POLLOCK JACKSON (1912-1956)

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Regard en arrière

Pollock eut parfaitement conscience de la limite qu'il avait atteinte dans son art, et l'abandon du dripping dans ses toiles en noir et blanc de 1951 constitue une certaine régression. On l'a souvent mise sur le compte d'un retour à la figuration : c'est confondre figuration et figure (tout tracé sur un fond demeure une figure). En effet, d'une part Pollock n'a jamais totalement abandonné son système d'étagement de couches picturales (les toiles dites « noir et blanc » comportent le plus souvent une couche de brun redoublant les graffiti noirs) ; d'autre part, on a vu comment toute sa vie l'artiste fut contraint de se mesurer périodiquement à la question de l'inscription d'une ligne sur un fond – question qu'il déplaçait constamment. En reprenant dans ces toiles noires le travail graphique accompli en 1945 et au début de 1946, Pollock ne renonce pas à sa découverte d'une « profondeur plate », pour reprendre l'expression de Greenberg. Bien au contraire, il cherche à en manifester un aspect nouveau, plus littéral, en laissant sa toile non préparée boire comme un buvard le pigment très dilué qui passe du noir le plus ténébreux au gris le plus pâle : la couleur semble immatérielle, suspendue dans un espace sans lieu. Plutôt que de voir dans ces toiles noires un échec (et l'annonce d'une catastrophe : sa rechute dans l'alcoolisme et son accident mortel en voiture), il faut sans doute les interpréter comme une relance qui permit à l'artiste de combiner à nouveau la figure (huit barres plus ou moins verticales) et le dripping dans une œuvre comme Blue Poles, 1952, son véritable testament. À chaque moment de crise, Pollock se mesurait en effet à ces expériences passées : ses toiles noires, dont certaines sont remarquables, font partie de cette stratégie, de même que Easter and the Totem (1953), qui renvoie directement aux tableaux des années 1942-1943, ou White Light (1954), qui fait écho à Eyes on the Heat ou à Shimmering Substance. Sa mort subite, survenue en 1956, nous a ravi les fruits de ce dernier regard en arrière, ce qui a conduit un trop grand nombre de commentateurs à ne voir là que déchéance.

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Pour citer l’article

Yve-Alain BOIS, « POLLOCK JACKSON - (1912-1956) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jackson-pollock/