WELLES ORSON

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Le sens de la technique

Le cinéma de Welles – auteur, réalisateur, acteur – ne peut dès lors se comprendre qu'à partir d'une éthique, c'est-à-dire d'une vision du monde. Parce que Citizen Kane témoignait d'une prodigieuse virtuosité technique, on a voulu voir en Orson Welles un technicien qui cultiverait la performance pour elle-même : prises de vue au grand angle, cadrages en contre-plongées, décors avec plafonds, mise en scène en plans-séquences et en profondeur de champ alternant avec des séquences très découpées, etc. André Bazin, qui fut le premier critique à analyser magistralement les innovations techniques de Welles, avait bien vu que, dans ses films, « la technique n'est pas seulement une autre façon de mettre en scène, elle met en cause la nature même du récit ». On notera au passage le parallèle « mettre en scène »-« mettre en cause » qui nous renvoie au vocabulaire du procès. C'est parce que le récit, chez Orson Welles, expose un cas que la technique va en éclairer toutes les facettes et toutes les contradictions.

Par le montage, il poursuit donc la même ambition que par le plan-séquence : dans celui-ci, il nous laisse choisir des yeux, sans nous forcer, ce que nous voulons voir. Par celui-là, il confronte des points de vue. Si le montage est le plus souvent le moyen d'imposer une vision, Welles, au contraire, en fait un instrument critique. Il ne feint de nous manipuler que pour nous rendre plus libres. Il brasse les faits, comme on rassemble des témoignages. Loin de violer notre regard, il provoque notre perplexité, il accroît l'ambiguïté de ce qu'il montre.

Le pouvoir du cinéma, Welles en joue, certes. Pour mettre en cause, jamais pour plaider une cause. Il ne dénonce, ni ne défend. Il cherche la plus grande tension, dans un même personnage, la beauté du mal et l'innocence suspecte. Non seulement il se sert du cinéma, art de la manipulation, de façon libérale et généreuse, mais il met son point d'honneur à incarner lui-même les personnages les plus sombres, auxquels il donne le meilleur de lui-même, moins par goût narcissique de la composition que par [...]


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Citizen Kane, O. Welles

Citizen Kane, O. Welles
Crédits : Keystone/ Hulton Getty

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La Dame de Shanghai, d'O. Welles, 1945

La Dame de Shanghai, d'O. Welles, 1945
Crédits : Sr R. Coburn/ Hulton Getty

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Paris-V-René-Descartes, critique de cinéma

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Pour citer l’article

Jean COLLET, « WELLES ORSON », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/orson-welles/