MERLIN

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La littérature médiévale galloise possède quelques poèmes où il est question de la légende de Myrddin, fou misérable exilé dans la forêt écossaise, traqué par ses ennemis. Plus tard, Myrddin est doté du don de prophétie, et sa folie est expliquée par une vision qu'il eut au cours d'une grande bataille où mourut son seigneur. La Vie écossaise de saint Kentigern donne un grand rôle à un personnage analogue, Lailoken, errant pour avoir causé les morts de la bataille, poursuivi et massacré par des bergers pour avoir révélé au roi Meldred l'adultère de la reine, leur maîtresse. Derrière eux et l'Irlandais Suibwe Geilt se dessine une figure de la mythologie ou du folklore des Celtes, le fou pourvu de la puissance de voler et de vivre invisible dans les arbres. Myrddin est annexé pour la première fois à la légende arthurienne sous le nom de Merlinus, par Geoffrey de Monmouth. Les Prophéties de Merlin (Prophetiae Merlini, vers 1135) mêlent aux éléments gallois traditionnels (appel à l'union de tous les Celtes contres les Anglo-Saxons) des inventions contemporaines au service de la politique normande, qui cherchait à s'appuyer sur les Celtes contre les Saxons. L'Histoire des rois de Grande-Bretagne (Historia regum Britanniae, vers 1130-1140) et la Vita Merlini (vers 1150) dotent Merlin d'une biographie plus complète, prise à diverses sources non homogènes et liée à la généalogie des descendants du Romain Brutus, ancêtre d'Arthur. Enfant sans père, prophète dénonciateur de fautes secrètes, annonciateur de la ruine et de la résurrection (normande) de l'empire d'Arthur, enchanteur persécuté, Merlin a déjà les traits essentiels que lui donnera le poète franc-comtois Robert de Boron, dans son Merlin en vers, œuvre perdue, mais que nous connaissons néanmoins par deux textes remaniés en prose : le Lancelot-Graal, dit couramment la « Vulgate » dans le jargon des spécialistes, et le Huth-Merlin. (Sur la signification d'ensemble, les nombreuses variations et l'évolution du mythe de Merlin, voir le travail capital de Paul Zumthor, Merlin le prophète, 1943.)

Les démons, exaspérés par la descente du Christ aux Enfers et la rédemption des Justes de l'Ancienne Alliance, tentent de faire échec au projet divin en produisant une sorte d'Antéchrist, mi-homme, mi-démon ; l'un d'eux abuse d'une jeune fille vierge, qui met au monde un être velu, doté d'une perspicacité et d'une sagesse surnaturelles ; la piété et les pénitences de sa mère le gardent de connaître la volonté de faire le mal qui animait son père. Merlin étonne, dès l'enfance, par ses pouvoirs et ses prodiges ; il interprète les rêves, révèle la vérité, fait des miracles. Il protège et conseille les rois Uter et Uterpandragon et préside par ses enchantements à la naissance d'Arthur. C'est lui qui conseille à ce dernier la création de la Table ronde (à laquelle Wace, continuateur de Geoffroy de Monmouth, faisait déjà allusion). La Table ronde ne réunit pas seulement l'élite des chevaliers d'Arthur, tout en prévenant par sa forme toute querelle de préséance, mais reproduit aussi la table du Graal, dressée par Joseph d'Arimathie (d'après le roman en vers de Robert de Boron) en mémoire de la table de la Cène.

L'enchanteur a un aspect inquiétant, car c'est un humoriste, prompt à se moquer par quelque sortilège de ses amis comme de lui-même. Le don de prophétie lui permettra de connaître les circonstances de sa propre fin, ce qui lui donne aussi une dimension pathétique. Amoureux fou de Viviane et sachant parfaitement ce qu'elle désire, il lui enseigne sur sa demande comment elle doit procéder pour le tenir emprisonné, sans évasion possible et pour toujours. Plusieurs textes font allusion à une future délivrance de Merlin sans préciser le nom du libérateur, mais aucun ne la raconte. Par contre, les prophéties attribuées à Merlin postérieurement seront souvent présentées comme émanant de la prison magique où Viviane détient Merlin invisible et où on peut venir le consulter.

L'enchanteur Merlin connaîtra une fortune littéraire considérable : entre 1272 et 1279, un frère mineur vénitien publie des Prophéties de Merlin, recueil de trois cents sentences ayant trait à la politique internationale, à la situation de l'Italie et aux croisades, dans un esprit de réforme de l'Église et de la chrét [...]

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Pour citer l’article

Jean-Pierre BORDIER, « MERLIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/merlin/