ILLUSTRATION

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Les grands domaines de l'édition illustrée

Alors que l'époque romantique a forgé le langage de l'illustration, qui pouvait se prêter à toute la gamme de l'édition illustrée, mise à la mode par les éditeurs de pittoresques, la seconde moitié du siècle voit l'illustration se spécialiser sur ses terrains de prédilection, la presse, le livre populaire, le livre pour enfants.

La presse illustrée

Si, dans le livre, les genres illustratifs qui se sont dégagés dans les années 1840 se confirment, le journal suscite le croquis de presse et l'histoire en images. Vignette satirique légendée en une ligne, dans laquelle se spécialisent Cham, Nadar ou Hadol, le croquis de presse décoche d'un trait sa flèche et fait sourire le lecteur ; il réussit au mieux lorsqu'il est présenté en série pour la « revue » figurée de la semaine ou du mois. Dans cette mise en pages, où le dessin de presse apparaît en bandes qu'il faut lire de gauche à droite, il se rapproche de l'histoire en images, l'autre formule à succès de l'illustration de presse : celle-ci, inventée dans les années 1820 par le maître de pensionnat genevois Töpffer, a été popularisée en France dès la fondation de L'Illustration par l'entremise de l'un des directeurs du journal, son cousin Dubochet ; ce dernier faisait redessiner par Cham, en vue de la gravure sur bois, les croquis à la plume et à l'encre de Chine autographiés de Töpffer. L'éditeur Aubert lance bientôt sa collection d'albums Jabot, où les héros de Töpffer côtoient ceux du collégien Doré dont les premières œuvres sont des histoires en images. Et le genre fera fortune dans la presse illustrée de la seconde moitié du siècle, avec Willette pour Le Chat noir, par exemple, ou Christophe dans Le Petit Français illustré.

Victor Hugo

Photographie : Victor Hugo

Victor Hugo (1802-1885). Caricature réalisée lors de la première représentation d'Hernani (1830). 

Crédits : De Agostini/ Getty Images

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L'illustration populaire

L'édition illustrée populaire dite « à quatre sous », apparue en janvier 1848 chez l'éditeur Havard, connaît son apogée de 1851 à 1855, avant de disparaître dans les années 1860 à la fin de l'Empire autoritaire ; elle va exploiter ces nouvelles habitudes éditoriales associées à la pratique du réemploi ; en effet, au moment où le gouvernement renforce le contrôle du colportage (janvier 1852), où l'extension du réseau des chemins de fer suscite de nouveaux modes de lecture populaire, ont lieu de nombreuses cessions de fonds de gravures ou de nouvelles associations d'éditeurs. Elles sont dues à la crise de 1846 qui avait mis les éditeurs de pittoresques en difficulté, puis à l'exil politique qui frappe au sein de la profession les républicains comme Hetzel après le coup d'État du 2 décembre 1851. La plupart des nombreuses collections répertoriées par Claude Witkowski comportent des illustrations de réemploi, bien que certaines fassent appel à des illustrateurs de métier, comme Worms, Foulquier ou Beaucé ; la collection des Chefs-d'œuvre de l'illustration reprend les grands illustrés romantiques.

Ces éditions populaires, elles aussi publiées par livraisons, « à quatre sous », se rapprochent encore de la presse qui avait déjà suscité l'éclosion des livraisons romantiques à 50 centimes : la page y est subdivisée en colonnes, espace visuel familier au lecteur de journaux, comme l'est aussi le rectangle oblong dévolu au bloc typographique, au bas de la double page centrale illustrée de chaque livraison ; cet emplacement au « rez-de-chaussée » de la page évoque irrésistiblement le feuilleton de presse – tout le reste de la surface, les deux tiers de la page, étant dévolu aux deux grandes vignettes qui ornent la double page. Enfin, la « une » de chaque livraison, avec son bandeau d'en-tête toujours identique, ressemble à celle du journal. Seul le format change, car l'édition populaire préfère l'in-quarto à l'in-folio de la presse.

Dans cette mise en pages régulière, la présence de l'image rythme la lecture à des emplacements attendus, qui ne correspondent pas au point d'insertion du passage illustré, comme dans l'illustration romantique juxtalinéaire. La légende sert de renvoi, en spécifiant souvent à quelle page il faut aller lire le passage d'ancrage ; les effets d'anticipation ou de retard sont donc dictés par la mise en pages. La double page permet aux vignettes de décomposer d'une manière précinématographique un mouvement de scène, ou le déroulement d'un épisode. Foulquier évoque ainsi en deux vignettes le passage brusque de l'entente à la dispute amoureuse dans Marion Delorme. Mais il arrive aussi que l'image, annonçant la livraison suivante, use d'un effet de « suspense » inhérent au feuilleton et analogue à la formule « à suivre au prochain numéro ». La coupure du feuilleton avait été figurée par Grandville en 1846 au moyen d'une vignette horrifique, prémonitoire de ce type d'images ; c'est une tête coupée que brandit aux yeux du lecteur une main surgie on ne sait d'où... – l'un des multiples avatars de la célèbre vignette à la grimace de Quasimodo par Johannot (chapitre « Paturot feuilletoniste » du Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale par Louis Reybaud).

La formule du roman-journal, qui associe dans chaque livraison deux ou trois romans-feuilletons, apparaît en 1855 et se perpétue sous la IIIe République, avec, par exemple les Veillées des chaumières. À une présentation identique à celle des éditions à quatre sous s'ajoute l'image de la première page, qui ressemble à celle de la presse des faits divers, et qui est conçue pour séduire le public populaire ; elle renoue autant avec « l'accroche » paroxystique ou sentimentale de la vignette-frontispice qu'avec les scènes violentes gravées sur bois des « canards populaires » qui, vendus à la criée, perpétuent au xixe siècle la tradition des « occasionnels » représentant l'une des premières formes de la presse. Il en sera de même pour les couvertures illustrées des romans populaires, à la typographie dense et dénuée d'illustrations intérieures, qui alimentent les lectures populaires de la Belle Époque. Comme les feuilletons, qui ne sont pas illustrés non plus, ces romans sont lancés par de grandes affiches murales en couleurs, dues aux ateliers Chéret ou Lévy.

L'illustration pour l'enfant

« What is the use of a book without pictures ? », demande Alice qui s'endort sur un livre de texte avant d'entrer dans le plus extraordinaire des livres illustrés pour enfants... Comme le constate Alice, l'image est consubstantielle au livre pour enfants. L'Orbis sensualium Pictus (1658) du Tchèque Comenius, méthode d'apprentissage plurilingue de la lecture, prototype de l'abécédaire à figures, est considéré comme le premier livre d'images pour enfants : même s'il fut devancé par d'autres ouvrages, aucun n'a joué ce rôle fondateur et n'a inspiré autant de rééditions ou de variantes dans le monde occidental jusqu'au xixe siècle.

Le goût des enfants pour les images, l'importance du monde des sens dans l'éveil d'une jeune intelligence ont été reconnus par les pédagogues, alors que les livres de l'enfance n'étaient encore que des manuels, ou des titres adoptés [...]

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Les Souffrances du jeune Werther, Goethe

Les Souffrances du jeune Werther, Goethe
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Clarissa Harlowe

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Les Misérables, V. Hugo

Les Misérables, V. Hugo
Crédits : Géo Dupuis/ musée Victor Hugo, Paris/ AKG Images

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Vingt Mille Lieues sous les mers, J. Verne

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Écrit par :

  • : professeur des universités, membre de l'I.U.F., professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Paris-ouest Nanterre-La Défense
  • : doctorante en histoire de l'art à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Ségolène LE MEN, Constance MORÉTEAU, « ILLUSTRATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/illustration/