MALADIES MENTALES

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Les maladies mentales désignent génériquement des pathologies dont les symptômes les plus apparents se situent au niveau des fonctions mentales du sujet. C'est dire qu'il peut s'agir aussi bien d'une maladie liée à une atteinte organique du cerveau, une démence par exemple, que d'un trouble du comportement lié à une anomalie fonctionnelle plus ou moins subtile telle qu'une perversion. Ce n'est pas sa cause qui fait qu'une maladie est mentale, c'est sa manifestation au niveau de la personnalité et des relations interhumaines. Une maladie d'origine essentiellement émotionnelle, donc psychique, peut se manifester uniquement au niveau des fonctions corporelles : on dit alors qu'elle est psychosomatique et non pas mentale. Les malades mentaux, eux, ont en commun de manifester leur maladie à un niveau fonctionnel particulier : celui du psychisme. On désigne sous ce terme l'ensemble des fonctions qui permettent à l'organisme à la fois de maintenir la constance du moi et d'établir avec le monde extérieur des échanges significatifs (sur le plan émotionnel et comportemental). Ce sont donc essentiellement des fonctions d'intégration capables de traduire en termes d'évolution la contradiction entre les exigences de l'être et celles du monde.

De multiples et subtils mécanismes d'adaptation et de défense permettent au sujet mentalement sain d'inventer les mille façons de devenir ce qu'il est, c'est-à-dire de rester lui-même tout en répondant par un comportement adapté aux frustrations et aux contraintes toujours nouvelles imposées par le milieu. Ces contraintes et ces frustrations sont une source d'enrichissement pour un « moi » pourvu de capacités d'intégration suffisantes. Elles peuvent être une cause de désagrégation de la personnalité dans le cas contraire.

Dans un milieu donné, la complexité et la rigueur des exigences peuvent se traduire par un développement des fonctions intellectuelles, mais aussi par une augmentation du nombre des malades mentaux. Tout se passe comme si le développement technique, en proposant à l'homme un environnement plus complexe, mais appauvri sur le plan des relations avec la nature et avec les autres hommes, provoquait un clivage au sein des fonctions mentales : les aptitudes logiques et la pensée verbale et rationnelle se développent tandis que la vie émotionnelle s'atrophie et se fragilise.

C'est ainsi que se constitue ce paradoxe apparent de personnalités développées sur le plan intellectuel, mais émotionnellement immatures et volontiers sujettes à la névrose.

La maladie mentale n'est pas un trouble de l'intelligence, mais un trouble de l'intégration de la personnalité au monde. Ce trouble peut se traduire à plusieurs niveaux. Il peut s'agir d'une modification de la signification du monde : c'est le délire, caractéristique de la psychose. Il peut s'agir d'une déstructuration de la personnalité telle qu'on la voit dans la schizophrénie. Il peut s'agir d'une souffrance liée à la difficulté d'intégration : c'est l'angoisse caractéristique de la névrose. Il peut s'agir d'un trouble du comportement lié soit à la distorsion dans la perception du réel, soit à un « passage à l'acte » permettant d'échapper à l'angoisse, donc à la névrose. Il peut aussi s'agir d'une régression permettant un retour à des modes infantiles de relation au monde ou d'une réduction massive de ces relations réalisant une véritable coupure (autisme schizophrénique). Bien entendu, ces divers modes pathologiques coexistent souvent en combinaisons et proportions variables.

Ainsi, les malades mentaux sont des êtres qui, du fait des insuffisances de leur structure personnelle par rapport aux exigences du monde qui leur est imposé, échouent à préserver à la fois l'unité de leur personne et la signification commune du monde, ou n'y parviennent qu'au prix de souffrances difficilement supportables pour eux-mêmes et pour leur entourage, de telle sorte que les maladies mentales ont un double aspect, individuel et social, chacun complémentaire de l'autre.

Divers types de maladies mentales

On dit qu'il y a arriération mentale lorsque le développement des fonctions mentales est freiné par un trouble précoce du fonctionnement cérébral. Les causes en sont variées : héréditaires, métaboliques, infectieuses, traumatiques, etc. On distingue divers degrés d'arriération. La plus profonde, l'idiotie, correspond à l'incapacité d'apprentissage de la parole. L'imbécillité situe l'arriération à un niveau autorisant l'apprentissage de la propreté corporelle et du langage parlé. La débilité mentale, de beaucoup la plus fréquente, correspond à un niveau où l'apprentissage de conduites sociales est possible et permet un certain degré d'autonomie (travail rémunéré par exemple).

On dit qu'il y a démence lorsque les fonctions mentales, après un développement normal, se trouvent altérées par une atteinte organique du cerveau. C'est le cas de la dégénérescence qui affecte plus ou moins tardivement le cerveau de certains vieillards (démence sénile) ou de personnes relativement âgées (démences préséniles : maladie de Pick ou d'Alzheimer). C'est le cas des lésions dues à des troubles circulatoires (démence artériopathique), à une atteinte syphilitique (paralysie générale) ou toxique (maladie de Korsakoff), etc. La démence réalise une involution, c'est-à-dire un processus symétriquement inverse de l'évolution des fonctions mentales. Littéralement, le dément « retombe en enfance ».

Arriérés et déments sont davantage des infirmes mentaux que des malades mentaux. Cependant, ce sont aussi des malades en ce sens que leur état varie dans des proportions non négligeables sous l'influence de thérapeutiques diverses. Dès 1920, sous l'influence de la malariathérapie, on a vu l'une des plus graves démences, la paralysie générale, régresser au point qu'on puisse parler de guérison. Et certaines arriérations (idiotie phénylpyruvique) peuvent actuellement être prévenues par des mesures appropriées.

On dit qu'il y a névrose lorsque l'intégration des exigences du moi et des exigences du monde se fait de façon douloureuse. Cette douleur interne, l'angoisse, tend a être évitée ou atténuée par la mise en œuvre de mécanismes de défense réalisant un compromis permettant une coexistence du sujet et de son monde, au prix d'une réduction des échanges et d'un certain nombre d'incommodités, voire de souffrances. Ces compromis se réalisent de multiples façons, parmi lesquelles quelques types se rencontrent de façon plus fréquente : la névrose phobique, où l'angoisse est extériorisée et localisée sur des objets ou des situations (peur des espaces clos ou du vide, peur de certains objets) ; la névrose obsessionnelle, où la peur est transformée en besoin obsédant d'accomplir certains gestes ou cert [...]

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Écrit par :

  • : psychiatre honoraire des hôpitaux, Paris, professeur émérite à l'Université libre de Bruxelles

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Pour citer l’article

Paul SIVADON, « MALADIES MENTALES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/maladies-mentales/