GUENIÈVRE

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L'épouse d'Arthur, légendaire roi de Bretagne, appelée Gwenhwyfar dans les textes gallois médiévaux, apparaît pour la première fois sous le nom de Gennuvar dans un texte latin, la Vie de Gildas (Vita Gildæ, avant 1136) de Caradoc de Lancarvan, qui laisse deviner une légende celtique antérieure : Melwas, roi du Pays du Midi, emmène l'épouse d'Arthur dans son château de la Cité de Verre ; après une année de quête, Arthur l'assiège et reconquiert la reine. La tradition de l'adultère de Guenièvre remonte très haut, même si aucune influence galloise ne joue sur Le Lai du cor (troisième quart du xiiie s.) de Robert Biket : Mangoun, roi de Moraine, envoie à Arthur en Caerleon une corne qui révèle à qui y boit l'infidélité de sa femme ; Arthur se soumet le premier à l'épreuve et il est aspergé de vin ; il pardonne à Guenièvre quand il voit que la même mésaventure arrive à tous les chevaliers présents, sauf à Caradoc.

C'est Chrétien de Troyes qui donne à Guenièvre sa fortune littéraire en utilisant à des fins courtoises la matière de Bretagne. Guenièvre est la dame de la cour d'Arthur ; elle écoute les chevaliers raconter leurs aventures et les inspire. Dans Le Chevalier à la charrette, elle est aimée de Lancelot, qui la ramène du pays de Gorre, où Méléagant l'avait emmenée. Chrétien la montre acceptant et refusant l'amour de Lancelot à la manière des héroïnes des romans courtois. Exigeante, Guenièvre accueille d'un front sévère son serviteur coupable d'avoir hésité le temps de deux pas avant de monter pour son service dans la charrette infamante. Désespéré, Lancelot veut se tuer : Guenièvre lui fait alors meilleur accueil et lui accorde toutes ses faveurs. Elle n'en exerce pas moins sur l'amant un empire tyrannique, le contraignant à se laisser vaincre et couvrir de honte en tournoi alors qu'à sa demande il peut remporter toutes les victoires. Chrétien peint avec subtilité cet amour conforme au catéchisme courtois (l'amant doit obéir à toute volonté de sa dame) : avant d'imposer l'épreuve, Guenièvre l'a subie elle-même ; elle est restée fidèle au chevalier, mais se sent coupable vis-à-vis de lui et lui permet de dépasser l'idéal purement chevaleresque pour accéder à de plus hautes régions. Dans le Lancelot en prose, l'amour de Guenièvre pour Lancelot est plus dramatique et plus douloureux. Adoubant Lancelot chevalier, Arthur oublie de lui donner son épée ; c'est Guenièvre qui le fait à sa place, engageant ainsi désormais le héros dans une double fidélité, à Arthur et à elle-même. Lancelot échouera dans la quête du Graal par la faute de leur amour adultère : c'est l'ascendant de la reine sur lui qui l'éloigne de son ami Galehaut, poussant ce dernier au désespoir. Sans nouvelles de Lancelot pendant une longue séparation, Guenièvre redoute qu'il ne soit mort et veut se tuer ; avertie de l'union de Lancelot avec la fille du roi du Graal (union dont naîtra Galaad) et ignorant qu'un filtre a fait croire à Lancelot qu'il tenait Guenièvre dans ses bras, la reine cède à la jalousie et exile son amant, qui devient fou. Dans La Mort le roi Artu, Lancelot, enfermé par Morgane dans l'île d'Avalon, peint sur les murs de sa grotte les images de son amour avec Guenièvre ; ainsi Arthur apprendra-t-il leur culpabilité. À la cour, Guenièvre est faussement accusée d'avoir empoisonné un chevalier, puis apparaît aussi une fausse Guenièvre qui veut usurper la place de la reine et réussit à abuser l'esprit du roi ; à chaque fois, Guenièvre est sauvée par Lancelot, et elle sera encore sauvée du bûcher quand Arthur la condamne pour adultère. Au cours de la guerre qui suit, Lancelot et Guenièvre, repentants, se séparent, et la reine, rendue à son mari, achève sa vie dans la pénitence. Il n'empêche que l'amour qu'elle inspire à Mordred pousse ce dernier à trahir Arthur en guerre contre les Romains sur le continent, et provoque ainsi, avec la ruine définitive de l'Empire, la mort du roi et la disparition de la Table ronde.

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Jean-Pierre BORDIER, « GUENIÈVRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guenievre/