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MAUSS MARCEL (1872-1950)

Neveu et disciple de Durkheim, Mauss occupe une situation très originale dans l'histoire de la sociologie et de l'anthropologie. Il ne construisit pas, comme le fit son oncle, un système général pour expliquer les phénomènes sociaux et ne se cantonna point, inversement, dans une étroite spécialisation, mais il exerça son esprit de chercheur dans de multiples directions, s'efforçant de saisir les aspects et les rapports essentiels susceptibles de renouveler le sujet étudié, sans aller toujours jusqu'à l'épuiser ou même à l'approfondir, parce qu'une autre investigation venait orienter sa curiosité en un sens différent. Il sut former des chercheurs, éveiller des vocations, et ses œuvres ont souvent ouvert des horizons, tracé des voies pour d'autres savants qui, après lui, ont suivi l'impulsion et révélé la richesse de ses découvertes. En particulier, l'anthropologie structurale, ainsi que l'a proclamé Claude Lévi-Strauss, a trouvé une source importante d'inspiration dans quelques textes de Mauss, bien que celui-ci n'ait pas véritablement conçu les principes de cette méthode d'analyse.

Une œuvre immense et diverse

Guidé dans ses études par Durkheim, originaire comme lui d'Épinal, Marcel Mauss obtint l'agrégation de philosophie, puis s'intéressa à l'histoire des religions et de la pensée hindoue. Il entreprit, sur la prière, une thèse de doctorat qu'il n'acheva jamais, enseigna l'histoire des religions primitives à l'École pratique des hautes études, collabora à L'Année sociologique, se lia d'amitié avec les plus grands anthropologues français et étrangers, et fut nommé, en 1931, professeur de sociologie au Collège de France, après avoir contribué à la fondation de l'Institut d' ethnologie, où il professa également. Son enseignement, érudit et brillant, fit de lui le maître de ceux qui, dans la génération suivante, illustrèrent l'anthropologie française. La guerre de 1939-1945 assombrit la fin de sa vie. Après une pénible retraite intellectuelle, il mourut à Paris sans avoir repris son activité.

Son œuvre ne comprend aucun livre entièrement écrit par lui, mais se compose d'un ouvrage rédigé en collaboration avec Henri Hubert (Mélanges d'histoire des religions, 1909), des ébauches (en partie imprimées, mais non publiées) de sa thèse sur la prière, et d'un très grand nombre d'articles écrits en collaboration avec Durkheim (notamment : « De quelques formes primitives de classification », in L'Année sociologique, 1901-1902), avec Paul Fauconnet (article « Sociologie », in la Grande Encyclopédie, 1901), ou avec Hubert (« Esquisse d'une théorie générale de la magie », in L'Année sociologique, 1902-1903), ou bien par lui seul. Parmi ces derniers, qu'il serait trop long d'énumérer, puisqu'on a pu en les réunissant composer quatre volumes posthumes, les plus connus sinon les plus importants sont les suivants : « Essai sur les variations saisonnières des sociétés eskimos » (in L'Année sociologique, 1904-1905) ; « Essai sur le don : forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques » (in L'Année sociologique, 1923-1924) ; « Rapports réels et pratiques de la psychologie et de la sociologie » (in Journal de psychologie normale et pathologique, 1924) . « Les Civilisations : éléments et formes » (in Civilisation : le mot et l'idée, 1930) ; « La Cohésion sociale dans les sociétés polysegmentaires » (in Bulletin de l'Institut français de sociologie, 1932) ; « Les Techniques du corps » (in Journal de psychologie, 1935) ; « Une catégorie de l'esprit humain : la notion de personne, celle du moi » (in Journal of the Royal Anthropological Institute, 1938) ; « La Nation » (publication[...]

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Écrit par

  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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    • 16 158 mots
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    • Écrit par Olivier LESERVOISIER
    • 3 448 mots
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