OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'année de l'Europe

Alors qu'au sommet de Paris (oct. 1972), le gouvernement Pompidou proposait avec succès l'objectif d'une « Union européenne », Nixon proclamait peu après que 1973 serait l'« année de l'Europe ». Kissinger et lui-même devaient préciser ce qu'ils entendaient au printemps suivant : ils voulaient une renégociation globale de tous les aspects stratégiques, politiques, commerciaux et monétaires des relations atlantiques. Dans un important discours prononcé le 23 avril 1973, Kissinger proposait la rédaction d'une nouvelle « charte de l'Atlantique » avant la fin de l'année, la tenue, à l'occasion d'un voyage de Nixon en Europe, d'un sommet où elle serait solennellement acceptée et l'association du Japon (membre de l'O.C.D.E. depuis 1964) à tout le projet. Manifestement, les problèmes économiques avaient, dans son esprit, la priorité. En mai, Nixon explicitait sa pensée dans un message au Congrès : « Est-il possible de concilier le principe de l'unité atlantique en matière de défense et de sécurité, et la politique économique de plus en plus régionaliste de la Communauté européenne ? »

Quelque peu assombri par l'affaire du Watergate, le discours ne suscita guère l'enthousiasme des Européens. Les pressions dont l'offre était entourée devaient même faire le jeu de Michel Jobert, le ministre des Affaires étrangères français, et renforcer les tendances « néo-gaullistes » que des leaders comme Edward Heath ou Willy Brandt semblaient afficher. La deuxième dévaluation du dollar avait en effet conduit la plupart des pays à adopter des taux de change flottants qui menaçaient la stabilité à laquelle la prospérité occidentale s'était longtemps identifiée. Les menaces contenues dans le projet de loi tarifaire adressé par Nixon au Congrès n'étaient guère faites pour rassurer. Durant l'été, la volonté délibérée des États-Unis de manipuler le dollar pour promouvoir leurs intérêts comme l'arrêt des exportations des tourteaux de soja nécessaires aux éleveurs européens facilitèrent un rapprochement entre la France et la Grande-Bretagne auquel finirent par adhérer les autres alliés, à commencer par les Allemands de l'Ouest dont le poids économique était de plus en plus déterminant. En septembre 1973, réunis à Copenhague, les ministres des « Neuf » adoptaient un texte affirmant l'« identité européenne » sinon par opposition, du moins par référence aux États-Unis. Kissinger ne cachait pas l'irritation que lui inspirait la fronde de Bonn, Londres et Paris. Et, peu après, le Congrès votait le principe d'une forte réduction des troupes américaines en Europe, mesure que l'administration avait le plus grand mal à faire rapporter.

Peut-être l'Europe eût-elle pu alors se constituer en force politique. Mais la guerre du Kippour (oct. 1973) vint bouleverser toutes les données. Certes, le conflit, puis l'embargo pétrolier portèrent à certains moments les tensions interalliées à leur apogée. Kissinger se dit « écœuré » par le refus que lui opposèrent ses alliés (sauf les Portugais) quand il voulut utiliser leurs bases pour ravitailler l'armée israélienne. La prise de position des ministres des « Neuf » en faveur de certaines thèses arabes, puis leur projet de nouer un « dialogue euro-arabe » (à la fin de 1973 et au printemps de 1974) devaient même le conduire à exprimer publiquement ses doutes quant à la « légitimité » de leurs gouvernements !

Néanmoins, deux facteurs contribuèrent à apaiser les tensions. D'abord, la crise pétrolière souligna la vulnérabilité économique des Européens, et ceux-ci ne suivirent pas les Français lorsque, à la conférence de Washington (févr. 1974), Michel Jobert voulut s'opposer à la constitution d'une sorte de consortium des pays consommateurs, l'Agence internationale de l'énergie (A.I.E.), qui serait sous l'égide des États-Unis. Ensuite, des changements dans le personnel politique européen (mort de Georges Pompidou et élection de Valéry Giscard d'Estaing, départ de Willy Brandt et arrivée de Helmut Schmidt, défaite de Edward Heath et retour de Harold Wilson) entraînèrent une volonté d'apaisement que, outre-Atlantique, Nixon, affaibli par le Watergate, partageait. En juin 1974, à Ottawa, une « déclarat [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 25 pages

Médias de l’article

OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord)

OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord)
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Blocus de Berlin, 1948

Blocus de Berlin, 1948
Crédits : National Archives

video

1945 à 1962. La décolonisation

1945 à 1962. La décolonisation
Crédits : Encyclopædia Universalis France

chronologie

Crise de Suez, 1956

Crise de Suez, 1956
Crédits : National Archives

video

Afficher les 11 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord)  » est également traité dans :

CRÉATION DE L'O.T.A.N.

  • Écrit par 
  • Sylvain VENAYRE
  •  • 198 mots
  •  • 1 média

La création, à Washington, de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (O.T.A.N.) est une conséquence du constat de la séparation de l'Europe par ce que le Britannique Winston Churchill avait nommé, en 1946, un « rideau de fer ». Dix États d'Europe de l'Ouest (Belgique, Danemark, France, Islande, Italie, Luxembou […] Lire la suite

AFGHANISTAN

  • Écrit par 
  • Daniel BALLAND, 
  • Gilles DORRONSORO, 
  • Mir Mohammad Sediq FARHANG, 
  • Pierre GENTELLE, 
  • Sayed Qassem RESHTIA, 
  • Olivier ROY, 
  • Francine TISSOT
  • , Universalis
  •  • 34 335 mots
  •  • 21 médias

Dans le chapitre « Le retrait occidental »  : […] Si le combat entre l'insurrection et la coalition semble à première vue déséquilibré, la guerre d'Afghanistan met en lumière des failles majeures dans le fonctionnement des armées occidentales, notamment les limites des ressources humaines et matérielles de la coalition, la forte inertie des pratiques et la faiblesse du renseignement. Le 11 août 2003, l'O.T.A.N. prend le commandement de la Force […] Lire la suite

ALBANIE

  • Écrit par 
  • Anne-Marie AUTISSIER, 
  • Odile DANIEL, 
  • Christian GUT
  •  • 22 085 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Les Balkans : du « bon voisinage » à la tourmente  »  : […] Dans le cadre du « bon voisinage entre États et peuples des Balkans », réaffirmé à l'issue du VII e  congrès, Reis Malile, alors chef de la diplomatie albanaise, confirmait en 1988 les nouvelles orientations de son gouvernement lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des six pays balkaniques à Belgrade. Le 1 er novembre 1991, l'Albanie a accueilli la vingt-quatrième conférence de […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République démocratique allemande

  • Écrit par 
  • Georges CASTELLAN, 
  • Rita THALMANN
  •  • 19 315 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « La « grande initiative » diplomatique »  : […] Celle-ci domina l'année 1954, que les historiens de la R.D.A. appellent l'« année de la grande initiative ». Il s'agissait en fait de s'opposer au réarmement de l'Allemagne occidentale, prévu depuis 1952 par le projet de C.E.D. La conférence des quatre ministres des Affaires étrangères, à Berlin, du 21 janvier au 8 février 1954 , vit de nouveau s'opposer thèses soviétiques et thèses occidentales. […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification

  • Écrit par 
  • Alfred GROSSER, 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 16 229 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « Statut et souveraineté »  : […] Le projet d'Europe communautaire, lancé à partir de 1950 avec la C.E.C.A. et la Communauté européenne de défense, ne peut se réaliser avec une Allemagne privée de politique étrangère. Le 6 mars 1951, la « petite révision » du statut d'occupation reconnaît à la République fédérale le droit d'exercer partiellement une action extérieure, puis d'avoir un ministre des Affaires étrangères. Avec l'entrée […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - L'Allemagne unie

  • Écrit par 
  • Anne-Marie LE GLOANNEC
  •  • 7 695 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'affirmation de l'Allemagne sur la scène internationale »  : […] En termes de politique étrangère, le chancelier Kohl a su s'imposer sur la scène internationale, ce qui lui permet d'obtenir l'assentiment et le soutien du président américain George Bush et du dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev pour réunifier l'Allemagne au sein de l' O.T.A.N. et de l U.E. L'approbation pour ce projet n'allait pourtant pas de soi pour le pouvoir soviétique ; le chancelier Ko […] Lire la suite

ATLANTIQUE HISTOIRE DE L'OCÉAN

  • Écrit par 
  • Jacques GODECHOT, 
  • Clément THIBAUD
  •  • 13 638 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « L'Atlantique depuis le début du XXe siècle »  : […] L'Atlantique joue encore pleinement, au xx e  siècle, son rôle de trait d'union entre les trois continents qui le bordent. Mais si son importance stratégique et politique se maintient au cours des deux Guerres mondiales et lors de la guerre froide, le réveil économique du monde asiatique, du Japon à la Chine et à l'Inde, rééquilibre progressivement, après les années 1960, les échanges à l'échelle […] Lire la suite

AZERBAÏDJAN

  • Écrit par 
  • Raphaëlle MATHEY, 
  • Ronald Grigor SUNY
  • , Universalis
  •  • 6 517 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Coopération symbolique avec l'O.T.A.N.  »  : […] L'Azerbaïdjan est partenaire de l'Alliance depuis 1994 à travers le Partenariat pour la paix. Dans le cadre d’un dialogue renforcé avec l’O.T.A.N., l’Azerbaïdjan a signé, en 2011, un troisième Plan d’action individuel pour le partenariat, comprenant une coopération active pour la réforme du secteur de la sécurité. Le pays a participé aux opérations au Kosovo (1999-2008) et est présent en Afghanis […] Lire la suite

BELGIQUE - Histoire

  • Écrit par 
  • Guido PEETERS
  •  • 20 612 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « Relations extérieures »  : […] Sur le plan extérieur, l'Union économique et douanière conclue à Londres en 1944 entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, entrait progressivement dans les faits. La Belgique adhéra à l'O.N.U. (1945), à l'O.T.A.N. (1949), à la C.E.C.A. (Communauté européenne du charbon et de l'acier, 1951), aux traités de Rome et à l'Euratom (1957). En dépit de sa taille modeste, elle parvint à jouer un rô […] Lire la suite

BELGIQUE - La période contemporaine

  • Écrit par 
  • Jean FANIEL, 
  • Xavier MABILLE
  •  • 8 985 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La Belgique sur la scène internationale »  : […] La Belgique est un des six États fondateurs des Communautés européennes. Elle appartient toujours, au sein de l'U.E., au cercle des États liés par les coopérations les plus poussées, qu'il s'agisse de l'accord de Schengen ou de la monnaie européenne. Le consensus pro-européen qui règne parmi les partis politiques belges a été quelque peu mis à l’épreuve par l’opposition, dès 2012, des deux princip […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

1er-31 mai 2022 Ukraine – Russie. Évacuation des derniers combattants de Marioupol.

Il compare les atrocités commises en Ukraine au génocide rwandais, déclare ne pas savoir « comment répondre » à la question de savoir s’il faut armer l’Ukraine et fustige « les aboiements de l’OTAN à la porte de la Russie » qui auraient poussé Moscou à intervenir. Il confirme le report sine die de sa rencontre avec le patriarche Cyrille, chef de l’Église orthodoxe russe, prévue en juin à Jérusalem. […] Lire la suite

18 mai 2022 O.T.A.N. – Suède – Finlande. Dépôt des candidatures de la Suède et la Finlande à l'OTAN.

Moscou a accusé l’OTAN de vouloir créer « un autre flanc pour accentuer la menace militaire » contre la Russie. De son côté, la Turquie, membre de l’Alliance atlantique, a menacé de mettre son veto à ces adhésions : elle accuse la Suède et la Finlande d’apporter leur aide, sur leur sol, à des militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qu’elle considère comme une organisation terroriste. […] Lire la suite

1er-30 avril 2022 Ukraine – Russie. Mise au jour de massacres de civils dans la région de Kiev évacuée par les troupes russes.

Le 25, dans un entretien télévisé, Sergueï Lavrov dénonce les livraisons d’armes sophistiquées à l’Ukraine par des pays membres de l’OTAN. Il affirme que « l’OTAN, en substance, est engagée dans une guerre avec la Russie via un intermédiaire et elle arme cet intermédiaire ». Il met en garde contre le risque « grave, réel » de guerre mondiale. Le 26, les représentants de près de quarante États se réunissent sur la base militaire américaine de Ramstein (Rhénanie-Palatinat), en Allemagne, afin d’évaluer les besoins militaires de l’Ukraine. […] Lire la suite

1er-31 mars 2022 Ukraine – Russie. Poursuite de la pression militaire russe et des soutiens occidentaux à l'Ukraine.

Il prononce un discours qu’il conclut en déclarant que « cet homme [Vladimir Poutine] ne peut rester au pouvoir » – il l’avait peu avant traité de « boucher ». Son entourage précisera que Washington n’a pas de stratégie de changement de régime à Moscou. Paris et Berlin prendront leur distance à l’égard des propos de Joe Biden. Le 28, l’armée ukrainienne reprend le contrôle de la ville d’Irpin, dans la banlieue nord-ouest de Kiev. […] Lire la suite

3-24 mars 2022 Canada – Ukraine. Mesures de soutien à l'Ukraine.

Le 19, un deuxième navire de guerre canadien quitte Halifax pour appuyer les forces de l’OTAN mobilisées en Europe du Nord. Le 24, le gouvernement fédéral se dit prêt à procéder à une augmentation progressive de 5 % des exportations de pétrole et de gaz canadiens pour répondre aux demandes de ses alliés soucieux de s’affranchir du pétrole et du gaz russes. […] Lire la suite

Pour citer l’article

André FONTAINE, Pierre MELANDRI, Guillaume PARMENTIER, « OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/otan-organisation-du-traite-de-l-atlantique-nord/