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WELLES ORSON

L'innocence des poètes

À cet égard, Vérités et Mensonges, à trente-trois ans d'intervalle, prolonge Citizen Kane, montrant que l'unité de l'œuvre est moins formelle que morale et métaphysique.

S'il y a unité de style à travers la diversité des films – c'est ce que nous pensons –, elle n'est pas apparente, elle embrasse les formes les plus éloignées (de Shakespeare aux thrillers). « Je ne veux pas que mes films soient dominés par le style. J'en ai un, je l'espère, ou plusieurs, mais je ne suis pas essentiellement un formaliste [...]. Un film ne signifie rien, à moins de rendre la poésie possible. »

Vérités et Mensonges, œuvre consacrée à un faussaire (Elmyr de Hory), est un film sur la mystification. Ici, tout le monde prend la place de tout le monde : le faussaire signe des tableaux de maîtres, le biographe devient célèbre en écrivant la fausse autobiographie d'un homme illustre. Welles, enfin, récupère les chutes d'un reportage de François Reichenbach pour construire son propre film (« Tout ce que je n'ai pas tourné, je l'ai pris dans une poubelle »). Qui est l'auteur ? Où est l'auteur ? Telle est peut-être la question qui conduit l'œuvre d'Orson Welles. À cette question il n'est pas de réponse satisfaisante. On ne peut que la déplacer. L'auteur est toujours ailleurs, la paternité douteuse : on ne maîtrise pas la création. Comme disait Renoir – le plus grand cinéaste aux yeux de Welles –, l'arbre qui dominera la forêt ne sait pas qu'il sera le plus grand. Retrouver cette ignorance – cette innocence – tel est le travail du poète, le secret de la création.

— Jean COLLET

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Écrit par

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Paris-V-René-Descartes, critique de cinéma

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Citizen Kane, O. Welles

Citizen Kane, O. Welles

<it>La Dame de Shanghai</it>, d'O. Welles, 1945

La Dame de Shanghai, d'O. Welles, 1945

Autres références

  • CITIZEN KANE, film de Orson Welles

    • Écrit par Michel MARIE
    • 934 mots
    • 2 médias

    Premier long-métrage d'un wonder boy de vingt-cinq ans, Citizen Kane est un film atypique pour des raisons multiples. Bien que débutant dans le cinéma, Orson Welles (1915-1985) obtient de la RKO un contrat exceptionnel qui lui donne le contrôle du film, alors que, dans le système des studios...

  • CITIZEN KANE (O. Welles), en bref

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 213 mots
    • 1 média

    Connu pour ses mises en scène peu conformistes de Shakespeare et pour l'immense panique provoquée par son adaptation radiophonique de La Guerre des mondes, de H. G. Wells, un jeune homme de vingt-cinq ans, Orson Welles (1915-1985), obtient de la R.K.O. un contrat exceptionnel, qui lui laisse...

  • CINÉMA (Aspects généraux) - Histoire

    • Écrit par Marc CERISUELO, Jean COLLET, Claude-Jean PHILIPPE
    • 21 694 mots
    • 41 médias
    Le coup de force de Citizen Kane (1941) sera aussi déterminant pour les vingt années à venir que celui, en son temps, de Naissance d'une nation. En 1915 s'affirmait l'unité américaine ; en 1941, cette unité se brise en la personne d'un Américain exemplaire. Le journaliste qui enquête sur la...
  • CINÉMA (Réalisation d'un film) - Mise en scène

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 4 776 mots
    • 10 médias
    C'est avec Orson Welles et Citizen Kane que l'on situe généralement l'accession de la mise en scène à la modernité. L'utilisation systématique du plan-séquence et de la profondeur de champ transforme largement les données du cinéma hollywoodien : le montage perd son invisibilité et le spectateur retrouve...
  • CINÉMA (Réalisation d'un film) - Montage

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 3 665 mots
    • 9 médias
    Contrairement à ce que l'on pouvait attendre, le montage ne disparut pas avec la nouvelle vague, fille de Bazin et de Rossellini. Orson Welles, dans son film manifeste, Citizen Kane (1941), utilisait déjà aussi bien le plan-séquence et la profondeur de champ mais aussi toutes les ressources anciennes...
  • CINÉMA (Réalisation d'un film) - Photographie de cinéma

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 4 334 mots
    • 6 médias
    En 1941, avec son opérateur Gregg Toland, Orson Welles (Citizen Kane) revenait à la fois à un certain expressionnisme de la lumière, mais en transformait le sens totalitaire par le recours au plan-séquence et surtout à la profondeur de champ. Ce dernier procédé, le plus important, permettait, à l'aide...
  • Afficher les 11 références

Voir aussi