NOMINALISME

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Nominalismes modernes et contemporains

De Guillaume d'Ockham à la révolution scientifique du xviie siècle

Pour rapporter à l'ockhamisme les doctrines qualifiées de nominalisme, on peut, à la suite de Jean Laporte, partir de la critique ockhamiste de l'abstraction : l'universel, cet abstrait, ne peut être d'aucune manière conçu comme extrait du singulier, seul susceptible d'être intuitivement donné ; les universaux ne sont que des signes, extérieurs à des choses conçues comme des créatures au moins possibles. Si cette référence théologique disparaît, le donné auquel se réfère le signe conceptuel ne sera plus le même ; ainsi, dans l'empirisme des Temps modernes.

Les conditions dans lesquelles cet empirisme peut être envisagé comme nominaliste ne se précisent qu'en tenant compte de la mutation intellectuelle opérée dans la révolution scientifique des xvie-xviie siècles : selon le mot profond de Husserl, « Umdeutung der Natur », la nature a changé de sens. L'individu corporel d'Ockham reste la substance de style aristotélicien porteuse des qualités sensibles immédiatement vécues dans la perception commune. Avec Galilée et Descartes, celles-ci ne sont plus que « qualités secondes » dénoncées comme irréelles, la réalité étant d'essence purement géométrique et mécanique. Ainsi que l'a montré Alexandre Koyré, la nature que découvre la nouvelle physique mathématique n'a été concevable que par une ontologie nouvelle d'inspiration platonicienne. Du point de vue de l'aristotélisme et de l'expérience vulgaire, cette ontologie réalise des abstraits : des êtres mathématiques. Mais ceux-ci sont-ils des abstraits au même sens que les universaux du Moyen Âge ? Le rationalisme du xviie siècle y voit plutôt des [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

  • : président de la section sciences religieuses et directeur d'études à l'École pratique des hautes études

Classification

Autres références

«  NOMINALISME  » est également traité dans :

ABÉLARD PIERRE (1079-1142)

  • Écrit par 
  • Jean JOLIVET
  •  • 1 341 mots

Dans le chapitre « Doctrine »  : […] En philosophie, Abélard est surtout connu pour son opposition radicale à toutes les formes du « réalisme » (bien que l'on relève aussi chez lui une indéniable tendance au platonisme). Dans ses deuxième et troisième Gloses sur Porphyre, il établit avec beaucoup de force et de subtilité que les «  universaux » ( universalia  : ce sont les genres et les espèces) ne peuvent aucunement être des choses […] Lire la suite

ANSELME DE CANTORBÉRY (1033/34-1109)

  • Écrit par 
  • Michel-Marie DUFEIL
  •  • 2 177 mots

Dans le chapitre « Un des premiers maîtres du dialogue entre la logique et la foi »  : […] Né à Aoste, d'un puissant lignage, Anselme est venu jeune à l'abbaye du Bec (Bec-Hellouin) en Normandie, dont l'abbé, Lanfranc, était son compatriote ; il y parcourut, selon la science et la foi de son temps, un cycle de fructueuses études sur la Bible, en logique et en patristique. Il y gravit les échelons des fonctions internes d'enseignement et de gouvernement. En 1063, pour sa trentaine, il es […] Lire la suite

CONCEPT

  • Écrit par 
  • Jean LADRIÈRE
  •  • 3 815 mots

Dans le chapitre « Le problème des universaux : platonisme, nominalisme et conceptualisme »  : […] Le statut et le rôle du concept ont suscité de nombreux et importants débats philosophiques. On se bornera ici à quelques indications, en évoquant d'abord la querelle des universaux. Cette querelle qui joua un grand rôle au Moyen Âge, et qui concerne la relation entre le concept et le réel, s'est ranimée à l'époque contemporaine, surtout dans le contexte des discussions sur le nominalisme. Les di […] Lire la suite

DUNS SCOT JEAN (1266 env.-1308)

  • Écrit par 
  • Maurice de GANDILLAC
  • , Universalis
  •  • 6 225 mots

Dans le chapitre « Éthique, sociologie et politique »  : […] On s'est parfois mépris sur la morale scotiste en confondant certaines thèses du Docteur subtil avec les paradoxes « dialectiques » que les ockhamistes, un peu plus tard, fonderont sur la même distinction entre ce qui appartient à la « puissance absolue » de Dieu et ce qui relève seulement de sa « puissance ordonnée ». Ni pour Duns Scot ni pour Ockham, la liberté du Tout-Puissant n'implique assur […] Lire la suite

FORME

  • Écrit par 
  • Jean PETITOT
  •  • 27 547 mots

Dans le chapitre « Des formes à la sémantique conceptuelle »  : […] La psychologie de la perception montre comment les données sensorielles peuvent être traitées de façon à produire des formes-phénomènes au sens du paragraphe 1. Pour passer de ces formes au langage, les processus fondamentaux sont ceux de la généralisation et de l'abstraction. Les formes semblables sont regroupées en catégories (en classes d'équivalence) correspondant à des concepts empiriques ou […] Lire la suite

HOBBES THOMAS (1588-1679)

  • Écrit par 
  • Raymond POLIN
  •  • 2 662 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un mécanisme strict »  : […] On parle souvent de Hobbes comme d'un philosophe matérialiste. Certes, il définit bien les corps comme ce qui coïncide avec quelque partie de l'étendue et ne dépend pas de notre pensée. Mais l'étendue elle-même n'est rien d'autre pour lui que le phénomène d'une chose existant sans l'esprit, le phénomène de l'extériorité. Et la matière n'est rien elle-même, sinon un mot par lequel on désigne les c […] Lire la suite

IDÉALISME

  • Écrit par 
  • Jean LARGEAULT
  •  • 9 495 mots

Dans le chapitre « Malebranche »  : […] L'idéalisme est le fait de penseurs qui viennent après Descartes. Plus cartésiens que le maître, ils sont tout près de trouver en lui des vestiges de scolastique et d'infrarationnel. Malebranche et Berkeley, dont les doctrines comportent des analogies et des différences, sont des ecclésiastiques en réaction contre le thomisme et l'aristotélisme, qu'ils jugent trop laïques. Ils ne se doutent pas qu […] Lire la suite

MATIÈRE

  • Écrit par 
  • Jacques GUILLERME, 
  • Hélène VÉRIN
  •  • 10 672 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Substance et apparence ; la transsubstantiation »  : […] La fameuse motion « sauver les phénomènes », qui prescrit de découvrir sous la confusion des apparences quelque ordre intelligible, et invite à désigner sous la diversité du sensible des instances explicatives en ce qu'elles perdurent, cette motion stigmatise, depuis l'Antiquité, les exigences théoriques des physiologues, puis celles des physiciens. Or il nous faut souligner ici la tournure singu […] Lire la suite

MOYEN ÂGE - La pensée médiévale

  • Écrit par 
  • Alain de LIBERA
  •  • 22 370 mots

Dans le chapitre « Pansémiotique et théologie »  : […] Qu'il soit de logique ou de grammaire, de physique ou de métaphysique, le savoir médiéval est une « pansémiotique » (U. Eco). C'est là la conséquence d'une pratique langagière du monde, mais c'est aussi la marque et l'essence même d'un projet théologique spécifique. Telle que la conçoivent les médiévaux, la théologie a évidemment Dieu pour objet principal ; mais elle a aussi essentiellement affai […] Lire la suite

OBJET

  • Écrit par 
  • Gilles Gaston GRANGER
  •  • 8 222 mots

Dans le chapitre « Réalisme et nominalisme »  : […] Du point de vue du type de réalité qu'on leur attribue, on distinguera l'orientation réaliste et l'orientation nominaliste . La première pourrait être représentée par Platon chez les Anciens, par Frege chez les Modernes, quoiqu'en des sens fort différents. Elle consiste à considérer les mathemata non pas tant comme des objets que comme des êtres , indépendamment du mode de connaissance qu'on e […] Lire la suite

Pour citer l’article

Paul VIGNAUX, « NOMINALISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nominalisme/