LAETHEM-SAINT-MARTIN

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La figure dominante du second groupe : Constant Permeke

Permeke, la plus forte personnalité des deux groupes de Laethem et la clef de voûte de l'expressionnisme flamand est, comme l'affirmait Jean Cassou, une des plus grandes figures de l'art contemporain. Né à Anvers, il a passé sa jeunesse à Ostende. Élève de Jean Delvin, à l'académie de Gand, il y connut Servaes, Van den Berghe et les frères De Smet. Ses débuts à Laethem, vers 1909, sont teintés d'impressionnisme, mais il donne déjà vers 1911-1913 quelques figures audacieusement schématisées, quelques paysages au ciel lourd. En 1912, il retourne à Ostende. Les marins larges et carrés, la mer nue, écrasée par les nuages, seront parmi ses thèmes de prédilection. Gravement blessé pendant la guerre, il est évacué en Angleterre. C'est en exil, dans un complet isolement, qu'il peint son premier chef-d'œuvre, L'Étranger (musée de Bruxelles). Rentré à Ostende en 1919, il renoue avec ses compagnons de Laethem et, encouragé par Van Hecke et de Ridder, il bâtit en quelques années majeures le style à l'emporte-pièce qui affirme sa foi en l'homme, mais aussi son tempérament vigoureux de peintre. Les figures sont robustes et gauches, les attitudes statiques, les visages traités comme des masques, les mains et les pieds énormes et déformés, la composition souvent décentrée. Ces singularités ne visent pas le tragique, comme chez Servaes ou Van de Woestijne, mais la puissance vitale. La Femme au panier (musée d'Anvers), Les Fiancés (musée de Bruxelles), Maternité (musée d'Ostende), Le Mangeur de patates (musée de Bruxelles) appartiennent à une humanité primitive, mais toujours localisable dans un milieu comme dans une région. Quant à La Truie, monumentale et monstrueuse allégorie de la fécondité, c'est un sommet de l'audace expressionniste. La volonté de ne traduire que l'essentiel et d'atteindre par là une grande densité d'émotion se révèle dans La Séparation, 1948 (Jabbeke), œuvre inspirée par la mort de sa femme. À partir de 1929, il peint, dans sa maison de Jabbeke, près de Bruges, devenue musée Permeke, des paysages véritablement cosmiques, qui traduisent l'espace par les seules ressources d'une facture emportée, typiquement expressionniste. Le coloris est sévère et sobre, avec des dominantes de bruns et de noirs pour la période ostendaise, plus clair et moins appuyé à l'époque de Jabbeke, accueillant alors les verts et les jaunes. Lorsqu'il dessine, Permeke choisit souvent une technique intermédiaire, traçant les contours au pinceau sur toile et suggérant le volume par des jus bruns, rehaussés d'un peu de pâte ; il mélange volontiers fusain, pastel et craie. De la deuxième période ostendaise datent de grands fusains à écriture heurtée, aux angles très accusés. De 1940 à 1944, il crée de nombreux nus qui, sans rien avoir de la beauté classique, s'inscrivent dans un trait fluide, souvent d'une grande pureté. Depuis 1936, Permeke s'adonne à la sculpture en autodidacte, mais avec la même vocation de monumentalité que dans sa peinture. Il fut extraordinairement fécond : au cours du seul été 1925, il a exécuté trois cents marines. Aussi l'œuvre de ce créateur génial s'alourdit-elle d'une production parfois hâtive et négligée.

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Dans le chapitre « Gand contemporain »  : […] Le rayonnement culturel de la ville est important au début du xx e  siècle. Ainsi, l'école de Laethem-Saint-Martin (du nom d'une localité de la banlieue gantoise) constitue un important courant artistique. La première génération, réunie autour du sculpteur Georges Minne, opère la transition du symbolisme à l'expressionnisme, qu'illustrent, après la Première Guerre mondiale, les grands maîtres de […] Lire la suite

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Francine-Claire LEGRAND, « LAETHEM-SAINT-MARTIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/laethem-saint-martin/