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RÉPÉTITIVE MUSIQUE

La musique répétitive désigne un courant qui apparaît aux États-Unis au début des années 1960. Ses principaux représentants sont les Américains Terry Riley (né en 1935), La Monte Young (né en 1935), Steve Reich (né en 1936) et Philip Glass (né en 1937). Les débuts de la musique répétitive sont marqués par la découverte des musiques extra-européennes : Steve Reich a étudié les percussions africaines, La Monte Young a pris des leçons de chant hindou.

Comme son nom le suggère, cette musique est fondée sur la répétition de très courts motifs mélodiques, harmoniques ou rythmiques, voire sur la répétition d'un son unique. Caractérisée par une extrême économie de moyens et par une structure intentionnellement simple, la musique répétitive est en fait une branche d'un mouvement plus large, le minimalisme.

Même si elle n'est pas toujours entièrement écrite et si elle peut comporter une part d'improvisation, la musique répétitive s'inscrit malgré tout en réaction contre l'indétermination de John Cage et contre l'approche conceptuelle du courant sériel des années 1950 et 1960 ; elle marque par ailleurs le retour à la tonalité.

Au début des années 1960, les compositeurs « répétitifs », qui ont commencé à travailler sur la boucle magnétique, comprennent vite l'intérêt d'exploiter le déphasage graduel de deux ou plusieurs bandes magnétiques initialement alignées à l'unisson. Dans It's Gonna Rain (1965) et Come out (1966), Reich travaille sur ce processus de déphasage d'un motif mélodique extrêmement simple et en explore toutes les possibilités d'agencement. It's Gonna Rain part d'un prêche enregistré sur bande ; Reich en a isolé quelques syllabes et ce fragment, mis en boucle, est passé simultanément sur deux magnétophones tournant à des vitesses légèrement différentes.

Par cette technique de déphasage, les compositeurs redécouvrent des procédés traditionnels d'écriture comme l'imitation, la superposition, le tuilage, le développement par augmentation ou encore le canon.

Cette recherche de l'épuisement des relations sonores jusqu'à saturation produit non pas des œuvres bien définies mais des environnements musicaux, des conditions harmonieuses favorisant chez l'auditeur la prise de conscience des effets psychologiques et physiologiques des sons. La Monte Young (The Well-Tuned Piano, 1964), Terry Riley (In C, 1964), Steve Reich (It's Gonna Rain, 1965) et Philip Glass (Music in Contrary Motion, 1969) cherchent par la répétition à retrouver un pouvoir incantatoire et espèrent ainsi obtenir des conditions favorables à une écoute méditative visant à réconcilier l'homme et l'univers. Cette musique peu élaborée qui déambule au gré de formules, de traits et d'arpèges extrêmement élémentaires vise avant tout à faire « planer » l'auditeur en lui proposant des formules aux vertus que l'on peut qualifier d'hallucinatoires.

Cependant, tous les compositeurs de musique répétitive n'adoptent pas exactement la même démarche : alors que Riley ou Young considèrent que l'on peut bâtir une pièce musicale sur un son unique et son étirement dans le temps, Glass et Reich pensent qu'un son isolé ou un accord unique sont dénués de sens et que seule une structure bien définie peut permettre au son d'exister.

En dépit d'un indéniable succès auprès d'un public jeune, la musique répétitive demeure avant tout un phénomène typiquement américain qui n'a jamais véritablement réussi à se prolonger de l'autre côté de l'Atlantique, même si des compositeurs comme l'Estonien Arvo Pärt (né en 1935) ou les Britanniques Gavin Bryars (né en 1943) et Michael Nyman (né en 1944) ont subi son influence.

— Juliette GARRIGUES

Bibliographie

K. Potter, Four[...]

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Écrit par

  • : musicologue, analyste, cheffe de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

Classification

Pour citer cet article

Juliette GARRIGUES. RÉPÉTITIVE MUSIQUE [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 25/03/2009

Autres références

  • MUSIQUES MINIMALISTES ET RÉPÉTITIVES - (repères chronologiques)

    • Écrit par
    • 844 mots

    1935-1937 Les quatre pionniers des musiques minimalistes et répétitives, tous américains, naissent dans un laps de temps d'un an et demi : Terry (Mitchell) Riley le 24 juin 1935, à Colfax, en Californie ; La Monte (Thornton) Young le 14 octobre 1935, à Bern, dans l'Idaho ; Steve (Stephen Michael)...

  • ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - La musique

    • Écrit par et
    • 3 950 mots
    • 6 médias
    ...éveilleur de sons dont l'influence est devenue importante quinze ans après le bouleversement musical des années 1960 et a été déterminante dans l'essor de la musique répétitive, dont il est l'un des promoteurs, avec Morton Feldman (1926-1987), Christian Wolff (né en 1934) et Earle Brown (1926-2002),...
  • GAGNEUX RENAUD (1947-2018)

    • Écrit par
    • 640 mots

    Né à Paris le 15 mai 1947, le compositeur français Renaud Gagneux étudie le piano avec Alfred Cortot (1961-1962) ; puis, entre 1966 et 1972, il est l'élève, pour la composition, de Dutilleux à l'École normale de musique de Paris, de Stockhausen à Cologne, de Jolivet et de Messiaen au Conservatoire...

  • GLASS PHILIP (1937- )

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    Le compositeur américain Philip Glass naît le 31 janvier 1937 à Baltimore. Son père, disquaire et réparateur de radio, initie le jeune Philip à la musique en lui faisant écouter de nombreux disques. À l'âge de huit ans, il commence à étudier la flûte au Peabody Conservatory of Music de sa...

  • ILLUSIONS AUDITIVES

    • Écrit par et
    • 3 867 mots
    • 5 médias
    Il n'y a guère eu d'étude scientifique des répétitions non verbales. Mais certains compositeurs, comme Terry Riley et Steve Reich, ont fait appel à des structures rythmiques et mélodiques très répétitives. Peut-être l'attrait qu'exerce cette musique est-il en partie lié aux mécanismes perceptifs...
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