Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

SCHÜTZ HEINRICH (1585-1672)

  • Article mis en ligne le
  • Modifié le
  • Écrit par

Heinrich Schütz, « père de la musique allemande », premier grand musicien protestant, vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-sept ans. Sa vie mouvementée a été jalonnée par de nombreux déplacements : voyages d'étude en Italie, séjours à Copenhague pendant les affres et les désastres de l'interminable guerre de Trente Ans (1618-1648). Il fut maître de chapelle à la cour de Saxe (Hofkapellmeister) et non pas cantor rattaché à une église et à une école, comme Jean-Sébastien Bach. Son œuvre se situe dans le prolongement de la Réforme et dans le sillage de l'humanisme, tout en appartenant déjà à la civilisation baroque. Schütz a composé sa vie durant, en exploitant tous les moyens mis à sa disposition. Son œuvre, dont plus d'un tiers semble perdu, est essentiellement religieuse ; elle repose sur des textes bibliques et des hymnes en latin et en allemand, et sur des paraphrases de Martin Luther, entre autres. Le premier des « trois S » de la musique allemande – à côté de Johann Hermann Schein (1586-1630) et de Samuel Scheidt (1587-1654) – se situe à mi-chemin entre tradition et modernité ; il est à la fois un homme du xvie siècle et une figure très marquante du xviie siècle ; il a été qualifié, à juste titre, de sui saeculi musicus excellentissimus.

Une longue vie au service de la musique

De Köstritz à Venise et Kassel (1585-1613)

Heinrich Schütz (Henricus Sagittarius, de son nom latinisé) naît le 14 octobre 1585 (selon Otto Brodde) à Köstritz, près de Gera (entre la Thuringe et la Saxe). En 1591, la famille s'installe à Weissenfels, où son père possède une auberge à l'enseigne « Zum Schützen ». Il apprend les premiers éléments de musique auprès du cantor Georg Weber et de l'organiste Heinrich Colander ; il devient rapidement soliste du chœur de garçons. En 1598, le landgrave Maurice de Hesse est frappé par sa belle voix et lui propose d'assurer son instruction à Kassel. Il suit des cours de musique, de mathématiques, de théologie, de grec, de latin et de français au Collegium Mauritianum ; il est aussi chanteur et instrumentiste et participe aux festivités de la cour ; il bénéficie d'une excellente éducation humaniste. En 1608, il entreprend des études de droit à Marbourg. L'année suivante, son protecteur lui accorde une bourse de séjour à Venise, où Giovanni Gabrieli lui enseigne, dès 1609, le contrepoint vocal et instrumental. Il est tenté par la musique profane et par le madrigal. Son opus 1, Il Primo Libro di Madrigali, paru en 1611, est déjà un chef-d'œuvre. En 1613, il revient à Weissenfels, puis reprend ses études de droit à Leipzig, où il rencontre Johann Hermann Schein, cantor de Saint-Thomas. Il accepte le poste de second organiste à Kassel et il est également chargé de l'éducation des enfants du landgrave. Il voyage et se produit à la cour du prince électeur de Saxe qui l'engage à Dresde, en 1614, comme maître de chapelle.

Dresde et Venise (1613-1628)

À trente-deux ans, Schütz est à la tête de la plus importante chapelle luthérienne d'Allemagne. En 1619, il s'est déjà affirmé avec ses Psalmen Davids. La guerre s'est déclarée en 1618. Il se marie, compose en 1623 son Auferstehungshistorie, suivie, en 1625, de ses Cantiones sacrae et, en 1627, de la tragi-comédie Dafne sur le texte de Martin Opitz, d'après la version d'Ottavio Rinuccini. En 1628-1629, il séjourne pour la seconde fois à Venise, où l'atmosphère s'est modifiée ; la tragédie lyrique – dans le sillage de Monteverdi – est à l'honneur. Il y poursuit ses recherches, qui se concrétisent dans les Symphoniae sacrae I (1629).

Les voyages à Dresde et au Danemark (1630-1672)

Schütz retourne à Dresde en 1630. Malgré les rivalités et les difficultés dues à la guerre, il s'efforce d'y maintenir une vie musicale. En 1633,[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : professeur à l'université de Paris-Sorbonne, professeur à l'Institut catholique de Paris, docteur ès lettres et sciences humaines

Classification

Pour citer cet article

Edith WEBER. SCHÜTZ HEINRICH (1585-1672) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 21/03/2024

Média

Heinrich Schütz : œuvres - crédits : Encyclopædia Universalis France

Heinrich Schütz : œuvres

Autres références

  • MUSICALISCHE EXEQUIEN (H. Schütz)

    • Écrit par
    • 273 mots
    • 1 média

    Plus que Praetorius ou que ses quasi-contemporains Schein et Scheidt, Heinrich Schütz est le véritable père de la musique allemande. Situé au confluent du motet polyphonique flamand et de l'expressivité nouvelle du madrigal italien, il constitue le trait d'union fondamental qui relie l'austérité...

  • GABRIELI ANDREA (1533 env.-1586) & GIOVANNI (1555 env.-1612)

    • Écrit par
    • 2 395 mots
    ...cuivres et cordes, ces effets d'écho dont il tira un si puissant dynamisme. Cette alliance entre la polyphonie vocale et l'orchestre se perpétuera, avec Heinrich Schütz (1585-1672) notamment, avant de passer dans l'opéra et de s'organiser ensuite pour aboutir à la sonate et à la symphonie ; sans oublier...
  • KURTÁG GYÖRGY (1926- )

    • Écrit par
    • 1 043 mots

    Compositeur et pianiste hongrois d'origine roumaine (il naît à Lugós, aujourd'hui Lugoj, en Roumanie, le 19 février 1926), György Kurtág commence à travailler la musique sous l'égide de sa mère. Il poursuit ses études musicales à Timişoara avec Magda Kardos (piano) et Max Eisikovits...

  • ORATORIO

    • Écrit par
    • 2 585 mots
    • 1 média
    ...directement inspiré par l'oratorio italien, un développement original du genre eut lieu en Allemagne à partir des Sieben Worte J. C. am Kreuz (1645) de H.  Schütz (1585-1672), d'abord par ses propres « histoires sacrées » (Auferstehungshistoria), puis par celles de J. Rosenmüller (v. 1620-1684),...
  • PASSION, genre musical

    • Écrit par
    • 1 052 mots

    Au Moyen Âge, à l'exception des drames sacrés représentés dans les églises, puis sur les parvis, il n'y a point de « Passion », du moins en tant que forme musicale spécifique indépendante de la liturgie.

    L'usage s'est établi dès le ive siècle de réciter la Passion...