NICARAGUA

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Nom officielRépublique du Nicaragua (NI)
Chef de l'État et du gouvernementDaniel Ortega (depuis le 10 janvier 2007)
CapitaleManagua
Langue officielleespagnol
Unité monétairecordoba oro (NIO)
Population6 664 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)130 373

Le Nicaragua contemporain

La période somoziste

Placé à la tête de la Garde nationale par les États-Unis, Anastasio « Tacho » Somoza va transformer cette troupe apolitique de supplétifs en véritable milice à son service. Dans le contexte de la crise économique mondiale des années 1930, il est élu président, en 1937, face au président sortant, le libéral Juan Bautista Sacasa. Il instaure un régime d'ordre qui repose sur la Garde nationale et qui résiste à la vague de démocratisation d'après la Seconde Guerre mondiale. Malgré son anticommunisme affiché, Somoza utilise son charisme pour s'allier une grande partie des syndicats et édicter un Code du travail. Cependant, la réalité du pouvoir de Somoza repose sur son emprise personnelle sur l'économie nationale et sur ses liens avec les élites traditionnelles et avec les États-Unis. Le dictateur, sa famille ou ses proches deviennent propriétaires de grands domaines fonciers, d'industries, de banques, parfois par des moyens légaux mais le plus souvent par la corruption, l'intimidation ou la terreur. « Tacho » Somoza sait également s'adjoindre, par des alliances matrimoniales et des liens de clientèle, les grandes familles du pays, en particulier celles du Parti libéral. Il parvient également à conserver le soutien de Washington, ce dont il se servira pour écarter toute opposition.

Somoza instaure ainsi une dynastie familiale. Il demeure au pouvoir de 1937 à 1956 et gouverne soit directement, soit par l'entremise d'hommes de confiance (notamment Víctor Manuel Román y Reyes de 1947 à 1950). À sa mort lui succède son fils Luís jusqu'en 1963, puis René Schick, un proche de la famille (1963-1966), et, enfin, son second fils Anastasio « Tachito » Somoza Debayle, au pouvoir de 1967 à 1979 − avec une interruption uniquement formelle de 1972 à 1974, durant laquelle s'installe une junte militaire contrôlée par « Tachito ». Tous ces dirigeants gouvernent en s'appuyant sur le contrôle de la Garde nationale et en manipulant régulièrement la Constitution, en particulier lors des élections, toutes frauduleuses, qui leur permettent de conserver le pouvoir tout en concédant des sièges au Parlement aux partis de l'opposition, partis des conservateurs et des libéraux indépendants. Ils s'adaptent également aux évolutions de la politique extérieure des États-Unis : grands promoteurs de l'Alliance pour le progrès du président John Kennedy au début des années 1960, ils soutiennent sans réserve les interventions armées des États-Unis contre les régimes progressistes au pouvoir en Amérique centrale, en particulier contre le gouvernement Arbenz au Guatemala en 1954, ou lors de la tentative d'invasion de Cuba par les marines (baie des Cochons) en 1961. Le régime mis en place par les Somoza alterne cooptation et répression pour maintenir l'ordre, même si la politique répressive est de plus en plus marquée dans les années 1960 et 1970. Les premières tentatives de guérilla, en 1967, sont écrasées par la Garde nationale et, la même année, des manifestations de l'opposition sont violemment réprimées, leurs dirigeants arrêtés et torturés. Toutefois, en 1970, le pouvoir propose d'associer l'opposition au gouvernement si le Parti conservateur conclut un pacte avec le Parti libéral.

Anastasio Somoza, 1970

Photographie : Anastasio Somoza, 1970

Anastasio Somoza (1925-1980), président-dictateur du Nicaragua, en 1970. Il s'enfuira à Miami en juillet 1979 après la victoire militaire des sandinistes et sera assassiné au Paraguay en 1980. 

Crédits : Central Press/ Hulton Archive/ Getty Images

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Encadrée par le pouvoir de la famille Somoza, l'économie du pays connaît un essor exceptionnel à partir de 1945, avec le taux de croissance le plus élevé de l'Amérique latine. Dans les années 1960, celui-ci atteint 7,2 p. 100 en moyenne par an et, dans la première moitié des années 1970, 5,8 p. 100 par an. Les dirigeants du pays entreprennent avec succès la diversification des exportations, dont la valeur augmente de 10 p. 100 par an entre 1949 et 1970, essentiellement dans le domaine agricole : viande, sucre et surtout coton qui remplace le café. L'exportation de produits transformés connaît également une expansion, du fait de la création du Marché commun centraméricain en 1960. Cette forte croissance permet une progression considérable du P.I.B. par habitant qui dépasse, dans la décennie de 1960, la moyenne centraméricaine, alors que le sous-développement du Nicaragua était auparavant considérable. Même si la répartition de la richesse est très inégalitaire, les effets sociaux de la croissance sont très significatifs. Le pays connaît un processus de modernisation accéléré (alphabétisation, hausse du ta [...]

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Nicaragua : carte physique

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Nicaragua : drapeau

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Dégâts provoqués par cyclone Mitch au Nicaragua, 1998

Dégâts provoqués par cyclone Mitch au Nicaragua, 1998
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César Augusto Sandino

César Augusto Sandino
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Écrit par :

  • : chercheur et consultant, titulaire d'un doctorat de troisième cycle en études des sociétés latino-américaines de l'Institut des hautes études d'Amérique latine, Paris
  • : maître de conférences en science politique à l'université de Lyon-II-Lumière
  • : professeur agrégée de géographie, université de Montpellier-III
  • : professeur au lycée franco-mexicain de Mexico

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Pour citer l’article

Marie-Chantal BARRE, David GARIBAY, Lucile MÉDINA-NICOLAS, Alain VIEILLARD-BARON, « NICARAGUA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nicaragua/