COWELL HENRY DIXON (1897-1965)

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Compositeur, théoricien et explorateur inlassable de l'univers des sons, Henry Cowell est l'une des personnalités les plus marquantes de la musique américaine du xxe siècle, aux côtés de Carl Ruggles (1876-1971), de George Antheil (1900-1959) et de Harry Partch (1901-1976), protagonistes de la première avant-garde américaine, avec lesquels il partage l'éclectisme de la pensée, la réflexion expérimentale et la puissance novatrice. S'affranchissant dès son plus jeune âge de la tradition occidentale, osant, un des premiers, une synthèse entre celle-ci et les musiques extra-européennes, Cowell a manifesté une liberté totale à l'égard de la composition : en s'intéressant au son en lui-même, il a ouvert la voie aux musiques expérimentales. Son parcours compositionnel est en effet tout à fait original. Très vite, dès ses premières créations des années 1910, il flirte avec l'atonalité – sans avoir connaissance de ce qui s'est accompli en Europe dans ce domaine – et met au point les clusters pianistiques. Vierge de toute tradition, Cowell pratique dès les années 1920 la dissonance diatonique la plus agressive, alors que de nombreux compositeurs européens sont encore marqués par l'héritage du postromantisme ou du néo-classicisme. Avant John Cage – dont il sera un des professeurs –, il expérimente le « piano préparé ». Les quatuors à cordes Mosaic (1935) ou United (1936), qui font scandales en leur temps, innovent dans bien des domaines : on y trouve de nombreux effets nouveaux et insolites, comme des glissandos (une vingtaine d'années avant Iannis Xenakis ou Karlheinz Stockhausen) ou des superpositions rythmiques d'une très grande complexité, notamment dans la valse à 5/8 de Mosaic ; de plus, avec ses « réservoirs de musique » dans lesquels les interprètes puisent à leur guise, ce dernier quatuor anticipe les musiques aléatoires.

Novateur et provocateur

Henry Dixon Cowell naît le 11 mars 1897 à Menlo Park, près de San Francisco (Californie). Enfant d'une étonnante précocité, il commence à apprendre le violon dès l'âge de cinq ans. Ses parents divorcent en 1903. Après le tremblement de terre de San Francisco, en 1906, il suit sa mère dans l'Iowa, à New York et dans le Kansas ; tous deux regagnent Menlo Park vers 1910. Cowell se souviendra de ces pérégrinations dans Old American Country Set (1939). Ses premiers essais de composition datent de 1907 mais c'est dans ses pièces pour piano Adventures in Harmony (1913) et The Tides of Manaunaun (datant probablement de 1917) qu'il introduit pour la première fois une nouvelle technique de jeu appelée à une grande notoriété, celle des tone clusters, ou plus simplement clusters, groupes de notes émises simultanément, dénuées de toute fonction harmonique et qui, transcendant la notion d'accord – par le nombre des intervalles mis en œuvre –, font naître le concept d'agrégat sonore : l'interprète utilise le poing, le plat de la main ou encore l'avant-bras pour produire un son formé par des notes adjacentes, chromatiques ou diatoniques.

À l'automne de 1914, Cowell entre à l'université de Californie à Berkeley, où il va se perfectionner en harmonie, contrepoint, composition et orchestration. Il s'initie aux nouveaux courants musicaux grâce aux cours dispensés par le compositeur et ethnomusicologue Charles Seeger. Devenu un pianiste confirmé, il entreprend de nombreuses tournées en Europe après la Première Guerre mondiale ; il sera même, en mai 1929, le premier compositeur américain à être invité en Union soviétique. Esprit d'une curiosité insatiable, il étudie également des actions directes sur les cordes à l'intérieur même du piano, exigeant de l'exécutant qu'il pince, effleure ou frappe les cordes directement (The Aeolian Harp, vers 1923 ; Piece for Piano with Strings, 1924 ; The Banshee, 1925 ; Sinister Resonance, 1930). Il ouvre ainsi la voie à de nombreux compositeurs, de John Cage et ses pianos préparés à Karlheinz Stockhausen (Klavierstück X) en passant par Alain Louvier (Études pour agresseurs) ou Horatiu Radulescu et ses « sound icons » (pianos à queue couchés sur le côté et dont les cordes sont excitées par des archets ou des pièces métalliques).

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Écrit par :

  • : compositeur, critique, musicologue, producteur de radio
  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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Pour citer l’article

Alain FÉRON, Juliette GARRIGUES, « COWELL HENRY DIXON - (1897-1965) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-dixon-cowell/