ADLER LARRY (1914-2001)

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Des possibilités expressives assez limitées et une sonorité plutôt fruste semblaient condamner l'harmonica à ne jamais s'évader de l'univers des musiques populaires et enfantines. Un exceptionnel virtuose va ouvrir à cet instrument des perspectives insoupçonnées.

Larry Adler

Photographie : Larry Adler

L'harmoniciste américain Larry Adler (1914-2001). 

Crédits : Gjon Mili/ The LIFE Picture Collection/ Getty Images

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Lawrence Cecil Adler naît le 10 février 1914 à Baltimore (Maryland) dans une famille juive d'origine russe dont le véritable patronyme est Zelakovitch. Il est sensibilisé très jeune à la ségrégation, tant envers les juifs qu'envers les Noirs, ce qui ne sera pas sans conséquences sur le déroulement de sa carrière. En 1924, il remporte un concours d'harmonica en interprétant un menuet de Beethoven. Autodidacte, il ne se résoudra à apprendre le solfège – auprès du compositeur Ernst Toch – qu'en 1940, à vingt-six ans passés. Qu'importe ! Des dons musicaux évidents et une habileté technique inouïe lui vaudront très vite la célébrité dans le monde de la variété. Dès l'âge de treize ans, il se fait remarquer dans les spectacles locaux par son talent précoce, au piano comme à l'harmonica. En 1928, il quitte Baltimore pour New York. Impressionnés par son brio et sa maîtrise, des artistes de la stature de George Gershwin, Fred Astaire, Paul Whiteman, Jack Benny ou Benny Goodman ont plaisir à se produire avec lui. Adler arrange pour son instrument les thèmes – jazz ou classiques – qui touchent le plus large public, comme la Rhapsody in Blue de Gershwin ou le Boléro de Ravel, et commence à écrire des musiques pour le cinéma. Il apparaît également dans des films : dans Many Happy Returns, de Normann Z. McLeod (1934), il joue avec l'orchestre de Duke Ellington. En 1934, l'imprésario britannique Charles Cochran le remarque au Palace Theatre de Broadway et lui offre un rôle à Londres dans la revue Streamline. De caractère enjoué, Adler devient rapidement la coqueluche de la bonne société londonienne. À Paris, il enregistre avec Stéphane Grappelli et Django Reinhardt.

1939 marque la première incursion de Larry Adler dans l'univers de la musique classique : il apparaît pour la première fois comme soliste, avec l'Orchestre symphonique de Sydney ; il jouera avec les plus grands orchestres et les chefs les plus prestigieux. Durant la Seconde Guerre mondiale, il se produit sur le front des opérations afin de divertir les troupes, mais il refuse de jouer devant des audiences où les soldats noirs sont séparés des blancs. Chassé des États-Unis en 1949 par les persécutions du maccarthysme – il appartient au Comité pour le Premier Amendement de la Constitution américaine dirigé par Humphrey Bogart –, il se fixe à Londres.

Grâce à Larry Adler, de nombreux compositeurs de musique „savante“ vont s'intéresser à l'harmonica. Darius Milhaud écrit pour lui une Suite anglaise pour harmonica et orchestre (1942), Ralph Vaughan Williams une Romance pour harmonica, piano et cordes (1952), Malcolm Arnold un Concerto (1954). À cette liste ajoutons encore des pages signées Joaquín Rodrigo, Gordon Jacob, Arthur Benjamin, Paul Hindemith...

La musique qu'il compose pour le film britannique Genevieve (1953), de Henry Cornelius, est nominée en 1955 aux oscars, mais le nom d'Adler, qui figure sur les „listes noires“ de la Commission des activités antiaméricaines, est absent du générique : c'est le directeur musical, Muir Mathieson, qui recevra la récompense en lieu et place d'Adler, dont la contribution ne sera officiellement reconnue par Hollywood qu'en 1993 ! Il écrira les partitions de plusieurs autres films, parmi lesquels King and Country (Pour l'exemple, 1964), de Joseph Losey, et A High Wind in Jamaica (Un cyclone à la Jamaïque, 1965), de Alexander Mackendrick.

N'ayant formé aucun disciple, il ne peut empêcher son instrument de passer de mode dans les années 1970 et son nom sombre dans l'oubli. Mais, pour fêter son 80e anniversaire, il enregistre en 1994 un album en hommage à Gershwin, The Glory of Gershwin, auquel participent Cher, Sting, Elton John, Peter Gabriel, Elvis Costello, Sinead O'Connor... Cet album, qui se vend à plus de deux millions d'exemplaires et lui vaut un disque d'or, place Adler dans le Livre Guinness des records : il est l'artiste le plus âgé à avoir jamais figuré dans les meilleures ventes pop britanniques !

Larry Adler, qui a publié en 1985 une autobiographie, It Ain't Necessarily So (Collins, Londres), meurt à Londres le 6 août 2001.

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  • Écrit par 
  • Eugène LLEDO
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Dans le chapitre « Œuvres majeures »  : […] De grands solistes ont entrepris de jouer un répertoire classique initialement réduit mais étoffé par de nombreuses transcriptions : Larry Adler, qui a même enregistré quelques plages avec Django Reinhardt, Tommy Reilly, Cham-Ber Huang, Claude Garden... De « Toots » Thielemans, on retiendra l'album Footprints (1989) et la célèbre valse Bluesette . Pour explorer les origines de l'harmonica blues, […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre BRETON, « ADLER LARRY - (1914-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/larry-adler/