PARAPHILIES ET TROUBLES PARAPHILIQUES

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Définition de la paraphilie et du trouble paraphilique

Avec la publication du DSM III en 1980, la perversion sexuelle devient « paraphilie », terme issu du grec para qui signifie « autour » ou « à côté » et de philos, « amour ». Dans sa cinquième version (2013), le DSM propose une définition générale de la paraphilie :

« Les caractéristiques essentielles d'une paraphilie sont des fantaisies imaginatives (fantasmes) sexuellement excitantes, des impulsions sexuelles ou des comportements survenant de façon répétée et intense, et impliquant des objets inanimés, la souffrance ou l'humiliation de soi-même ou du partenaire, des enfants ou d'autres personnes non consentantes, et qui s'étendent sur une période d'au moins six mois (critère A). Chez certaines personnes, des fantaisies imaginatives ou des stimuli paraphiliques sont obligatoires pour déclencher une excitation sexuelle et font toujours partie de l'acte sexuel ; elles sont alors exclusives. Chez d'autres, les préférences paraphiliques n'apparaissent qu'épisodiquement (par exemple, au cours de périodes de stress) alors qu'à d'autres moments la personne est capable d'avoir un fonctionnement sexuel sans faire appel à des fantaisies imaginatives ou à des stimuli paraphiliques. Les comportements, impulsions sexuelles ou fantaisies imaginatives sont à l'origine d'un désarroi cliniquement significatif ou d'une altération du fonctionnement social, professionnel ou d'autres domaines importants (critère B). »

Le DSM-5 a introduit une distinction entre la paraphilie telle que définie précédemment et le trouble paraphilique dans lequel la personne a assouvi ses besoins sexuels atypiques ou encore lorsque ses besoins et fantasmes atypiques lui causent une souffrance ou des difficultés interpersonnelles. Ainsi, une paraphilie ne justifie pas systématiquement d’intervention psychiatrique ; elle n’est pas toujours associée à un trouble paraphilique (par exemple, une personne peut avoir des fantasmes paraphiliques sans nécessairement ressentir le besoin de les assouvir dans ses pratiques sexuelles). Le DSM-5 a décrit huit catégories principales de troubles paraphiliques : l’exhibitionnisme, le fétichisme, le frotteurisme, la pédophilie, le masochisme sexuel, le sadisme sexuel, le voyeurisme et le transvestisme fétichiste. Une autre catégorie rassemble des troubles paraphiliques non spécifiés, car moins fréquemment observés, comme la scatologie (excitation sexuelle obtenue en proférant des propos obscènes, au téléphone par exemple), la nécrophilie (l’objet sexuel est un cadavre), la zoophilie (excitation sexuelle obtenue avec des animaux), la coprophilie (utilisation d'excréments), l’urophilie (utilisation d’urines), la préférence pour des partenaires ayant une anomalie ou une particularité anatomique, l'introduction de certains objets dans le rectum ou l'urètre...

L’Organisation mondiale de la santé propose sa propre classification des maladies mentales (Classification internationale des maladies ou CIM) dont elle a adopté en 2019 la onzième version. La CIM-11 a également retenu la notion de trouble paraphilique en le qualifiant de « désir sexuel atypique impliquant d’autres personnes dont l’âge ou le statut rendent leur consentement impossible à obtenir ou l’acte contraire à leur volonté (par exemple, un enfant, un animal, un individu non consentant exposé à une exhibition…) » ; la durée de six mois requise pour le DSM5 est réduite à quelques mois dans la CIM-11. La classification des troubles paraphiliques dans la CIM-11 diffère de celle du DSM-5 sur un certain nombre d’autres points. Ainsi, parmi les troubles paraphiliques, la CIM-11 n’a pas retenu le fétichisme, le masochisme et le sadisme. Elle a, en revanche, ajouté de nouvelles catégories de paraphilies comme le sadisme sexuel coercitif pour le différencier du sadisme sexuel consenti. La CIM-11 précise également que la catégorie « autres troubles paraphiliques » peut s’appliquer dans le cas de comportements paraphiliques pratiqués en l’absence de consentement des personnes concernées. En outre, une nouvelle catégorie intitulée « autre trouble paraphilique avec un comportement solitaire ou des personnes consentantes » a été ajoutée à la CIM-11 pour décrire le cas de comportements paraphiliques associés à une souffrance significative ou à un risque important de blessure ou de décès (par exemple la pratique de l’asphyxiophilie).

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Écrit par :

  • : professeure des Universités, professeure de psychiatrie et d'addictologie, université de Paris, CHU Cochin, INSERM U1266 - Institut de psychiatrie et de neurosciences de Paris, présidente de l'International association of women's mental health

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Pour citer l’article

Florence THIBAUT, « PARAPHILIES ET TROUBLES PARAPHILIQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paraphilies-et-troubles-paraphiliques/