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IMAGE

Même limitée aux arts visuels, l'image ne peut être séparée des racines profondes qu'elle a dans la mémoire, l'imagination, la pensée ou le rêve. L'image est sans nul doute l'objet de réflexion le plus rebelle aux classifications par genres et par espèces, car elle participe à nos opérations mentales, à notre vie affective : elle fait partie intégrante de notre activité psychique. Les arts visuels touchent en nous bien d'autres facultés que celle de voir. Ainsi un souvenir viendra-t-il se superposer à un tableau pour faire corps avec lui dans notre pensée. Une peinture peut se graver dans l'esprit au point de le guider et d'accompagner certaines de ses démarches.

Parfois réduite à quelques traits sur un plan, parfois simple volume dans l'espace, peinture abstraite, structure géométrique, l'image pourrait se définir essentiellement par ses effets, aussi minimaliste que soit sa conception. Au-delà des frontières entre le visible et l'invisible, le figuratif et l'abstrait, dans le champ du « visuel » qui déborde largement le domaine du descriptible, l'image s'impose à nos yeux comme l'espace d'une efficacité. À quoi doit-elle ce pouvoir ? C'est ce qu'il s'agit de prendre en compte dans la totalité de notre expérience à travers une réflexion critique.

Le philosophe Nicolas de Cues donnait déjà la preuve de cette efficacité quand il entendait convertir à la vraie foi chrétienne toute une communauté de moines grâce à un portrait au regard omniprésent. Dans une autre optique, afin de dénoncer les méfaits de l'imagination, Malebranche démontrait le pouvoir de l'image en relevant, par exemple, la ressemblance entre un nouveau-né et un tableau longtemps observé par la mère. Quand Diderot présente une peinture comme si elle était un rêve, c'est qu'il mesure aussi, à travers les effets de l'image sur la pensée, à quel point un art visuel est susceptible d'éclairer les processus les plus élaborés de notre activité mentale et affective. Indépendamment même des schémas anthropomorphiques imposés par les contraintes de l'imitation ou de la figuration, les arts de l'image se trouvent au cœur des questions relatives au statut du sujet humain et à sa place comme individu dans la société.

L'imitation ou l'invention du modèle

La tradition des arts visuels en Occident définit l'image dans les termes d'une relation problématique : l'imitation, en effet, suscite des interrogations d'autant plus complexes qu'elles concernent le statut du modèle peut-être bien davantage encore que celui de l'image. On dit l'image sans substance – ombre, reflet ou simulacre – ; on lui oppose le repère certain de l'original : quand il dénonce l'inconsistance de l'image, le sens commun rejoint une certaine forme d'idéalisme qui voudrait que la réalité fût stable, une et entière. Le concept d'imitation porte l'hypothèque de toutes les certitudes acquises qui mettent en péril la valeur de l'image au regard de la réalité du monde et de la vérité qui voudrait l'ordonner. Le statut du modèle par rapport à l'image n'en demeure pas moins paradoxal, comme en témoigneraient, d'une part, la philosophie platonicienne et, d'autre part, la théologie chrétienne.

L'image est toujours référentielle, se rapportant à l'original dont elle tient lieu, et l'imitation est une forme de représentation particulière, fondée sur des critères de ressemblance et de conformité au modèle. Or la disparité de nature qui maintient l'image à distance de l'original rend l'imitation toujours suspecte de déformation ou de trahison. Jugée infranchissable et responsable des dégradations successives de la forme idéale dans ses imitations fallacieuses, cette distance entraîne, dans[...]

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Écrit par

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de philosophie, chercheur au C.N.R.S (philosophie)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

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