MARION JEAN-LUC (1946- )

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Sans conteste l'un des plus brillants philosophes de sa génération, Jean-Luc Marion, né à Meudon le 3 juillet 1946, a suivi un parcours universitaire sans faute : l'École normale supérieure, où il étudie avec Louis Althusser et Jacques Derrida, l'agrégation, le doctorat. Il enseigne ensuite à l’université de Poitiers en 1981, puis à l’université Paris X-Nanterre avant d'occuper la chaire de philosophie à Paris-Sorbonne de 1995 jusqu’à son éméritat en 2012. Successeur d'Emmanuel Lévinas à la chaire de métaphysique, professeur invité au département de philosophie de l'université de Chicago où il succède à Ricœur, Jean-Luc Marion participe à partir de 1985 à la refondation, avec Didier Franck, des archives Husserl de Paris à l’École normale supérieure. Il est aussi cofondateur de la revue catholique Communio et directeur de la collection Épiméthée aux Presses universitaires de France. Il est élu à l’Académie française le 6 novembre 2006.

Ses recherches s'organisent autour de trois grands axes : l'histoire de la philosophie, la phénoménologie et la théologie. C'est à Descartes, dont il est sans conteste l'un des meilleurs spécialistes, à la suite de Ferdinand Alquié, son maître en affaires cartésiennes, que l'auteur consacrera de nombreux travaux : Sur l'ontologie grise de Descartes (1975), Sur la théologie blanche de Descartes (1981), Sur le prisme métaphysique de Descartes (1986), Questions cartésiennes (1990), l'édition et la traduction des Règles utiles et claires pour la direction de l'esprit, Questions cartésiennes II. Sur l’ego et sur Dieu (1996), Sur la pensée passive de Descartes (2013). Pourquoi cet intérêt pour Descartes ? Parce que, en tant que philosophe au seuil de la modernité, il reste proche de ce qu'il contribue à dépasser (la philosophie aristotélicienne et la scolastique) et qu'il contribue à poser les bases de toute la philosophie qui le suivra. Lire Descartes revient donc à interroger les limites mêmes de « l'onto-théo-logie » et par là à essayer de les franchir. La méthode heideggérienne de lecture de la tradition est ici poussée à ses limites : reconduit dans la métaphysique, Descartes ouvre des possibilités inouïes que la tradition qu'il inaugure aura tendance à obnubiler. Et c'est ici qu'intervient le travail proprement phénoménologique de Marion, qui livrera ses recherches en 1989 dans Réduction et donation. Recherches sur Husserl, Heidegger et la phénoménologie. Le but de ses recherches est de dégager, par-delà la réduction husserlienne au Je transcendantal et la réduction heideggerienne jusqu'à la différence ontologique comme « phénomène par excellence », une troisième réduction qui irait jusqu'à la donation elle-même, irréductible à tout être, dépassant toute métaphysique du sujet et toute ontologie. Cette donation qui s'arracherait à l'être, « réduction à et de l'appel », va être analysée et questionnée jusque dans ses ultimes conséquences dans Étant donné. Essai d'une phénoménologie de la donation (1997). L'instance qui appelle ou qui donne n'est ni le Dieu des philosophes, ni l'être de la différence ontologique, ni l'« autrement » lévinassien, ni l'auto-affection telle que Michel Henry l'a décrite : elle est le « se-donner » du phénomène lui-même qui se reçoit dans celui – « l'adonné » – qui en fait l'épreuve ou l'accueil.

Ces recherches, débouchant sur une nouvelle pensée de la subjectivité décentrée, ne sont point sans rappeler celles d'un Lévinas mais aussi d'un Jean-Louis Chrétien (dans L'Appel et la réponse, 1992, par exemple). Elles vont être retouchées et enrichies dans deux livres importants parus respectivement en 2001 et en 2003 : De surcroît (Études sur les phénomènes saturés) et Le Phénomène érotique. Il y a un « excès du donné qui se montre » qui doit être pensé avec et contre la phénoménologie tant husserlienne qu'heideggérienne. Bien plus accessibles, car p [...]

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  • Renaud BARBARAS, 
  • Jean GREISCH
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Dans le chapitre « La phénoménologie de la donation (Jean-Luc Marion) »  : […] Une autre refondation, non moins radicale, est celle qui se dessine dans l'œuvre de Jean-Luc Marion au début des années 1990, d'abord sous forme d'une relecture critique des textes de Husserl et de Heidegger dans Réduction et Donation (1989), puis, de manière plus personnelle et systématique dans Étant donné (1997). La phénoménologie qui veut aller jusqu'au bout des possibilités qu'ouvre la réduc […] Lire la suite

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Francis WYBRANDS, « MARION JEAN-LUC (1946- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-luc-marion/