HENRY MICHEL (1922-2002)

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Philosophe français. Né le 10 janvier 1922 à Haiphong, en Indochine, Michel Henry fait ses études secondaires au lycée Henri-IV. Entré très tôt dans la Résistance, il passe l'agrégation de philosophie en 1945. Son cursus universitaire s'achève avec une thèse monumentale intitulée L'Essence de la manifestation (1963), doublée d'une Philosophie et phénoménologie du corps, dans laquelle il propose une relecture phénoménologique de Maine de Biran.

Élaborées dans une grande solitude, ses recherches sur les fondements de la phénoménologie ont pour arête vive trois ouvrages fondamentaux : L'Essence de la manifestation, La Généalogie de la psychanalyse (1985), Phénoménologie matérielle (1990). Le premier ouvrage remet en chantier l'idée d'une « phénoménologie de la raison », héritée de Husserl. Le deuxième propose une relecture originale de l'histoire de la philosophie moderne, de Descartes à Freud, en passant par Kant, Schopenhauer et Nietzsche. Il s'agit de comprendre pourquoi le phénomène originaire de la vie, présent dès la fondation cartésienne, fut oublié de plus en plus fortement. En retraçant la généalogie de cet oubli, que ni Schopenhauer, ni Nietzsche, ni Freud n'ont réussi à surmonter, Henry veut retrouver et placer au cœur de sa pensée « l'initial apparaître à soi de l'apparaître, l'invisible venir en soi de la vie ».

En soulignant le primat de l'intentionnalité, Husserl et Heidegger ont trahi la vie au profit du monde, et l'affection au profit de la représentation. Le qualificatif de « matérielle », ajouté au terme de « phénoménologie » se substitue chez Henry au concept husserlien d'intentionnalité et au concept heideggérien de souci, parce que la « matière première » de toutes les descriptions phénoménologiques est constituée par l'auto-affection.

Le radicalisme d'une pensée commandée par « l'immédiation pathétique en laquelle la vie fait l'épreuve de soi » n'a pas empêché Henry de mettre son interprétation de l'être comme vie à l'épreuve de descriptions phénoménologiques consacrées à la corporéité, l'agir et l'art.

Les deux volumes de son Karl Marx (1976) ont fait événement. À une époque où les lectures de Marx étaient dominées par les thèses d'Althusser, Michel Henry s'efforce de réhabiliter la dimension philosophique et la singularité de l'œuvre de Marx, en soulignant que le marxisme n'est que la somme des malentendus concernant Marx, et en proposant de le lire comme « l'un des premiers penseurs chrétiens de l'Occident ». L'une et l'autre formule, qui ont fait grincer bien des dents, renvoient à une compréhension de l'action et du travail comme manifestations originelles de la vie. Henry anticipe ainsi sa propre version de « l'horreur économique », qui fera l'objet de Du communisme au capitalisme : théorie d'une catastrophe (1990).

Quant au dialogue que Henry conduit avec l'œuvre de Kandinsky, il atteste que l'essence invisible de la vie n'apparaît jamais plus clairement que là où l'art s'affranchit des limites de la représentation. Mais l'homme contemporain est-il encore capable d'une telle vision ? Le regard pessimiste et désabusé que Henry porte sur le monde moderne dans La Barbarie (1987) suggère une réponse négative.

Michel Henry a également signé plusieurs œuvres littéraires : Le Jeune Officier (1954), L'Amour les yeux fermés (1976), Le Fils du roi (1981), Le Cadavre indiscret (1997). Ces romans explorent, avec les moyens de la fiction littéraire, les grands thèmes de la phénoménologie matérielle : l'épreuve de la vie, l'essence du mal, l'ipséité et l'intersubjectivité, la corporéité incarnée, le mensonge.

À partir du début des années 1990, il va s'intéresser de plus en plus aux textes fondateurs du christianisme et à la figure du Christ, consignée dans C'est moi la Vérité (1996), Incarnation (2000), et le livre-testament : Paroles du Christ (2002). Cette trilogie a pour fil conducteur le prologue de l'Évangile de Jean, dans lequel le Christ apparaît comme « l'Archi-Fils », Premier-Né dans la Vie et Premier Vivant, le seul à détenir l'ipséité essentielle en laquelle l'auto-affection de la vie parvient à l'effectivité.

Michel Henry meurt à Albi le 3 juillet 2002. Il laisse une œuvre pos [...]

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  • : docteur en philosophie, professeur émérite de la faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris, titulaire de la chaire "Romano Guardini" à l'université Humboldt de Berlin (2009-2012)

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Pour citer l’article

Jean GREISCH, « HENRY MICHEL - (1922-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-henry/