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CASSAVETES JOHN (1929-1989)

Mort le 3 février 1989, John Cassavetes continue d'exercer une indéniable influence sur le cinéma d'auteur contemporain. Pourtant, même ses plus grands succès publics – dont Gloria, en 1980 – n'ont que peu débordé le cercle restreint des happy few. Il représente ce qu'on appelle un « director of directors ». « Je peux revoir vingt fois les films de Welles, explique Martin Scorsese, [mais les] films de Cassavetes, je ne peux les voir qu'une fois, parce que je sais. Ça me touche à un niveau affectif et psychologique. Pour moi, ils représentent la vérité, la présence, l'intimité de la vie elle-même : c'est comme ça que je voudrais pouvoir capturer la vie au cinéma. »

Objet d'un véritable culte en Europe comme aux États-Unis, Cassavetes ne symbolise pas le « cinéma expérimental » ou d'avant-garde, pas plus que le « cinéma direct », mais plutôt l'indépendance face à la façon dont le « système industriel fabrique les produits-films », à Hollywood comme ailleurs. Il n'a pratiquement réalisé que ce qu'il a voulu et écrit lui-même, comme il l'entendait, avec sa troupe (« ses amis »). Il prenait le temps nécessaire au tournage – recommençant parfois ce qu'il jugeait raté – et surtout au montage, le tout pouvant parfois durer des années : Faces (1968), par exemple, représente six mois de tournage, 136 heures de rushes, trois ans de montage. Là où le succès public était nécessaire à Charlie Chaplin ou à Stanley Kubrick pour qu'ils puissent disposer d'une certaine liberté, Cassavetes, lui, utilisait ses cachets d'acteur célèbre à la télévision – des séries telles que « Alfred Hitchcock présente », « Rawhide », « Le Virginien », et surtout, en 1960, « Johnny Staccato », dont il est le héros et réalise cinq épisodes –, ainsi que ceux de Gena Rowlands, qu'il épousa en 1954.

Rosemary's Baby, R. Polanski

Rosemary's Baby, R. Polanski

Il débute au cinéma en 1953 dans des rôles très secondaires, mais devient une vedette, avec des films tels que Crime in the Streets (Face au crime, 1956) de Don Siegel, et Edge of the City (L'homme qui tua la peur, 1957) de Martin Ritt. Suivront, entre autres, Saddle the Wind (Libre comme le vent, 1958) de Robert Parrish, The Killers (À bout portant, 1964), avec Ronald Reagan, de Don Siegel, The Dirty Dozen (Les Douze Salopards, 1967) de Robert Aldrich, ou Rosemary's Baby (1968) de Roman Polanski...

La volonté d'indépendance

John Cassavetes est né à New York le 9 décembre 1929, dans une famille d'origine grecque. Sa première passion est le théâtre. Après des études à Harvard, il entre dans les années 1950 à l'American Dramatic Arts of New York, largement influencé par les théories de l'Actors Studio. Après quelques tentatives à Broadway, il fonde en 1956 le John Cassavetes Workshop, un atelier librement ouvert aux acteurs. Il ne reviendra vraiment vers le théâtre que dans les années 1980, avec East/West Games puis ThreePlays of Love and Hate (Trois Pièces d'amour et haine).

Un brillant avenir lui est promis – on le compare alors à James Dean, disparu en 1955 – quand il lance, lors d'un talk-show télévisé, un appel : « Ceux qui veulent voir un film sur de vraies personnes doivent y contribuer financièrement. » Le lendemain, il reçoit 2 000 dollars en petites coupures qui ouvrent le financement de Shadows (dont le coût s'élèvera à 40 000 dollars). Cassavetes reprend une idée qu'il avait exprimée au printemps 1959, dans« What's Wrong with Hollywood » (« Haro sur Hollywood »), où il précise sa conception de l'indépendance : « Posséder le privilège de communiquer universellement dans un univers incapable de compréhension, et négliger de telles puissances, accepter le compromis – voilà qui ne peut manquer d'engloutir un artiste et ses films dans l'oubli. »[...]

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Écrit par

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Rosemary's Baby, R. Polanski

Rosemary's Baby, R. Polanski

Autres références

  • FACES, film de John Cassavetes

    • Écrit par Jacques AUMONT
    • 1 000 mots

    Lorsque sort Faces, John Cassavetes (1929-1989) est plus connu en tant qu'acteur que comme cinéaste. La série télévisée « Johnny Staccato » (1959-1960), ses rôles de méchant dans À bout portant (The Killers, 1964, de Donald Siegel) et Les Douze Salopards (The Dirty Dozen, 1967, de Robert...

  • BERNSTEIN ELMER (1922-2004)

    • Écrit par Juliette GARRIGUES
    • 847 mots

    Il est l'auteur d'une des plus célèbres musiques de film, celle des Sept Mercenaires. Mais le compositeur et chef d'orchestre américain Elmer Bernstein est aussi – aux côtés de ses compatriotes Alex North et Bernard Herrmann – un des protagonistes du renouveau du langage musical cinématographique...

  • ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - Le théâtre et le cinéma

    • Écrit par Geneviève FABRE, Liliane KERJAN, Joël MAGNY
    • 9 328 mots
    • 9 médias
    Pendant longtemps, le seul véritable cinéaste indépendant et radicalement en marge du système à s'être imposé par ses œuvres plus que par le succès fut John Cassavetes, dont les films (Shadows, 1957 ; Faces, 1968 ; Une femme sous influence, 1975 ; Love Streams, 1984) tournent radicalement...
  • FINANCEMENT PARTICIPATIF ou CROWDFUNDING

    • Écrit par Jean-Charles DUFEU
    • 3 595 mots
    • 1 média
    ...Autre exemple marquant de financement participatif, cette fois dans l’industrie du cinéma : à la fin des années 1950, le réalisateur américain John Cassavetes lance un appel aux auditeurs d’une radio locale : « Financez un film qui vous ressemble ». Il ajoute qu’il lui sera possible de réaliser...
  • GAZZARA BEN (1930-2012)

    • Écrit par Karen SPARKS
    • 337 mots
    • 1 média

    L’ acteur américain Ben Gazzara se distinguait par sa voix râpeuse ainsi que sa présence troublante sur la scène comme à l’écran. Pendant sa carrière, longue de plus de soixante ans, il se produisit à Broadway, créant le rôle de Brick dans Cat on a Hot Tin Roof (La Chatte sur un toit...

Voir aussi