IHWĀN AL-ṢAFĀ' (Frères de la pureté)

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Un syncrétisme à fond néo-platonicien

La création des êtres spirituels. La chute

Il y eut d'abord une création purement spirituelle, hors temps et espace. Émanent successivement l'un de l'autre à partir de Dieu : l'Intellect universel (contenant comme en un point les archétypes de tous les êtres et événements de la future création matérielle), l'Âme universelle, la Matière première (en elle-même inerte et comme inexistante). La chute dans le monde matériel et la pénible remontée sont l'expiation d'une faute de l'Âme adamique : elle eût voulu connaître Dieu directement. Subissant grâce à l'influx de l'Intellect une longue éducation, l'âme se scinde d'abord en deux facultés, dont l'inférieure, ou « queue », est la Nature, qui va « descendre » jusqu'au centre du futur bas monde. À un moment donné, l'Âme dans son ensemble, épousant la Matière première, en fait le Corps du monde, doué des trois dimensions. Puis elle se différencie en d'innombrables facultés qui constitueront les âmes, incarnées ou non, de l'Univers et donneront au monde ses formes à l'image des archétypes. Ce furent d'abord les neuf sphères célestes et leurs astres : sphère extérieure (motrice), sphère des étoiles fixes et sphères des planètes. Avec la formation des êtres du bas monde, ou « monde des quatre éléments », va commencer l'épreuve de la remontée, le Retour des âmes à leur source.

Le Retour. Évolution et détermination astrale

La Nature est chargée de la formation des êtres d'ici-bas. Mais, noyée dans la matière, elle ne peut le faire à elle seule ; les astres (leurs âmes, facultés angéliques) lui transmettent dans leur influx les formes, que la Nature prend elle-même pour les donner à la matière par simple contact. Les facultés naturelles construisent leur propre corps, qui est donc leur matérialisation. D'autre part, la création matérielle, à laquelle l'Âme confère une harmonie numérique, s'effectue par évolution, car, en raison de sa grossièreté, la matière ne reçoit ses formes que successivement. Cette interminable évolution est cyclique et déterminée par la coordination des cycles astraux. Par accumulation des formes plus ou moins contradictoires et qui doivent réagir et aux astres et au monde extérieur, les êtres vont du simple au complexe : d'abord apparurent les quatre éléments, doués des quatre natures (chaud, froid, sec, humide ; première manifestation de vie), contradictoires mais harmonisées dans les éléments ; par leur combinaison apparurent les minéraux, doués en outre de la génération et de la corruption, et, à partir d'eux, les végétaux, doués de la nutrition et de la croissance, puis les animaux, doués de la sensation et du mouvement, et enfin l'homme, but de la création. Chez lui, la complexité de l'organisation des formes psychiques et de leurs contrastes est telle que l'âme devient « âme parlante » ou « logique ». Alors, à l'évolution physique des espèces va s'ajouter l'évolution psychique des hommes.

Évolution psychique et prophétie

Les astres conditionnent l'individu dès la conception. À la naissance, le corps est virtuellement formé, et le psychisme aussi, y compris la prédisposition à un métier ou même à une future activité de prophète. Ce conditionnement astral se poursuivra toute la vie. Mais dès que l'âme parlante se manifeste, à quatre ans, celle-ci est prise en charge par le prophète ou par l'imam qui, seul, avec ses missionnaires, peut assurer le salut des âmes humaines. Pour échapper à la prison de la matière et s'élever dans les sphères célestes, l'âme doit subir une longue épuration exigeant une préparation religieuse, morale et scientifique couronnée par la connaissance métaphysique et le dévoilement des réalités ésotériques. À partir de quatre ans, l'enfant acquiert les « données immédiates de la raison » et doit s'efforcer de franchir quatre échelons : 1o les quatre mille, « raison instinctive » ; connaissance pratique du monde extérieur ; 2o les quatre cents, « raison acquise » ; abstraction, démonstration, libre arbitre ; 3o les quarante « véridiques » ; maîtrise de la métaphysique ; réception de l'inspiration ; 4o les quatre abdāl, que le prophète ou l'imam a attirés jusqu'à lui. Ces quatre mille quatre cent quarante-quatre personnages symbolisent la partie terrestre de la Cité spirituelle sous l'égide de l'imam : les initiés de la secte (da‘wa). L'anticalife est à la tête d'une hiérarchie descendante et démoniaque. Le salut des âmes humaines exigera la réalisation de tous les archétypes et un temps considérable ; la prophétie est donc démultipliée. Il y a des cycles d'environ six mille sept cent vingt ans partagés en sept « millénaires » (de neuf cent soixante ans environ). Les six premiers sont inaugurés chacun par un prophète envoyé (Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet). À chacun est révélée une législation adaptée à l'époque et qui abroge la précédente. Le septième millénaire est inauguré par le Qā’im, qui préside au jugement et à la résurrection du cycle. Les âmes élues s'élèvent dans les sphères ; les méchants irrécupérables sont damnés ; les âmes bonnes mais ignorantes seront réincarnées une fois au cours du cycle suivant, ou de plusieurs. Il en sera ainsi jusqu'à la fin du monde, toutes les âmes élues étant alors revenues à l'Âme adamique, donc à l'Intellect et à l'Âme. Entre deux prophètes envoyés, il y a huit heptades d'imams, se divisant en deux cycles de quatre heptades. Celles-ci se partagent à leur tour en groupes de deux heptades : une heptade de renaissance et une d'apogée, où règnent les imams, puis une heptade de décadence et une de clandestinité, où règnent les méchants et les anticalifes. Le passage d'une double heptade à l'autre est déterminé par le prétendu passage de la conjonction de Saturne et de Jupiter d'une triplicité à une autre, tous les deux cent quarante ans (cent vingt ans par heptade environ).

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur honoraire des Universités

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Pour citer l’article

Yves MARQUET, « IHWĀN AL-ṢAFĀ' (Frères de la pureté) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ihwan-al-safa/