KIRGHIZSTAN

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Nom officielRépublique kirghize (KG)
Chef de l'État et du gouvernementPrésident : Sadyr Japarov (depuis le 28 janvier 2021). Président du cabinet des ministres : Akylbek Japarov (par intérim depuis le 12 octobre 2021)
CapitaleBichkek
Langues officielleskirghize, russe
Unité monétairesom (KGS)
Population6 769 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)199 945

Le Kirghizstan indépendant

Le Kirghizstan indépendant a fait figure d'exemple de démocratisation dans le paysage politique centre-asiatique jusqu'en 2010. Cependant, cette réussite est à nuancer, comme l'ont montré la fin de la présidence d'Askar Akaïev, interrompue par la révolution des tulipes en mars 2005, puis la fin mouvementée du régime de son successeur, Kourmanbek Bakiev, au printemps de 2010. Les soubresauts de la vie politique kirghize montrent la fragilité des acquis démocratiques, constamment menacés par la dérive autoritaire présidentielle et ses corollaires : la gestion patrimoniale et mafieuse du pouvoir ainsi que l'entretien des clientèles régionales. Ces dérives, dans un contexte de relatif pluralisme, ont suscité le mécontentement de la population et la chute brutale du pouvoir.

Esquisse d'un modèle démocratique

Avec la fin de la perestroïka et grâce à la politique de glasnost, et comme dans la plupart des pays de l'ex-U.R.S.S, la scène politique nationale se scinde en trois groupes à la fin des années 1980 : un groupe conservateur issu de la période brejnévienne ; un deuxième proche du Parti communiste et lié à une intelligentsia kirghize moscovite soutenant les réformes de Mikhaïl Gorbatchev ; un troisième (mouvement Ashar) émanant de la société civile, plus fermement nationaliste et réclamant de profondes réformes socio-économiques. En juin 1990, le gouvernement kirghize doit faire face à des heurts dans la région d'Osh entre Kirghizes et Ouzbeks. Ces affrontements, qui font plus de deux cents morts, sont la conséquence tant des tentatives de certains Kirghizes de s'emparer de terres occupées par des Ouzbeks que de la surenchère nationaliste des autorités locales. Cette crise accélère le changement de pouvoir au sein de la république. Une nouvelle figure issue du groupe des réformateurs communistes, Askar Akaïev, est élu président en octobre 1990.

Le pouvoir d'Askar Akaïev veille dès lors à mettre un terme à ces rivalités et à contenir le discours nationaliste. Il endosse ainsi un rôle de modérateur entre les nationalistes kirghizes et la minorité slave.

Après l'indépendance, Akaïev, élu président le 12 octobre 1991, contrairement aux autres pouvoirs centrasiatiques, va, dès le début, jouer le jeu de la démocratisation. Il ne s'engagera que progressivement vers le renforcement de son pouvoir au détriment du Parlement, ainsi que dans la répression à l'encontre de ses opposants.

En février 1995, des élections législatives sont organisées, et ce sont les premières à être entachées de fraudes. Elles visent à donner une majorité claire au président, dont la politique est bloquée par une alliance entre réformistes et conservateurs (démission du gouvernement le 5 septembre 1994). Le président conserve cependant une importante popularité et est réélu sans difficulté le 24 décembre 1995, avec 72 p. 100 des suffrages.

Les limites à la dérive autoritaire

La dérive autoritaire est contrecarrée par une société civile issue de la perestroïka et encline à manifester lorsqu'elle considère ses droits bafoués (par exemple, manifestations contre l'augmentation des prix, 1996-1997).

Le pouvoir n'a jamais réussi à faire taire les voix dissidentes qui, dans un pays aussi petit, continuent à se faire entendre, même sans l'aide de médias. Les opposants s'appuient également sur les rivalités locales d'ordre tribal pour constituer des groupes de partisans fidèles, qui forment ainsi une démocratie locale à caractère tribal échappant à l'emprise du pouvoir central.

Par ailleurs, le pouvoir kirghize arguant de la politique de réforme démocratique pour attirer les fonds des organisations internationales d'aide au développement, celles-ci réclament, en contrepartie, le maintien du pluralisme politique. Cette aide, en l'absence de ressources naturelles, hormis la mine d'or de Kumtor, est d'autant plus indispensable que le pays, faiblement industrialisé, a connu une grave crise économique après l'indépendance. La situation, particulièrement dramatique dans les campagnes, a entraîné l'exode d'une grande partie de la population non kirghize (la quasi-totalité des cent mille Allemands présents sur le territoire a regagné son pays d'origine) et a justifié des réformes économiques plus vitales que partout ailleurs en Asie centrale. L'ancien système d'économie dirigée ayant fait faillite, on a assisté, très tôt, sur le modèle kazakh, à une privatisation complète des ressources économiques. Cette politique, sou [...]

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Kirghizstan : carte physique

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Kirghizstan : drapeau

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Les Tianshan, au Kirghizstan

Les Tianshan, au Kirghizstan
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Gorge d'Ala-Archa (Kirghizstan)

Gorge d'Ala-Archa (Kirghizstan)
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Écrit par :

  • : anthropologue, chercheur à l'Institut français d'études sur l'Asie centrale
  • : professeur émérite d'études ouraliennes et altaïques, professeur d'histoire à l'université d'Indiana, Bloomington
  • : docteur en géographie, chargé de recherche au C.N.R.S., membre de l'U.M.R. 7528 Monde iranien et indien (C.N.R.S., Sorbonne nouvelle, EPHE, INALCO)

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Pour citer l’article

Arnaud RUFFIER, Denis SINOR, Julien THOREZ, « KIRGHIZSTAN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/kirghizstan/