VAN DE VELDE HENRY (1863-1957)

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L'importance et la diversité de son œuvre construite, comme le nombre et la portée de ses écrits, placent Henry Van de Velde parmi les pères fondateurs du Mouvement moderne. Designer, relieur, architecte, il transmet également par l'enseignement son savoir et le résultat de sa quête de la beauté à travers l'élaboration d'un art total. Les principes en sont une conception rationnelle, sans ornement superflu, appliquée à la totalité de l'environnement, des plans des constructions jusqu'au moindre objet usuel.

La quête d'ornement rationnel

Né à Anvers en 1863, Henry Van de Velde est d'abord tenté par la musique, avant de se tourner vers la peinture. Il fréquente à Paris l'atelier de Carolus-Duran puis, à son retour en Belgique un an plus tard (1889), intègre le groupe des XX, mouvement artistique belge le plus important de l'époque, influencé par le néo-impressionnisme français. La découverte de l'œuvre de Georges Seurat sera décisive pour Van de Velde, bien que certains de ses travaux se rapprochent plutôt des œuvres du mouvement nabi (La Veillée d'anges, 1893, tapisserie conservée au Museum Bellerive, Zurich). Préoccupé par la laideur dont souffre selon lui la production artistique et artisanale de son temps, il entame à Anvers une longue carrière d'enseignant, avec un « cours d'histoire des métiers d'art et de dessin appliqué à la technique des différents métiers ». Van de Velde publie également son premier texte important, Déblaiement d'art, incantation qui ne cache pas sa dette envers John Ruskin : il y prône le retour à la morale et à l'unité des arts, qu'il met lui-même en pratique en s'adonnant au travail de la reliure, puis du mobilier et de l'architecture. Deux ans après la construction de l'hôtel Tassel par Victor Horta, Van de Velde édifie à Bruxelles, dans la commune d'Uccle, sa propre demeure, le « Bloemenwerf » (1864-1895), dont les formes et la sobriété témoignent davantage de son intérêt pour l'art anglais que d'un ralliement en bloc à l'Art nouveau. Pour la première fois, Van de Velde concrétise la synthèse des arts qu'il appelait de ses vœux, en concevant l'architecture extérieure et intérieure, ainsi que l'ensemble des meubles, selon un plan global, un design total. Dans le même temps, il ouvre à Ixelles un atelier de décoration intérieure et acquiert une réputation internationale en concevant des salles d'exposition, chez le marchand d'art Siegfried Bing à Paris (1895), ou à La Haye, pour la galerie Arts and Crafts (1898). Van de Velde simplifie et clarifie les courbes et les lignes de ses meubles, construits en édition limitée.

Sa recherche d'un « ornement rationnel » le conduit ensuite, sous l'impulsion du critique d'art allemand Julius Meier-Graefe, à Berlin puis à Weimar, où il réalise plusieurs aménagements importants tout en participant à l'exposition de la Sécession de Munich. L'aménagement intérieur du musée Folkwang à Hagen (1902) commandé par le banquier Karl-Ernst Osthaus compte parmi les exemples les plus remarquables de cette période féconde. Nommé conseiller près la cour de Saxe-Weimar, Van de Velde a la charge de relever le niveau artistique du grand-duché ; à travers un enseignement théorique et pratique doublé d'un contrôle de la qualité des œuvres, son action vise à réconcilier art et industrie dans un esprit qui annonce le Bauhaus. Parmi la quinzaine de villas qu'il construit ou aménage entre 1900 et 1914, la maison Leuring à Scheveningen (1901-1904) marque le passage de Van de Velde de l'Art nouveau à des compositions plus géométriques (villa H. Esche à Chemnitz, 1902-1911) ; en revanche, le plan centré demeure son dispositif privilégié. Cette nouvelle manière est encore perceptible dans les deux écoles fondées et construites par Van de Velde à Weimar, la Kunstschule et la Kunstgewerbeschule, l'école des arts et métiers (1904-1911) dont il assure la direction jusqu'à sa démission en faveur de Walter Gropius en 1915, et dans la façade du Nietzsche Archiv (1903). Ses projets de musées pour Weimar témoignent dans le même temps de son goût pour la mise en scène des œuvres d'art, ce qui n'empêche pas un patient travail axé sur la façade, qu'il traite [...]

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Pour citer l’article

Simon TEXIER, « VAN DE VELDE HENRY - (1863-1957) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-van-de-velde/