BROWN EARLE (1926-2002)

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Associé de John Cage – aux côtés de Morton Feldman, David Tudor et Christian Wolff –, le compositeur américain Earle Brown, pionnier de la notation graphique et des formes ouvertes, est un des plus remarquables représentants de la mouvance expérimentale new-yorkaise des années 1950.

Earle Appleton Brown, Jr. naît le 26 décembre 1926 à Lunenburg, ville du Massachusetts située près de Boston. Passionné très jeune par le jazz et la musique populaire, il apprend la trompette. Mais il s'oriente d'abord vers une carrière d'ingénieur, étudiant les mathématiques et l'ingénierie aéronautique à la Northeastern University de Boston (1944-1945) avant d'être incorporé dans l'U.S. Army Air Corps (1945-1947), où il joue dans des big bands et des fanfares. Puis il décide de s'initier à la musique classique : il étudie la théorie musicale avec la compositrice sérielle Roslyn Brogue Henning à Boston. Parallèlement, il découvre les méthodes du mathématicien et compositeur d'origine russe Joseph Schillinger, qui avaient déjà influencé de nombreux compositeurs – notamment George Gershwin – et il se perfectionne en composition à la Schillinger School of Music de Boston (1946-1950).

Brown manifeste un grand éclectisme : comme Cage, il s'intéresse à la poésie et aux arts plastiques, se montrant partisan d'un syncrétisme entre les différentes disciplines ; Gertrude Stein, Jackson Pollock, Alexander Calder, Jasper Johns ou Mark Rothko influenceront profondément son esthétique musicale. Il se met à peindre et fait en 1951 la connaissance de John Cage et de Merce Cunningham. Brown entame alors à New York sa collaboration avec Cage sur le Project for Music for Magnetic Tape. Le credo de cette entreprise ? Accoler des sons hétérogènes, de manière tour à tour ludique ou sérieuse ; le hasard a sa place dans ce processus. En 1952 et 1953, Brown élabore ainsi une pièce électroacoustique, Octet I, pour huit bandes magnétiques, à partir de « chutes » d'autres œuvres.

En 1952 et 1953, il compose également Folio, pour un petit ensemble d'instruments en partie non spécifiés : au croisement de la musique et du happening, c'est le temps des heurts et des scandales, auxquels cet admirateur de Charles Ives et de Calder donne une tout autre portée que la provocation. Il s'agit, en fait, d'intégrer la vie à l'œuvre d'art, de faire de la musique le lieu de résonance des expériences humaines. Le sommet de la radicalité chez Brown est atteint avec December 1952, extrait de Folio, conçu comme un équivalent musical des mobiles de Calder. Il s'agit de la première partition entièrement graphique, ce qui ne va pas sans poser de problèmes pour son interprétation ! Dans Twenty-Five Pages (1953), pour un nombre de pianos indéterminés – entre un et 25 –, toutes les parties sont précisément notées, mais chaque page peut être jouée dans n'importe quel ordre et, surtout, dans n'importe quel sens : de haut en bas ou inversement, de droite à gauche ou inversement. En 1955, à Darmstadt, le compositeur et pianiste David Tudor donne de ces Twenty-Five Pages une interprétation qui fait date.

Au tournant des années 1960, Brown s'éloigne quelque peu de Cage, refusant d'être classé dans le collectif de chance music (« musique du hasard »). Car, s'il vient du jazz et de l'improvisation, si son approche encourage les choix intuitifs pendant l'exécution et si c'est cette spontanéité qui l'a amené à créer le concept d'œuvre ouverte, Brown pense que toute la musique ne se range pas forcément sous l'égide de Cage. Au milieu des années 1960, il s'engage sur une voie plus solitaire. Il compose beaucoup, produisant les pièces les plus achevées et les plus impressionnantes de sa carrière : String Quartett (1965) et Calder Piece (1963-1966), pour quatre percussionnistes et un mobile de Calder. Puis il écrit pour un « matériau » plus classique, l'orchestre. Modules 1-2 (1966) et Module 3 (1968-1969) sont ainsi conçus pour des blocs orchestraux.

Que ce soit par des formes aléatoires et la notation graphique, des formes semi-aléatoires ou le retour à des formes structurées et à la [...]

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Écrit par :

  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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IMPROVISATION MUSICALE

  • Écrit par 
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Dans le chapitre « Improvisation et aléa »  : […] Dans les années cinquante, en Amérique, Earle Brown, Morton Feldman, John Cage brisent le concept d'œuvre envisagée comme objet d'art « fini », déterminée par le contrôle « absolu » du compositeur sur l'écriture. L'indétermination va contaminer jusqu'à l'acte même de création. Ainsi, la responsabilité face au résultat sonore, face à la partition écrite se voit remise en question et, avec elle, la […] Lire la suite

Pour citer l’article

Juliette GARRIGUES, « BROWN EARLE - (1926-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/earle-brown/