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MÉDECINE Histoire

Si la médecine compte plusieurs millénaires d'existence, elle n'a atteint son âge adulte que depuis moins de deux cents ans. Cela tient à ce qu'elle est à la fois un art et une science. Un art, elle pouvait l'être dès l'origine des civilisations, à la mesure de l'intuition, de l'empirisme, de la psychologie et de l'habileté de ceux qui l'exerçaient. Pour devenir une science, il lui fallait pouvoir s'appuyer sur d'autres sciences et techniques qui sont toutes ses cadettes et dont les applications étaient indispensables à l'identification et au traitement des états pathologiques. C'est ainsi que si la connaissance de la cellule impliquait la découverte et la mise au point préalables du microscope par les physiciens ; de même, la physiopathologie biochimique ne pouvait être conçue de façon rationnelle avant que ne soient connues les lois élémentaires de la chimie minérale et organique.

Il n'est donc pas surprenant que l'art de soigner soit aussi ancien que l'humanité, alors que la médecine digne de ce nom ne date que du début du xixe siècle. Depuis lors, son développement et ses progrès se sont réalisés à une vitesse étonnante qui paraît en constante accélération. On ne peut ici qu'esquisser à larges traits les étapes principales, en mentionnant pour chacune d'elles quelques figures et quelques découvertes dominantes. Mais il faut savoir que cette subdivision en périodes chronologiques est très artificielle, tant les faits sont intriqués : se borner à citer quelques grands noms, c'est faire preuve d'injustice à l'égard de la foule innombrable de ceux qui ont contribué à construire l'édifice. D'autre part, chacun des artisans du progrès médical a eu des devanciers, parfois méconnus. Enfin, toute acquisition nouvelle n'a atteint son entière efficacité qu'au prix de patients travaux ultérieurs qu'on laisse trop souvent dans l'ombre.

Les origines de la médecine et la médecine de l'Antiquité

Primauté de la magie et de la religion

Contre les affections dont les causes matérielles étaient indiscernables, toutes les médecines dites « archaïques » ont fait appel à la magie, à la prière et à la divination. La maladie était considérée comme une sanction surnaturelle infligée à l'individu par une puissance démoniaque ou divine, étrangère à lui : seuls les sorciers, les prêtres, les devins – ceux que les ethnographes contemporains désignent sous le nom de « chamans » – pouvaient intervenir utilement dans un tel conflit. La pathologie était en somme un aspect de la mythologie, le pouvoir de guérir un attribut de personnalités ayant le don exceptionnel d'entrer en rapport avec les puissances surnaturelles. Cette conception a survécu jusqu'à nos jours dans certaines peuplades primitives et dans certains milieux mystiques.

À l'apogée de leur civilisation, les Assyro-Babyloniens et les Égyptiens ont fait un pas timide vers la laïcisation de la médecine. Plusieurs de leurs textes sur tablettes d'argile ou sur papyrus s'inspirent de données empiriques précises et expriment une ébauche de raisonnement médical. Mi-réelle et mi-légendaire sans doute, la figure d'Imhotep symbolise, en Égypte, ce début de fusion entre les médecines divine, sacerdotale et praticienne. Chez les Hébreux, on constate une tendance voisine, dans la mesure où le Tout-Puissant disposait de la santé de son peuple, cependant que les prescriptions religieuses comprenaient un certain nombre de mesures rituelles d'hygiène collective.

Médecine grecque - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Médecine grecque

Fils présumé d'Apollon et condisciple d'Achille auprès du centaure Chiron, Asclèpios fut de même, en Grèce, un trait d'union entre la médecine divine et la médecine humaine. Au vie et au ve siècle avant J.-C., la médecine helladique primitive[...]

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Écrit par

  • : professeur honoraire à la faculté de médecine de Paris, chaire d'histoire de la médecine

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Médecine grecque - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Médecine grecque

André Vésale - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

André Vésale

Musculature humaine (côté dorsal) - crédits : D.R./ Aldus Books London

Musculature humaine (côté dorsal)

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