OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Après la guerre froide

Avec l'achèvement de la guerre froide, l'O.T.A.N. semblait être parvenue au terme de son histoire. Le pacte de Varsovie était moribond et disparaissait définitivement en 1991, l'Allemagne s'était unifiée dans l'Alliance atlantique en 1990 et l'Union soviétique s'était écroulée en décembre 1991, après que les pays Baltes s'en furent séparés en août 1991. Le besoin d'une alliance militaire destinée à empêcher une agression contre l'Europe occidentale n'allait plus de soi. De nombreux observateurs prédisaient ainsi la disparition rapide de l'Alliance, au moins en tant qu'acteur significatif de la sécurité européenne.

C'était oublier que, parmi les trois buts définis dès l'origine par le premier secrétaire général de l'O.T.A.N., lord Ismay : « Keep the Russians out, the Germans down and the Americans in », seuls les deux premiers étaient dépassés. La Russie ne représentait plus dans les faits une menace significative, même si certains, surtout aux États-Unis et en Allemagne, continuaient à s'en méfier. L'Allemagne réunifiée était présentée par l'administration américaine comme un « partenaire en leadership », qu'il s'agissait donc de ne pas cantonner dans une position seconde, fût-ce en matière militaire. Mais le maintien d'une présence stratégique américaine permanente en Europe n'était pas évident, les États-Unis se méfiant des obligations internationales permanentes. Cependant, elle était fortement souhaitée par les Britanniques, dont le tropisme atlantique n'avait pas disparu, et par les Allemands, qui pensaient que seule la présence américaine permettrait de rassurer leurs voisins quant au fait que l'unification allemande ne se ferait pas au détriment de leurs intérêts de sécurité. Enfin, les États les moins puissants au sein de l'O.T.A.N. estimaient que les États-Unis les garantissaient contre la domination d'un ou de plusieurs grands partenaires européens. Selon la formule atlantiste consacrée, ils préféraient un protecteur puissant et lointain à un protecteur moins efficace à leurs yeux, et surtout plus proche et donc plus pesant.

Une très forte coalition, renforcée par ceux des dirigeants politiques, administratifs et militaires américains qui pensaient que l'O.T.A.N. était synonyme de l'influence américaine en Europe, s'est ainsi constituée pour éviter un délitement de l'organisation. La bureaucratie civile et militaire otanienne aidant, la question de la continuation d'une participation américaine à la sécurité européenne et celle de la préservation institutionnelle de l'O.T.A.N. se sont confondues. Seule la première, pourtant, constituait le point politique essentiel. Face au danger de l'obsolescence politique de l'Alliance atlantique, la diplomatie américaine a réagi très rapidement : le discours du secrétaire d'État James Baker, prononcé à Berlin en décembre 1989, annonçait clairement la politique qui serait effectivement menée par les États-Unis en Europe dans les années qui suivirent. Pour James Baker, il s'agissait d'élargir doublement le rôle de l'O.T.A.N., en lui donnant une portée géographique plus large, et en lui assignant une fonction générale de sécurité européenne au-delà de la défense territoriale. C'est le programme qu'a en effet mis en œuvre l'O.T.A.N. à partir de 1990.

L'élargissement géographique

Le premier souci de l'Alliance, exprimé au sommet de Londres en juin 1990, fut d'établir pour la première fois des relations avec ses anciens adversaires du pacte de Varsovie, se lançant ainsi discrètement dans un élargissement géographique de son rôle. Il s'agissait à ce stade de nouer de simples liaisons diplomatiques, permettant des échanges informels entre représentants de pays anciennement adversaires. Le souci de l'O.T.A.N. était double, et d'ailleurs non dénué d'une certaine ambiguïté : il convenait, d'une part, d'assurer les États nouvellement sortis de la domination soviétique que l'O.T.A.N., dont l'image de vainqueur de la guerre froide les impressionnait, s'intéressait à leur sort ; il s'agissait, d'autre part, d'éviter de créer un glacis isolant l'Union soviétique, dont les dispositions envers l'Ouest étaient favorables, et dont aucune diplomatie occidentale ne souhaitait alors l'écroulement rapide. D'où la prudence politique de l'O.T.A.N., soucieuse avant tout de ne pas se laisser entraîner à choisir entre ces deux préoccupations également légitimes.

Il devint rapidement clair, cependant, que les liaisons diplomatiques ne suffisaient pas. Une certaine formalisation s'imposait, mais celle-ci interdisait de faire une distinction entre les États, au nom de l'indivisibilité de la sécurité européenne, objet d'incantations rituelles dans les communiqués de l'O.T.A.N. : il fallait une même situation pour tous. C'est pourquoi les États-Unis et l'Allemagne prirent l'initiative, à l'été de 1991, de proposer la création d'un Conseil de coopération nord-atlantique (C.C.N.A.), rassemblant, dans le cadre de l'O.T.A.N., les membres de celle-ci et ceux de l'ancien pacte de Varsovie, pour discuter des questions de sécurité européenne de façon ouverte. Sans pouvoir de décision, cet organisme n'était pourtant guère plus efficace que les liaisons diplomatiques, ce dont les pays invités à y participer se sont rapidement aperçus. En outre, le hasard a fait que la constitution de ce C.C.N.A., à la fin de décembre 1991, a coïncidé exactement avec la disparition de l'URSS, obligeant en quelque sorte l'O.T.A.N. à y insérer des États nouveaux, dépourvus d'une diplomatie effective et, pour certains, telles les républiques d'Asie centrale, aux préoccupations fort éloignées des questions essentielles de la sécurité européenne. Le C.C.N.A. n'a donc jamais été en mesure de répondre aux attentes qui avaient été placées en lui.

Conscients de l'insatisfaction des États d'Europe centrale qui espéraient une proche relation avec l'O.T.A.N. et les États-Unis, ceux-ci ont proposé en 1993 la création d'un « Partenariat pour la paix » (PpP) permettant de sortir de cette impasse. Ce partenariat, à vocation principalement militaire et conçu au Pentagone, permettait à l'Alliance de proposer à tous les États européens, neutres compris, de s'associer à elle. Par cette approche généralisée, l'O.T.A.N. se prémunissait contre le reproche éventuel de différencier ses relations entre ses partenaires. Il revenait en revanche à chacun des États de choisir lui-même l'intensité des relations qu'il souhaitait établir avec l'O.T.A.N., puisque les accords de partenariat étaient négociés individuellement entre l'alliance et chacun de ses partenaires. Ces accords pouvaient, en effet, se limiter à des échanges d'informations et à des visites, ou aller jusqu'à la participation commune à des opérations militaires de gestion de crises, avec une grande variété de types de relations entre ces deux extrêmes.

La mise en place effective du PpP a cependan [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 25 pages

Médias de l’article

OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord)

OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord)
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Blocus de Berlin, 1948

Blocus de Berlin, 1948
Crédits : National Archives

vidéo

1945 à 1962. La décolonisation

1945 à 1962. La décolonisation
Crédits : Encyclopædia Universalis France

vidéo

Crise de Suez, 1956

Crise de Suez, 1956
Crédits : National Archives

vidéo

Afficher les 11 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord)  » est également traité dans :

CRÉATION DE L'O.T.A.N.

  • Écrit par 
  • Sylvain VENAYRE
  •  • 198 mots
  •  • 1 média

La création, à Washington, de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (O.T.A.N.) est une conséquence du constat de la séparation de l'Europe par ce que le Britannique Winston Churchill avait nommé, en 1946, un « rideau de fer ». Dix États d'Europe de l'Ouest (Belgique, Danemark, France, Islande, Italie, Luxembou […] Lire la suite

AFGHANISTAN

  • Écrit par 
  • Daniel BALLAND, 
  • Gilles DORRONSORO, 
  • Mir Mohammad Sediq FARHANG, 
  • Pierre GENTELLE, 
  • Sayed Qassem RESHTIA, 
  • Olivier ROY, 
  • Francine TISSOT
  • , Universalis
  •  • 34 335 mots
  •  • 21 médias

Dans le chapitre « Le retrait occidental »  : […] Si le combat entre l'insurrection et la coalition semble à première vue déséquilibré, la guerre d'Afghanistan met en lumière des failles majeures dans le fonctionnement des armées occidentales, notamment les limites des ressources humaines et matérielles de la coalition, la forte inertie des pratiques et la faiblesse du renseignement. Le 11 août 2003, l'O.T.A.N. prend le commandement de la Force […] Lire la suite

ALBANIE

  • Écrit par 
  • Anne-Marie AUTISSIER, 
  • Odile DANIEL, 
  • Christian GUT
  •  • 22 085 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Les Balkans : du « bon voisinage » à la tourmente  »  : […] Dans le cadre du « bon voisinage entre États et peuples des Balkans », réaffirmé à l'issue du VII e  congrès, Reis Malile, alors chef de la diplomatie albanaise, confirmait en 1988 les nouvelles orientations de son gouvernement lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des six pays balkaniques à Belgrade. Le 1 er novembre 1991, l'Albanie a accueilli la vingt-quatrième conférence de […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République démocratique allemande

  • Écrit par 
  • Georges CASTELLAN, 
  • Rita THALMANN
  •  • 19 315 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « La « grande initiative » diplomatique »  : […] Celle-ci domina l'année 1954, que les historiens de la R.D.A. appellent l'« année de la grande initiative ». Il s'agissait en fait de s'opposer au réarmement de l'Allemagne occidentale, prévu depuis 1952 par le projet de C.E.D. La conférence des quatre ministres des Affaires étrangères, à Berlin, du 21 janvier au 8 février 1954 , vit de nouveau s'opposer thèses soviétiques et thèses occidentales. […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification

  • Écrit par 
  • Alfred GROSSER, 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 16 229 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « Statut et souveraineté »  : […] Le projet d'Europe communautaire, lancé à partir de 1950 avec la C.E.C.A. et la Communauté européenne de défense, ne peut se réaliser avec une Allemagne privée de politique étrangère. Le 6 mars 1951, la « petite révision » du statut d'occupation reconnaît à la République fédérale le droit d'exercer partiellement une action extérieure, puis d'avoir un ministre des Affaires étrangères. Avec l'entrée […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - L'Allemagne unie

  • Écrit par 
  • Anne-Marie LE GLOANNEC
  •  • 7 695 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'affirmation de l'Allemagne sur la scène internationale »  : […] En termes de politique étrangère, le chancelier Kohl a su s'imposer sur la scène internationale, ce qui lui permet d'obtenir l'assentiment et le soutien du président américain George Bush et du dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev pour réunifier l'Allemagne au sein de l' O.T.A.N. et de l U.E. L'approbation pour ce projet n'allait pourtant pas de soi pour le pouvoir soviétique ; le chancelier Ko […] Lire la suite

ATLANTIQUE HISTOIRE DE L'OCÉAN

  • Écrit par 
  • Jacques GODECHOT, 
  • Clément THIBAUD
  •  • 13 638 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « L'Atlantique depuis le début du XXe siècle »  : […] L'Atlantique joue encore pleinement, au xx e  siècle, son rôle de trait d'union entre les trois continents qui le bordent. Mais si son importance stratégique et politique se maintient au cours des deux Guerres mondiales et lors de la guerre froide, le réveil économique du monde asiatique, du Japon à la Chine et à l'Inde, rééquilibre progressivement, après les années 1960, les échanges à l'échelle […] Lire la suite

AZERBAÏDJAN

  • Écrit par 
  • Raphaëlle MATHEY, 
  • Ronald Grigor SUNY
  • , Universalis
  •  • 6 517 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Coopération symbolique avec l'O.T.A.N.  »  : […] L'Azerbaïdjan est partenaire de l'Alliance depuis 1994 à travers le Partenariat pour la paix. Dans le cadre d’un dialogue renforcé avec l’O.T.A.N., l’Azerbaïdjan a signé, en 2011, un troisième Plan d’action individuel pour le partenariat, comprenant une coopération active pour la réforme du secteur de la sécurité. Le pays a participé aux opérations au Kosovo (1999-2008) et est présent en Afghanis […] Lire la suite

BELGIQUE - Histoire

  • Écrit par 
  • Guido PEETERS
  •  • 20 612 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « Relations extérieures »  : […] Sur le plan extérieur, l'Union économique et douanière conclue à Londres en 1944 entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, entrait progressivement dans les faits. La Belgique adhéra à l'O.N.U. (1945), à l'O.T.A.N. (1949), à la C.E.C.A. (Communauté européenne du charbon et de l'acier, 1951), aux traités de Rome et à l'Euratom (1957). En dépit de sa taille modeste, elle parvint à jouer un rô […] Lire la suite

BELGIQUE - La période contemporaine

  • Écrit par 
  • Jean FANIEL, 
  • Xavier MABILLE
  •  • 8 985 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La Belgique sur la scène internationale »  : […] La Belgique est un des six États fondateurs des Communautés européennes. Elle appartient toujours, au sein de l'U.E., au cercle des États liés par les coopérations les plus poussées, qu'il s'agisse de l'accord de Schengen ou de la monnaie européenne. Le consensus pro-européen qui règne parmi les partis politiques belges a été quelque peu mis à l’épreuve par l’opposition, dès 2012, des deux princip […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

2-8 juillet 2021 Afghanistan – États-Unis. Retrait des troupes américaines.

l’OTAN évacuent la base aérienne stratégique de Bagram, au nord de Kaboul, plaque tournante de l’activité militaire des États-Unis dans le pays depuis leur intervention en 2001. Le 8, alors que les forces talibanes contrôlent la moitié des districts du pays et encerclent Kaboul et les capitales provinciales, le président américain Joe Biden déclare […] Lire la suite

22 janvier 2021 O.N.U. Entrée en vigueur du Traité sur l'interdiction des armes nucléaires.

Traité sur l’interdiction des armes nucléaires entre en vigueur à la suite de sa ratification par cinquante États. Ce texte qui interdit la mise au point, l’essai, la production, le stockage, le transfert, l’utilisation et la menace d’utilisation d’armes nucléaires a été adopté en juillet 2017, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, par 122 voix sur […] Lire la suite

4 septembre - 12 octobre 2020 Turquie – Grèce. Baisse des tensions en Méditerranée orientale.

l’OTAN Jens Stoltenberg appelle la Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l’organisation, à engager des « discussions au niveau technique et militaire » de façon à régler leur différend sur la délimitation de leurs zones maritimes. Le 12, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis annonce son intention d’acquérir dix-huit avions Rafale, dans […] Lire la suite

4-30 août 2020 Biélorussie. Réélection contestée du président Alexandre Loukachenko.

l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour résoudre la crise en Biélorussie. Le 22, le président Loukachenko place l’armée en état d’alerte maximale, dénonçant d’« importants agissements des forces de l’OTAN à proximité » des frontières. Le 23, alors que des foules massives se réunissent pour un deuxième dimanche de manifestations […] Lire la suite

Pour citer l’article

André FONTAINE, Pierre MELANDRI, Guillaume PARMENTIER, « OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/otan-organisation-du-traite-de-l-atlantique-nord/