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ARTISTE L', revue d'art

Le renouveau

Malgré ces bonnes intentions, promesses en partie non tenues, il est incontestable que la revue, à partir de cette deuxième série qui commence en 1838, s'affadit. Huit volumes, parus entre le 29 avril 1838 et le 26 décembre 1841, s'ajoutent aux quinze premiers sur les rayonnages des librairies. Il s'était agi, dans la première série de faire la « publicité des arts », c'est-à-dire d'en donner le goût à un large public. Cette volonté d'éducation est moins prégnante dans les années qui suivent.

La manière dont la revue affirme qu'elle ne mène aucun combat partisan est remarquable. Elle entre pour dix ans dans une phase nouvelle où ses combats se dissimuleront sous un masque d'objectivité. Le romantisme « excessif » est visé. L'Artiste, sentant le reflux, devient-il le journal du « juste milieu » artistique : une revue des arts écrite plus pour le public « bourgeois » que pour celui des artistes ? La meilleure qualité de l'impression et de la typographie trahit alors ce changement d'attitude. Mais les planches se font moins nombreuses, parfois une seule par livraison. Cette reprise en main, sous l'action de Delaunay et Janin, faillit faire péricliter l'entreprise.

La troisième série, très courte puisqu'elle ne comprend que cinq volumes, parue entre le 7 janvier 1842 et le 28 avril 1844, traduit les difficultés de L'Artiste de Delaunay. Janin continue à beaucoup écrire, Arsène Houssaye le rejoint, mais il est manifeste que la revue s'épuise et certains indices permettent de supposer qu'elle perd des lecteurs. Est-ce le prix d'un recentrage affirmé sur les arts visuels au détriment du théâtre et de la vie mondaine ? Ce qui est sûr, c'est que cette série de transitions permet la montée en puissance d'un jeune loup du Paris artistique et littéraire, Arsène Houssaye. Il transforma L'Artiste en tribune pour promouvoir un petit groupe soudé par de forts liens personnels.

En 1843, Arsène Houssaye reprend la revue et succède à Delaunay. Nerval s'en réjouit. C'est la prise du pouvoir par le groupe des anciens de la rue du Doyenné, évoqués par Gérard dans les Petits Châteaux de Bohême. Du 5 mai 1844 au 5 mars 1848, L'Artiste rénové, au long de onze volumes, retravaille ses anciennes rubriques. On y trouve toujours des textes de fiction, des comptes rendus détaillés des Salons, l'actualité des lettres et des arts. Le théâtre, passion de Houssaye, reprend tous ses droits. C'est un second âge d'or, avec des signatures comme celles de Gautier, Nerval, Murger, Champfleury. La revue sait bien évoluer dans le sens du goût du public. Houssaye n'est cependant pas dupe. Le temps de la lutte pour le romantisme semble passé. C'est dans ces années que la revue constitue véritablement « un pouvoir », autant dans le monde des spectacles que dans celui des arts plastiques. La grande idée directrice de Houssaye réside en un mot qui revient sans cesse dans L'Artiste de cette époque : le « renouveau ».

En juillet 1845, Arsène Houssaye rachète la Revue de Paris. Les deux titres fusionnent. François Buloz, le propriétaire de la Revue des deux mondes, qui était aussi l'un des propriétaires de la Revue de Paris prend des parts dans L'Artiste, formant ainsi un groupe de presse très influent dans la France du xixe siècle. Le riche poète Jules Lefèvre-Deumier compte comme le principal bailleur de fonds de cette nouvelle construction. À la date du 13 juillet 1845, la revue s'intitule L'Artiste-revue de Paris. La mention apparaît en titre courant en haut de chaque page. C'est l'époque où une certaine spéculation s'établit sur les estampes de la revue.

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Écrit par

  • : agrégé de l'Université, ancien élève de l'École normale supérieure, maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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