ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949)République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Stabilité et changement rythment l'évolution de la république fédérale d'Allemagne (R.F.A.), fondée en 1949.

Allemagne : drapeau

Dessin : Allemagne : drapeau

Allemagne (1949). L'une des racines des trois couleurs allemandes remonte à l'uniforme (veste noire à revers rouges et à boutons dorés) du corps franc prussien de Lützow, une association d'étudiants volontaires lors des guerres de libération contre Napoléon en 1813-1814. Le drapeau... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher l'atlas

Stabilité n'est pas synonyme d'immobilité. Le jeu des partis politiques allemands s'est considérablement simplifié en passant du pluralisme au tripartisme, en évoluant du centre droit vers le centre gauche après 1969 puis en revenant au centre droit en 1982. La percée des écologistes en 1983 et l'arrivée en 1990 des communistes réformateurs de l'ancienne R.D.A., le Parti du socialisme démocratique (Partei des demokratischen Sozialismus, P.D.S.), ont mis fin au tripartisme. Une bonne partie de la population de l'actuelle R.F.A. est née après 1945 – ce qui constitue aussi un facteur de changement appréciable. Malgré les destructions dues à la guerre, l'économie allemande est devenue la première en Europe, et elle se situe dans le peloton de tête sur le plan mondial. Les inégalités sociales sont toujours présentes et les disparités prennent une nouvelle ampleur depuis l'unification, mais le réseau de protection sociale est suffisamment développé pour que le « modèle allemand » soit souvent cité en exemple. Placée sous la tutelle alliée, la R.F.A. ne disposait pratiquement d'aucune souveraineté extérieure en 1949 ; elle a peu à peu obtenu sa liberté d'action et déploie une grande activité sur le plan international. L'Allemagne unie jouit de sa pleine souveraineté interne et externe.

La réussite de cet État ne peut cacher le fait que la R.F.A. vit dans un malaise permanent. Malgré ses amitiés et ses alliances, elle se sent souvent incomprise. Malgré sa puissance et sa richesse, elle donne l'impression d'être désarmée face aux contraintes qui pèsent sur elle. Malgré le calme politique, elle doute de sa stabilité intérieure. Les actions terroristes des années soixante-dix, puis la montée des mouvements écologistes et pacifistes et l'affirmation de l'extrémisme de droite ont fait apparaître des forces qui contestaient parfois violemment les choix fondamentaux de l'État. Contrairement à bien des pays plus troublés et moins riches, la République fédérale s'interroge constamment sur son identité, même après avoir retrouvé son unité.

La République fédérale et la souveraineté allemande

La situation en 1949

La République fédérale a pour ainsi dire une double origine. Elle est née de la libre volonté de ses habitants et de la décision des trois occupants de rétrocéder à un État ouest-allemand une part de la souveraineté acquise en 1945. La Loi fondamentale (Grundgesetz), adoptée par le Conseil parlementaire constituant le 8 mai 1949, est entrée en vigueur le 23, après sa ratification par les parlements des Länder (États), dont les institutions ont été mises en place à partir de 1946. « Loi fondamentale » et non Constitution : la nuance est destinée à montrer le caractère provisoire de l'ensemble. Selon le préambule, le peuple allemand s'est donné la présente Loi fondamentale « pour une période de transition ». Il a agi aussi pour ceux des Allemands qui étaient privés de la possibilité d'y coopérer. « Le peuple allemand tout entier demeure invité à achever, en disposant librement de lui-même, l'unité et la liberté de l'Allemagne. »

Fondation de la R.F.A.

Photographie : Fondation de la R.F.A.

La promulgation de la Loi fondamentale (Grundgesetz), le 23 mai 1949, au cours de la cérémonie de clôture du Conseil parlementaire, constitue l'acte de naissance de la R.F.A. 

Crédits : AKG

Afficher

L'article 146 et dernier précise : « La présente Loi fondamentale cessera d'être valable le jour de l'entrée en vigueur d'une Constitution adoptée par le peuple allemand en pleine liberté de décision. » Or, dès avant la création de la République fédérale, les Trois ont limité sa souveraineté. D'abord, l'Autorité internationale de la Ruhr, entrée en fonction le 28 décembre 1948, enlève en principe au futur État allemand la libre disposition de la sidérurgie et des charbonnages ; elle disparaîtra avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (C.E.C.A.) en 1951. Ensuite, un Office militaire de sécurité reste en principe chargé de « prévenir la renaissance de toute organisation militaire ou paramilitaire » jusqu'en 1955, alors que, dès 1950, le réarmement allemand est proposé et préparé. Mais, surtout, les trois Occidentaux proclament le 8 avril 1949 que « les gouvernements de la France, du Royaume-Uni et des États-Unis conservent l'autorité suprême assumée par eux aux termes de la déclaration signée à Berlin le 5 juin 1945 » et, deux jours plus tard, ils promulguent le statut d'occupation applicable à la République fédérale naissante. Ce statut a été imposé aux représentants du nouvel État et non pas négocié avec eux. Les trois Occidentaux se réservent des pouvoirs spécifiques dans le domaine du désarmement et de la démilitarisation, du contrôle concernant la Ruhr et les Affaires étrangères ; ils surveillent aussi les réparations, la décartellisation, la déconcentration, le commerce extérieur et le change. Ils veulent faire respecter également la Loi fondamentale (les amendements doivent obtenir leur approbation) et les constitutions des Länder.

Un Haut-Commissariat, composé d'un haut-commissaire pour chaque pays occupant, est chargé d'appliquer le statut.

André François-Poncet et Konrad Adenauer, 1951

Photographie : André François-Poncet et Konrad Adenauer, 1951

André François-Poncet (1887-1978), haut-commissaire français en Allemagne, à droite, et le chancelier allemand Adenauer, à Paris, en 1951. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Statut et souveraineté

Le projet d'Europe communautaire, lancé à partir de 1950 avec la C.E.C.A. et la Communauté européenne de défense, ne peut se réaliser avec une Allemagne privée de politique étrangère. Le 6 mars 1951, la « petite révision » du statut d'occupation reconnaît à la République fédérale le droit d'exercer partiellement une action extérieure, puis d'avoir un ministre des Affaires étrangères. Avec l'entrée en vigueur des accords de Paris du 24 octobre 1954, le statut d'occupation devient lettre morte bien avant d'être officiellement supprimé le 5 mai 1955.

Les accords de Paris stipulent notamment l'entrée de la République fédérale dans l'O.T.A.N. et la création de l'Union de l'Europe occidentale. L'importante Convention sur les relations entre les trois puissances et la république fédérale d'Allemagne constituait depuis lors le document essentiel concernant le statut international de cette dernière. L'article premier abroge le statut d'occupation et affirme que « la République fédérale exercera la pleine autorité d'un État souverain sur ses affaires intérieures et extérieures ».

Mais l'article 2 apporte aussitôt de sérieuses restrictions : « En raison de la situation internationale qui a, jusqu'à ce jour, empêché la réunification de l'Allemagne et la conclusion d'un règlement de paix, les trois Puissances se réservent les droits et les responsabilités antérieurement exercés ou détenus par elles en ce qui concerne Berlin et l'Allemagne dans son ensemble [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 25 pages


Médias de l’article

Allemagne : drapeau

Allemagne : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

drapeau

Fondation de la R.F.A.

Fondation de la R.F.A.
Crédits : AKG

photographie

André François-Poncet et Konrad Adenauer, 1951

André François-Poncet et Konrad Adenauer, 1951
Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

John F. Kennedy à Berlin, 1963

John F. Kennedy à Berlin, 1963
Crédits : Keystone/ Getty Images

photographie

Afficher les 10 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, Institut d'études politiques de Paris
  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

Classification

Autres références

«  ALLEMAGNE  » est également traité dans :

ALLEMAGNE (Géographie) - Aspects naturels et héritages

  • Écrit par 
  • François REITEL
  •  • 8 234 mots
  •  • 5 médias

L'Allemagne, qui s'affirme au xixe siècle comme une grande puissance économique, surtout après la victoire de 1870-1871 sur la France, connaît à cette époque une explosion industrielle et urbaine. De nouvelles villes apparaissent dans les Reviere (régions industrielles). La Gründerzeit fait croire que l'expansio […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Géographie) - Géographie économique et régionale

  • Écrit par 
  • Guillaume LACQUEMENT
  •  • 12 050 mots
  •  • 7 médias

L'Allemagne de Berlin : différente et semblable : le titre de l'ouvrage du politologue Alfred Grosser (2002) exprime les paradoxes de la construction historique du pays et renvoie à leurs multiples implications sur l'organisation territoriale. Finalistes et déterministes, les théories explicatives du Sonderweg (la « voie particulière ») ne suffisent pas à ex […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne médiévale

  • Écrit par 
  • Pierre-Roger GAUSSIN
  •  • 14 149 mots
  •  • 7 médias

Plus de six siècles séparent la Germanie héritée des Carolingiens de cette « fédération de princes » qu'est l'Allemagne de la Réforme. L'histoire de cette longue période offre le contraste entre une politique vainement hantée par l'idée d'empire et la lente formation de la société allemande.Le […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne du XVIe et du XVIIe s.

  • Écrit par 
  • Georges LIVET
  •  • 6 502 mots
  •  • 6 médias

Entre 1519 et 1648 apparaissent en Allemagne de profondes transformations. Pendant qu'à l'ouest s'opère l'élaboration de puissantes monarchies, Espagne, France, Angleterre, persiste en Allemagne l'état féodal marqué par les progrès de l'oligarchie réduisant l'Empereur à l'impuissance et le peuple à la servitude. S'y ajoute au début du siècle la division religieuse, aux résonances sociales rapideme […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne moderne et contemporaine

  • Écrit par 
  • Michel EUDE, 
  • Alfred GROSSER
  •  • 26 856 mots
  •  • 39 médias

On ne saurait exagérer l'importance de la date de 1648 dans l'histoire de l'Allemagne. Non que les traités de Westphalie, en dépit d'une légende tenace, aient instauré un « nouvel ordre européen » : ils sont avant tout un règlement des questions allemandes à l'issue de la longue période – quelque 1 […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République démocratique allemande

  • Écrit par 
  • Georges CASTELLAN, 
  • Rita THALMANN
  •  • 19 315 mots
  •  • 6 médias

La Deutsche DemokratischeRepublik (D.D.R., en français R.D.A.) s'est comportée, de sa création en 1949 à la chute du Mur de Berlin en 1989, comme la démocratie populaire la plus fidèle à […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - Le processus de réunification

  • Écrit par 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 2 709 mots
  •  • 4 médias

Pour la seconde fois en cent vingt ans, l'Allemagne retrouve son unité, en 1990. C'est la Prusse qui a unifié le pays après les guerres contre le Danemark, l'Autriche et la France. L'unité n'a été proclamée ni à Berlin ni même sur le territoire allemand, mais dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le 18 janvier 1871, pendant que les troupes prus […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - L'Allemagne unie

  • Écrit par 
  • Anne-Marie LE GLOANNEC
  •  • 7 695 mots
  •  • 1 média

La guerre froide a fait de l'Europe un théâtre majeur des relations Est-Ouest, où s'affrontent États-Unis et Union soviétique. Au cœur de cette Europe, l'Allemagne, divisée, n'est pas souveraine, mais elle n'en est pas moins essentielle, en tant que pièce maîtresse de l'Alliance atlantique, principale […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - L'économie allemande depuis la réunification

  • Écrit par 
  • Hans BRODERSEN
  •  • 6 021 mots
  •  • 7 médias

La réunification économique interallemande de 1990 est-elle un échec, un semi-échec ou une réussite ? Quel bilan économique tirer après plusieurs décennies d'efforts pour intégrer les territoires de l’ancienne république démocratique allemande (RDA) dans la compétition mondiale ? L'Allemagne a-t-elle digéré ces efforts et sera-t-elle en mesure de maintenir, voire d'accroître, ses positions alors q […] Lire la suite

ALLEMAGNE - Les institutions

  • Écrit par 
  • Stéphane SCHOTT
  •  • 4 225 mots

Les institutions de la république fédérale d’Allemagne sont définies par la Loi fondamentale (L.F.), ou Grundgesetz, du 23 mai 1949. Pensé à l’origine comme une Constitution provisoire pour l’Allemagne de l’Ouest, le Grun […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

13 novembre 2019 Allemagne. Destitution d'un président de commission parlementaire.

Les membres de la commission de la justice du Bundestag destituent le président de celle-ci, Stephan Brandner, membre d’Alternative pour l’Allemagne (AfD, extrême droite), qui a tenu des propos antisémites. Il s’agit d’une décision sans précédent dans l’histoire de la République fédérale. L’AfD dispose de deux autres présidences de commission depuis son entrée au Bundestag en septembre 2017. […] Lire la suite

14 mars 2018 Allemagne. Réélection de la chancelière Angela Merkel.

Le Bundestag réélit la chancelière Angela Merkel pour un quatrième mandat, par 364 voix sur 692, soit un nombre inférieur au total des députés conservateurs et sociaux-démocrates. Jamais, depuis l’instauration de la République fédérale en 1949, un temps aussi long – cent soixante et onze jours – ne s’était écoulé entre les élections législatives et l’investiture du gouvernement. […] Lire la suite

19-24 novembre 2017 Allemagne. Rupture des discussions en vue d'une coalition gouvernementale.

Le 19, le président du Parti libéral-démocrate (FDP) Christian Lindner rompt les négociations engagées à la suite des élections législatives de septembre avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel, l’Union chrétienne-sociale (CSU) et les Verts en vue de former un gouvernement. Les pourparlers achoppaient sur les questions environnementales et migratoires. […] Lire la suite

18 mars 2012 Allemagne. Élection de Joachim Gauck à la présidence de la République

Le collège électoral composé de députés et de délégués des Länder élit le pasteur Joachim Gauck au poste honorifique de président de la République, à la suite de la démission de Christian Wulff en février. Appuyé par la quasi-totalité des partis politiques, Joachim Gauck obtient 991 voix, contre 126 pour Beate Klarsfeld, qui a consacré sa vie à la traque des criminels de guerre nazis et qui était soutenue par le parti Die Linke, et 108 abstentions. […] Lire la suite

23 mai 2009 Allemagne. Réélection du président Horst Köhler

, est réélu pour un second mandat de cinq ans à la tête de la République fédérale d'Allemagne. Soutenu par les chrétiens-démocrates (C.D.U.) de la chancelière Angela Merkel et par les libéraux du F.D.P., il obtient la majorité absolue dès le premier tour, avec les voix de 613 délégués sur les 1 224 que compte l'Assemblée fédérale. Le pouvoir exécutif étant détenu par la chancelière, le président n'occupe qu'un poste honorifique et son élection ne représente pas un véritable enjeu politique. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alfred GROSSER, Henri MÉNUDIER, « ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemagne-politique-et-economie-depuis-1949-republique-federale-d-allemagne-jusqu-a-la-reunification/