ORLÉANISME

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Traditionnellement, le duché d'Orléans donnait son nom au deuxième fils du roi de France. À sa naissance, il était fait duc d'Orléans de même que son frère aîné le futur roi était dénommé Dauphin. Par la suite, et surtout à partir de 1610, les ducs d'Orléans prirent l'habitude de grouper autour d'eux la faction des mécontents et le nom d'orléanisme devint, en quelque sorte, le mot de ralliement d'une certaine opposition intradynastique. À partir du règne de Louis XIV, cette opposition (qui avait paradé durant la Fronde avec un certain succès) devint à la fois souterraine et idéologique. Souterraine, car Louis XIV avait réussi à faire de son frère Philippe un inverti et un sous-développé mental. Idéologique, car l'entourage de Monsieur, frère du roi, avait désormais la partie belle pour dénoncer les prétendus excès de l'absolutisme. Les Mémoires de Saint-Simon sont, sur bien des points, un bel exemple d'une habile mauvaise foi qui a égaré longtemps les historiens, même les plus perspicaces. L'orléanisme est en réalité, à cette époque, un syndicat d'appétits animé par quelques grands seigneurs pseudo-libéraux. En 1715, le Régent fait casser par le Parlement de Paris le testament du feu roi (son oncle Louis XIV) et commence un règne parallèle qui sera marqué par l'expérience de la banque de l'Écossais Law. Désormais, l'orléanisme et le monde des affaires auront partie liée et l'on est surpris de voir avec quelle habileté les gens d'affaires sauront de temps à autre orienter la politique de la France en faveur d'intérêts plus ou moins personnels sous couvert de la maison d'Orléans pour seconder, dès 1787, le déclenchement de la Révolution française. Celle-ci devait, selon leurs vœux, se réduire à une tentative pour substituer au faible et incapable Louis XVI le duc Philippe d'Orléans.

L'orléanisme sous la Révolution a groupé au Palais-Royal (où les ducs d'Orléans successifs habiteront jusqu'en 1830) un certain nombre d'esprits éminents qui ont essayé de trouver un compromis entre l'Ancien Régime et les idées nouvelles issues du siècle des Lumières. Ce jeu subtil, mené par Sieyès, Mirabeau, Choderlos de Laclos (fort influent au club des Jacobins jusqu'en juillet 1791), Sillery (futur Girondin), La Rochefoucauld-Liancourt, Danton, Dumouriez et même des personnages plus modérés comme Clermont-Tonnerre, aboutira à un échec.

Échec dont le principal responsable est le duc lui-même, par ses atermoiements et sa pusillanimité. Les meneurs qu'il pousse et les journalistes qu'il solde se retrouvent dans la préparation des journées révolutionnaires (juillet puis octobre 1789 ; juin-juillet 1791 après la fuite à Varennes ; 10 août 1792), mais à chaque fois, au moment décisif, il hésite à abattre son jeu, à déclarer ses ambitions, à revendiquer le pouvoir pour lui ou les siens. Après Valmy encore, Danton songe à faire déclarer Louis XVI « imbécile » (ce qui éviterait le procès) et à confier la régence à son cousin. Mais Philippe, duc d'Orléans, qui a déjà fait changer son nom en celui de citoyen Philippe Égalité, rend la manœuvre impossible par la surenchère démagogique à laquelle il se livre ; député montagnard de Paris, il vote la mort de Louis XVI, alors que chacun aurait trouvé correct qu'il s'abstînt par décence. Ce parti pris ne l'empêchera pas d'être décapité, neuf mois après le roi, son cousin. Mais il est remarquable que, pendant les débats qui précéderont l'arrestation du duc, chaque camp se renvoie la balle en dénonçant les complicités du camp adverse dans le « complot » orléaniste.

De fait, autour du fils d'Égalité, le ci-devant duc de Chartres qui se proclame duc d'Orléans à la mort de son père en attendant de devenir roi, des complicités anciennes et nouvelles se nouent ou se renouent. Émigré en même temps que Dumouriez, Louis-Philippe doit se faire pardonner le régicide de son père et calcule soigneusement les termes véhéments mais prudents de son loyalisme envers Louis XVIII ; il n'en suit pas moins attentivement les dispositions et les aspirations des notables. Une bonne histoire (encore à faire) de l'orléanisme montrerait que, de Thermidor à Waterloo, il n'a jamais cessé d'exister, dans l'arrière-pensée du personnel politique en place, une possibilité orléaniste à ménager pour l'avenir, celle d'un monarque, sinon légitime du moins bourbonien, qui aurait donné des gages à la Révolution. Après l'éviction de Napoléon, l'hypothèse orléaniste va se trouver renforcée, apparaître, tant bien que mal, comme une solution de rechange pour les bonapartistes. La monarchie de Juillet naîtra de cette coalition prévisible autant que disparate.

Sans doute, après plus de quarante ans d'attente, de prudence, de pusillanimité aussi, la solution orléaniste devait-elle offrir moins de chances de stabilité en 1830 qu'elle n'aurait pu le faire en 1789. On pourrait dire humoristiquement qu'à peine couronnée la poire était déjà blette. Mais la révolution de 1848 ne mettra pas fin à l'orléanisme, et celui-ci survivra peut-être mieux encore en se dégageant des vaines tentatives des descendants de Louis-Philippe pour remonter sur le trône.

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Pour citer l’article

José MURACCIOLE, « ORLÉANISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/orleanisme/