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WELLES ORSON

Acheminement vers la parole

Welles, acteur avant toute chose, n'est jamais là où on l'attend. S'il est un si grand cinéaste, l'un des tout premiers, c'est peut-être parce qu'il n'est pas un « professionnel », un spécialiste. On peut soutenir le paradoxe suivant lequel sa chance fut de s'intéresser au cinéma en venant du théâtre et surtout de la radio ; comme Pagnol et Guitry – qu'il admire –, il a abordé le cinéma parlant sans les préjugés qui encombraient la majorité des cinéastes venus du « muet ». Pour lui, l'image n'est jamais première, la plastique est détestable si elle est une fin en soi. C'est la parole qui est première. Et la voix. La musicalité d'un texte qui appelle le rythme du film. Autrement dit la poésie. Mais une poésie qui n'est pas forcément évidente, ni spectaculaire. Celle qui naît d'un récit bien conduit, poésie de conteur qui déroule son fil, nous tient en haleine, nous enchante.

Ainsi, le dernier mot de Kane, qui ouvre l'œuvre toujours surprenante de Welles, est le premier balbutiement d'un poète qui cherche sa voix. Qu'importe ce que signifie « Rosebud », à quelle clé il nous renvoie ; qu'importe si c'est une femme, un cheval ou un traîneau. C'est la voix de quelqu'un qui meurt, parole de théâtre adressée au spectateur et à lui seul – il n'y a pas d'autre témoin de la mort de Kane que la caméra. Parole lancée comme un défi (avoir le dernier mot). Parole échangée : Kane disparu, « Rosebud » appartient à tout le monde. L'énigme rassemble, elle fonde le spectacle.

Il faut donc que Charles Foster Kane meure pour que sa voix soit entendue. Toute la vie de Kane est dictée par le besoin de se faire entendre, ou plus exactement de faire du bruit. Journaliste, fondateur de journaux et d'un opéra construit pour lancer une chanteuse, sa femme, et qui va de fiasco en fiasco jusqu'à la solitude de Xanadu où les grandes salles glacées résonnent déjà de voix d'outre-tombe.

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Écrit par

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Paris-V-René-Descartes, critique de cinéma

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Citizen Kane, O. Welles

Citizen Kane, O. Welles

<it>La Dame de Shanghai</it>, d'O. Welles, 1945

La Dame de Shanghai, d'O. Welles, 1945

Autres références

  • CITIZEN KANE, film de Orson Welles

    • Écrit par Michel MARIE
    • 934 mots
    • 2 médias

    Premier long-métrage d'un wonder boy de vingt-cinq ans, Citizen Kane est un film atypique pour des raisons multiples. Bien que débutant dans le cinéma, Orson Welles (1915-1985) obtient de la RKO un contrat exceptionnel qui lui donne le contrôle du film, alors que, dans le système des studios...

  • CITIZEN KANE (O. Welles), en bref

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 213 mots
    • 1 média

    Connu pour ses mises en scène peu conformistes de Shakespeare et pour l'immense panique provoquée par son adaptation radiophonique de La Guerre des mondes, de H. G. Wells, un jeune homme de vingt-cinq ans, Orson Welles (1915-1985), obtient de la R.K.O. un contrat exceptionnel, qui lui laisse...

  • CINÉMA (Aspects généraux) - Histoire

    • Écrit par Marc CERISUELO, Jean COLLET, Claude-Jean PHILIPPE
    • 21 694 mots
    • 41 médias
    Le coup de force de Citizen Kane (1941) sera aussi déterminant pour les vingt années à venir que celui, en son temps, de Naissance d'une nation. En 1915 s'affirmait l'unité américaine ; en 1941, cette unité se brise en la personne d'un Américain exemplaire. Le journaliste qui enquête sur la...
  • CINÉMA (Réalisation d'un film) - Mise en scène

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 4 776 mots
    • 10 médias
    C'est avec Orson Welles et Citizen Kane que l'on situe généralement l'accession de la mise en scène à la modernité. L'utilisation systématique du plan-séquence et de la profondeur de champ transforme largement les données du cinéma hollywoodien : le montage perd son invisibilité et le spectateur retrouve...
  • CINÉMA (Réalisation d'un film) - Montage

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 3 665 mots
    • 9 médias
    Contrairement à ce que l'on pouvait attendre, le montage ne disparut pas avec la nouvelle vague, fille de Bazin et de Rossellini. Orson Welles, dans son film manifeste, Citizen Kane (1941), utilisait déjà aussi bien le plan-séquence et la profondeur de champ mais aussi toutes les ressources anciennes...
  • CINÉMA (Réalisation d'un film) - Photographie de cinéma

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 4 334 mots
    • 6 médias
    En 1941, avec son opérateur Gregg Toland, Orson Welles (Citizen Kane) revenait à la fois à un certain expressionnisme de la lumière, mais en transformait le sens totalitaire par le recours au plan-séquence et surtout à la profondeur de champ. Ce dernier procédé, le plus important, permettait, à l'aide...
  • Afficher les 11 références

Voir aussi