MORGANE

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Personnage du cycle arthurien, fée et enchanteresse. On peut rattacher Morgane à divers personnages de la mythologie celtique : une légendaire Modron, fille d'Avallach et mère d'Urien, apparaît dans les poèmes gallois les plus anciens. Geoffrey de Monmouth, Guillaume de Malmesbury et le Merlin-Huth lui substituent Morgain, probablement sous l'influence des conteurs bretons de la cour anglo-normande. Ces derniers racontaient une légende propre à maintenir l'espérance des peuples celtes vaincus et dominés par les Saxons, puis par les Normands. Blessé par Mordred dans sa dernière bataille, Arthur aurait été recueilli par la fée Morgain (sa sœur, dans certaines traditions) ; celle-ci, qui a étudié la nécromancie et l'astronomie et possède le pouvoir de changer de forme, aurait emporté Arthur, aidée de ses huit compagnes, dans l'île d'Avalon, y aurait guéri ses blessures et lui aurait offert l'hospitalité jusqu'au jour où Arthur serait retourné en Bretagne pour réunir les Celtes et restaurer son empire. Pour prouver l'inanité de cette légende, Henri II Plantagenêt fit faire des fouilles à Glastonbury (abbaye dont le nom se rapproche, pour le sens, d'« Avallach ») et identifia deux squelettes comme étant ceux d'Arthur et de Guenièvre. Les Gallois étaient invités à mettre tous leurs espoirs dans les Plantagenêts. La légende de la survie d'Arthur se répand néanmoins ; Avalon est localisée soit en Irlande, soit en Sicile, dans l'Etna, où Gervais de Tilbury (Otia imperialia, vers 1200) décrit le séjour luxuriant du repos d'Arthur entouré de centaines de chevaliers.

Dans les premiers romans français du cycle arthurien, Morgane reste la sœur d'Arthur ; elle est donnée parfois pour avoir inspiré un grand amour à Merlin et avoir reçu son enseignement ès sciences magiques (premier essai, plus que doublet, du mythe de Merlin et Viviane). Dans La Mort le Roi Artu, conformément à la tradition celtique, elle vient chercher Arthur blessé à mort et l'emmène dans l'île d'Avalon sur un vaisseau enchanté. Mais, en même temps, elle reçoit un trait de caractère nouveau qui l'oppose à Viviane : la fée Viviane, vierge, soucieuse avant tout de rester vierge, ne s'intéresse, pour son bien, qu'à l'enfant Lancelot ; Morgane, toujours amoureuse et d'une sensualité sans vergogne, sème la discorde parmi les chevaliers de la Table ronde par ses aventures passionnelles et ses rivalités avec d'autres femmes.

C'est pourquoi, dans les textes plus tardifs de la littérature arthurienne, Morgane est souvent donnée comme hostile à Arthur et aux chevaliers. Dans le Tristan en prose notamment, la fée Morgane envoie à Arthur, pour l'humilier, la corne magique qui pourra lui révéler l'infidélité de Guenièvre avec Lancelot. Elle agit ainsi dans un esprit de vengeance : Guenièvre a séparé Morgane de son premier amant, Guiomar. Morgane, à son tour, enlève le fourreau magique de l'épée d'Arthur pour faire périr le roi ; mais Arthur vainc le chevalier de Morgane, Accalon, qui se servait de ce fourreau. Morgane retient captifs à Avalon plusieurs chevaliers dont elle tombe amoureuse. Elle crée le Val sans retour pour se venger de son premier amant infidèle : ceux qui y entrent ne peuvent plus en sortir ; c'est Lancelot qui brisera les enchantements du Val.

Dans les Enfances Gauvain, une fée Morcades, sœur d'Arthur, a de Lot, son page, un enfant qu'elle appelle Gauvain. Au fur et à mesure que la tradition foisonne, on donne le nom de Morgane ou Morgain à divers personnages féminins merveilleux, dont les enchantements, parfois plaisants, parfois cruels, mettent les hommes à mal, et dont les séductions sont toujours dangereuses. Elle apparaît ainsi dans le Jeu de la feuillée d'Adam de la Halle, entourée de ses compagnes.

Avec le romantisme, la légende de la fée Morgane (la fata Morgana des préraphaélites) reparaît dans les tentatives poétiques ou savantes de redonner vie aux mythes celtiques. Souveraine d'Avalon, l'île des bienheureux au sein de l'Océan, elle apparaît alors parfois comme la fée de la mer, en opposition complémentaire à Viviane, fée de la forêt et donc de la terre. Effaçant le rôle maléfique qu'elle avait dans les textes médiévaux de basse époque, elle tend à retrouver la personnalité primitive que lui attribuaient les sources authentiquement celtiques.

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Jean-Pierre BORDIER, « MORGANE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/morgane/