NAVARRE

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Région frontalière s'étendant des Pyrénées-Atlantiques à l'Èbre, la province espagnole de Navarre (10 400 km2, 600 646 hab. en 2007) associe une succession de paysages différents : au nord, une Navarre montagneuse et humide, dont les hautes vallées pratiquent un élevage traditionnel ; au centre, un vaste piémont où l'agriculture céréalière n'a cessé de progresser ; au sud, une ribera irriguée (Èbre, Arga et Aragon), qui produit des légumes, des céréales et de la vigne, ou sèche (Bardena Reales et Negras). Si l'agriculture navarraise s'est modernisée, le fait le plus marquant de la fin du xxe siècle est la croissance industrielle, souvent financée par les capitaux basques voisins. L'industrie s'est développée à Pampelune (automobiles, potasse) : ce carrefour médian, bien situé dans la dépression prépyrénéenne, ancienne étape sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, a renforcé sa position de capitale régionale dynamique (195 769 hab. en 2006).

Espagne : carte administrative

Carte : Espagne : carte administrative

Carte administrative de l'Espagne. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'indépendance politique, la présence d'une cour à Pampelune donnèrent une vive impulsion à la création artistique en Navarre durant le Moyen Âge, cependant que la garde des cols pyrénéens mettait le pays en relation directe avec la France et facilitait la pénétration des influences septentrionales. Ainsi, et jusqu'à sa disparition au début du xvie siècle, le petit royaume navarrais constitua une sorte de vestibule de la péninsule Ibérique où les courants européens se superposèrent ou mêlèrent leurs alluvions. Selon les époques, l'accent fut mis sur l'architecture, la sculpture ou la peinture, mais le pays fit constamment preuve d'une étonnante capacité d'accueil et de renouvellement.

Après l'annexion à l'Espagne, l'art connut encore de beaux développements, notamment dans la décoration des retables sculptés. Cependant sa réduction à l'état de simple province interdit désormais à la Navarre de jouer le rôle important qui avait été le sien dans le passé.

Un pays de passage

Comme tous les États chrétiens d'Espagne, la Navarre est née de la conquête musulmane. Pays de passage situé à l'extrémité occidentale de la chaîne pyrénéenne, elle fut un objet de contestation entre les Arabes et les Francs, et sa capitale Pampelune changea fréquemment de mains. Cependant, l'esprit d'indépendance, traditionnel chez ses habitants, permit à une dynastie locale, celle d'Iñigo Arista (mort vers 820) de s'imposer dès le début du ixe siècle. Son remplacement par la famille de Sancho Garcés Ier, vers 905, n'arrêta pas un remarquable effort d'organisation. En dépit de conditions difficiles, et parfois tragiques, une administration efficace s'établit à Pampelune, sous la protection d'une armée dotée d'un esprit offensif.

Des conditions toutes nouvelles apparaissent au début du xie siècle sous le règne de Sanche le Grand (1000-1035). Ce souverain mit à profit la ruine du califat de Cordoue pour réaliser une certaine unité de l'Espagne chrétienne. Il réunit à son royaume la Castille et l'Aragon et il établit son influence en Catalogne et à León. Surtout, il ouvrit son pays à l'Europe.

Cette hégémonie de la Navarre dura peu. À la mort de Sanche le Grand, ses possessions furent partagées entre ses différents fils. L'« esprit navarrais » fut recueilli non par l'aîné, García de Nájera (1035-1054), roi de Pampelune, mais par Ferdinand Ier (1035-1065), qui reçut la Castille et occupa León en 1038. Il en résulta un déclin de la Navarre étouffée par le dynamisme de ses voisins. L'expansion castillane et aragonaise, en l'isolant dans ses montagnes, la coupa du monde musulman d'Espagne, c'est-à-dire des profits de la reconquête. Pendant un temps (1076-1134), elle fut même réunie à l'Aragon.

La Navarre ne devait recouvrer son indépendance, à la suite d'un savant jeu de bascule entre l'Aragon et la Castille, que pour tomber sous l'hégémonie française. Après la mort de Sanche le Fort (1194-1234), elle fut gouvernée par des princes français (maison de Champagne : 1234-1276 ; maison d'Évreux : 1328-1442). Elle fut même unie à la France sous Philippe le Bel, époux de Jeanne de Champagne, et sous ses trois fils.

Cependant l'Aragon et la Castille ne se désintéressaient pas de son sort. Le mariage de Blanche, héritière de Charles le Noble, avec Jean II d'Aragon en 1429 semblait inaugurer une nouvelle période de prépondérance aragonaise. En fait, l'intervention étrangère déclencha une longue guerre civile qui opposa les partisans de Jean II à ceux de son fils don Carlos, prince de Viane. Pour finir, et grâce à l'intervention de Louis XI, un prince méridional français, le comte de Foix, Gaston IV, époux d'Eléonore, sœur de don Carlos, s'imposa à Pampelune. Une solution « pyrénéenne » de type nouveau allait-elle mettre un terme à des conflits séculaires ? L'époque ne lui fut pas favorable, car, de part et d'autre des Pyrénées, l'heure des impérialismes avait sonné. Dès 1512, la Navarre était réunie à l'Espagne, mais – étrangeté du sort ! – moins d'un siècle plus tard, en 1589, un roi de Navarre accédait à la couronne de France.

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  • : agrégé de l'Université, maître assistant à l'Institut de géographie d'Aix-Marseille
  • : professeur émérite d'histoire de l'art à l'université de Toulouse-Le-Mirail

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Pour citer l’article

Roland COURTOT, Marcel DURLIAT, « NAVARRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/navarre/