que Friedlander voulait pourtant situer à la fin de la carrière de l'artiste) et la Lamentation de New York où se décèle l'influence de R. Campin dans les paysages. On relèvera l'influence de Maître H. pour la Pietà du Louvre (cf. les Heures de Milan-Turin, aujourd'hui détruites). Vers 1450 se décèle une organisation spatiale plus vaste comme dans la Nativité (National Gallery, Washington) où l'encadrement sculpté est emprunté à Rogier van der Weyden (par exemple dans le Triptyque Miraflores à Berlin, œuvre de jeunesse de l'artiste), mais, de cadrage intemporel, arbitraire, il devient chez Christus un simple et sage motif plastique destiné à limiter l'espace et à cadrer la scène. Cet intérêt aigu pour les questions de perspective, admirablement comprises dans ses paysages lointains et profonds ou dans l'arrière-plan subtilement animé d'ouvertures de la bellinienne Vierge à l'Enfant de Kansas City, suffirait à opposer radicalement Christus à Van der Weyden et atteste le modernisme latent du premier. Il faut aussi noter l'influence des dévotions personnelles de l'artiste : il peint La Madone de l'arbre sec (coll. Thyssen, Madrid) ; or, on sait que, vers 1462, il faisait partie de la confrérie de l'Arbre sec. À partir d'emprunts éclectiques, de Van Eyck à Van der Weyden, et par un jeu savant et très maîtrisé d'archaïsmes volontaires et de simplifications poussées qui n'appauvrissent qu'en apparence l'art riche et presque trop dense, trop analytique de Van Eyck, Christus témoigne, comme l'a bien jugé G. Faggin, de l'éveil capital d'une conscience « renaissante ». Sa vision précise et fine, très organisatrice et sélective, intensément sculpturale, l'apparente à celle d'artistes italiens du xve siècle sensibles à l'unification spatiale comme Piero della Francesca, Giovanni Bellini et surtout Antonello de Messine qu'il a peut-être connu, comme lui peintres du silence, des volumes tactiles et des horizons reculés et infiniment vastes. Quand Christus dialogue avec Van Eyck, qu'il sait clarifier et concentrer (Jugement Dernier, Berlin ; Saint Éloi orfèvre de 1449, coll. Lehmann, New York, qui constitue un [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : conservateur des Musées nationaux, service d'études et de documentation, département des Peintures, musée du Louvre

Classification

Autres références

«  CHRISTUS PETRUS (entre 1405 et 1410-1472/73)  » est également traité dans :

BOUTS DIERIC ou THIERRY (1415 env.-1475)

  • Écrit par 
  • J. BOUTON
  •  • 639 mots

Dans les écrits du xvi e siècle, on l'appelle « Dirick de Haarlem », dans d'autres « Dirk de Louvain ». Il s'agit en fait d'un seul et même personnage dont le nom véritable est Dirk Bouts. Né à Haarlem, il se fixe vers 1445-1448, au moment de son mariage, à Louvain où il réalise ses principaux chefs-d'œuvre. On sait qu'il eut quatre enfants dont deux garçons, Dirk et Albert, furent peintres. On i […] Lire la suite

VAN EYCK (H. et J.)

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre CUZIN
  •  • 2 950 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une technique maîtrisée »  : […] L'apport des Van Eyck dans le domaine de la technique est capital. Vasari cite, en 1550, « Jean de Bruges » comme l'inventeur de la peinture à l'huile, et cette affirmation est, depuis, souvent répétée. Il s'agit en fait d'une légende, et Van Eyck ne fit que perfectionner une technique déjà connue, en en tirant toutes les conséquences : sur un panneau, le plus souvent de chêne, revêtu d'une prépa […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jacques FOUCART, « CHRISTUS PETRUS (entre 1405 et 1410-1472/73) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/petrus-christus/