MÉTROPOLISATION

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Si le terme « métropole » (du grec métêr, « mère », et polis, « cité ») relève du vocabulaire courant, le néologisme « métropolisation » ne se diffuse qu’à partir des années 1990. Il renvoie usuellement à la concentration de la richesse et de la population dans les grandes villes, mais aussi à un processus plus profond de transformation de l’urbain porté par la globalisation de l’économie et des échanges, qui révèle l’inégale capacité des villes à se connecter sur les différents réseaux d’échanges. La métropolisation inclut l’idée de concentration et celle d’internationalisation de réseaux de villes à la fois concurrentes et complémentaires. L’articulation entre les échelles locale et globale, mais aussi l’idée de discontinuité morphologique et d’inégalités voire de fragmentations internes du territoire sont au cœur du processus très dynamique de métropolisation qui, par sa complexité, interroge les autres formes d’organisation territoriale, et en particulier les États.

Des métropoles mondiales… ou nationales

La métropolisation, par définition, s’inscrit dans les mutations plus générales de l’urbanisation depuis la révolution industrielle, au sein de laquelle les grandes villes ont joué un rôle majeur. Mais si la nécessité d’employer un terme spécifique s’est imposée, et ce pour décrire un processus plutôt qu’un état, c’est que l’on assiste, avec la généralisation des échanges à partir des années 1980-1990, à une double mutation qui interpelle la notion même de « grande ville » et le rôle de celle-ci dans l’organisation du territoire.

Des « villes qui comptent » mais à différentes échelles

Le processus de métropolisation relève d’abord de la recherche d’un effet de masse. À cet égard, il peut se concevoir à plusieurs échelles, et pose d’emblée la question du rapport des grandes villes à la maille des États.

Les très grandes villes mondiales : une compétition ouverte

La métropolisation évoque en premier lieu le rôle majeur que prennent dans le commandement de l’économie quelques grands pôles à l’échelle planétaire, la liste en étant très sélective. Paris ne figurait pas dans la liste initiale des global cities dressée en 1991 par la sociologue Saskia Sassen, laquelle se limitait à Tōkyō, Londres et New York. Dans ce sens premier, c’est l’idée de concentration de richesse et de pouvoir de décision qui prime et, même si elle entretient des liens avec la masse démographique, celle-ci n’est pas déterminante.

À l’époque industrielle, les premières villes dépassant le million d’habitants apparaissent au milieu du xixe siècle, avec tout d’abord Londres puis Paris, suivies de New York. L’apparition de villes aussi peuplées constitue un fait nouveau dans l’histoire de l’humanité : auparavant, hormis quelques exceptions dont la Rome antique (qui aurait approché voire dépassé 1 million d’habitants), les grandes villes comptaient des populations faibles comparées aux standards actuels. Ainsi, à son apogée, entre le xiie et le xve siècle, une cité-État comme Venise n’atteignait que 100 000 habitants.

En 1913, sur les huit mégapoles dépassant 2 millions d’habitants, seule Tōkyō se situait en dehors de l’Europe ou des États-Unis. Mais, aujourd’hui, parmi les métropoles millionnaires pionnières, seule New York figure encore dans le groupe de tête. Suivant en cela les tendances générales de la démographie et de l’urbanisation mondiales, le centre de gravité démographique des mégapoles a basculé vers l’Asie et l’Amérique latine et, à un moindre degré, vers l’Afrique. São Paulo, au Brésil, comptait moins de 30 000 habitants en 1872 pour 21 millions aujourd’hui ; l’Inde compte une cinquantaine de villes millionnaires et quatre megacities (plus de 10 millions d’habitants, selon l’ONU) parmi lesquelles Delhi et Mumbai (Bombay) avec près de 20 millions chacune ; la Chine en compte cinq, dont Shanghai, deux fois plus peuplée que Londres ou Paris, sur une superficie deux fois moindre.

Par ailleurs, sur le plan strictement économique, les villes de la Triade (États-Unis, Europe, Japon) jouaient encore à la fin du xxe siècle un rôle quasi hégémonique dans l’économie mondiale. Elles gardent au xxie siècle un rôle majeur, mais dans un cadre mondial très compétitif. Par exemple, selon le think tank américain Chicago Council on Global Affairs, qui a comparé la richesse de pays, de métropoles et de multinationales à partir du PIB (pondéré en standard de pouvoir d’achat), la richesse accumulée à Tōkyō dépasserait celle de l’Arabie Saoudite ou du Canada tandis que New York talonnerait l’Espagne ou la Turquie. Selon la même source, parmi les principales concentrations de richesse du monde, Shanghai resterait derrière Londres et Paris, mais se hisserait sensiblement au même rang que les Émirats arabes unis et dépasserait Moscou, tandis que São Paulo « pèserait » presque autant que la Suède. S’il faut prendre ce type d’étude avec prudence, car les classements du niveau de richesse varient sensiblement selon les sources, il n’en reste pas moins révélateur que les mégapoles africaines, malgré leur forte croissance démographique, soient absentes de ce « top 100 ».

Une métropolisation moyenne : le modèle européen

Si l’échelle du monde est sa référence et l’accès au monde sa clé de voûte, le processus de métropolisation ne se limite pas aux mégapoles. À un second niveau d’analyse, il affecte des villes faisant sens à l’échelle nationale (les « métropoles régionales ») et(ou) au sein de grands ensembles supranationaux. Ainsi, en France, l’INSEE a défini en 2011 douze aires métropolitaines concentrant la moitié de l'emploi et de la population : on parle ici, outre Paris, d’aires urbaines de 600 000 à 700 000 habitants – comme Montpellier ou Rennes – jusqu’à 2,3 millions d’habitants comme Lyon. Elles regroupent plus de la moitié des fonctions de conception, recherche, prestations intellectuelles, commerce interentreprises, gestion, ainsi que du domaine de la culture et des loisirs et près des trois quarts des cadres de ces mêmes fonctions, et leur poids se renforce. Dans des systèmes polycentriques, comme l’Allemagne, la métropole est, par force, de « second rang » : les villes de la « dorsale » ou « mégalopole » européenne (nommée ainsi en référence à la Mégalopolis nord-américaine), ensemble urbain transnational qui va de la plaine du Pô jusqu’à Londres, sont peu présentes individuellement à l’échelle mondiale, mais comptent collectivement.

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Pour citer l’article

Dominique RIVIÈRE, « MÉTROPOLISATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/metropolisation/