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GABRIELI ANDREA (1533 env.-1586) & GIOVANNI (1555 env.-1612)

Le rapprochement des arts franco-flamand et italien, qui s'étaient jusqu'alors développés parallèlement, constitue le grand événement musical du xvie siècle, puisque ses conséquences sur l'évolution de la musique européenne sont essentielles. Il s'accomplit en Italie ; les deux principaux centres créateurs furent d'une part Rome, où la présence du pape favorisa naturellement le développement de la musique religieuse (Palestrina en est le plus illustre représentant), d'autre part Venise, où prit naissance une école de polyphonie vocale et instrumentale qui influencera de façon déterminante la musique lyrique et symphonique du siècle suivant. Dominée par la basilique Saint-Marc, point de rencontre de la vie religieuse et politique de la Sérénissime République, la cité des Doges connaissait alors une gloire à l'illustration de laquelle tous ses artistes, et en premier lieu les peintres et les musiciens, contribuèrent avec éclat. La musique et la peinture évoluaient dans le même sens et, au plaisir des yeux, devaient progressivement ajouter un pouvoir d'émotion grandissant.

Les sommets de l'art vénitien furent aussi bien atteints alors par Titien, Tintoret, Véronèse que par leurs contemporains Andrea et Giovanni Gabrieli. Alors que ceux-là embellissaient les palais et les églises de tableaux magistraux, ceux-ci écrivaient, surtout pour les nombreuses fêtes qui témoignaient du faste de la vie de ce temps, une musique grandiose qui, véritable décor sonore, répondait aux mêmes caractéristiques de couleurs et de mouvement, typiques de l'art et du style de la lagune dont elle reflète l'incomparable lumière.

Un maître flamand

Adrian Willaert (1490 env.-1562), quittant la Flandre, son pays d'origine, séjourna à Paris où il fut l'élève de Jean Mouton, disciple de Josquin Des Prés, à Bologne, Rome, Ferrare, Milan, avant de s'installer à Venise où il occupa durant trente ans le poste de maître de chapelle de Saint-Marc. La musique régnait en souveraine dans la basilique où l'on chantait déjà en alternant les chœurs. Willaert adopta cet usage dont il profita pour enrichir l'écriture à double chœur, faisant accompagner les voix par l'orgue et des instruments tels que luths, violes ou cornets. Cette disposition en masses sonores allait devenir la forme nouvelle du chant antiphonique et la spécialité de l'école vénitienne dont il est considéré comme le fondateur. Parmi les grands artistes qui fréquentèrent son école de chant, Andrea Gabrieli fut son disciple le plus glorieux.

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • GABRIELI (G.) - (repères chronologiques)

    • Écrit par Juliette GARRIGUES
    • 403 mots

    Entre 1554 et 1557 Naissance de Giovanni Gabrieli, probablement à Venise ; il est le neveu d'Andrea Gabrieli.

    1575-1579 ou 1580 Giovanni Gabrieli séjourne à la cour du duc de Bavière Albrecht V, à Munich, où il étudie auprès de Roland de Lassus.

    1585 Giovanni Gabrieli succède à Vincenzo...

  • SACRAE SYMPHONIAE (G. Gabrieli)

    • Écrit par Juliette GARRIGUES
    • 240 mots

    La publication, en 1597, des Sacrae Symphoniae de Giovanni Gabrieli constitue une étape capitale dans l'histoire de la musique. Ce recueil de 62 pièces pour chœurs et ensembles instrumentaux marque en effet un profond bouleversement : le passage du monde ancien de la polyphonie a cappella...

  • ARCHITECTURE & MUSIQUE

    • Écrit par Daniel CHARLES
    • 7 426 mots
    • 1 média
    ...Adrien Willaert doit d'avoir eu l'idée – en écho au répons grégorien – de situer deux chœurs opposés (cori spezzati). On connaît la suite : Andrea et Giovanni Gabrieli ajoutent, dans les années 1580, des instruments à ces « chœurs alternés » ; l'introduction d'un deuxième orgue permet à l'oncle et au...
  • CLAVECIN

    • Écrit par Josiane BRAN-RICCI, Robert VEYRON-LACROIX
    • 4 766 mots
    • 4 médias
    En Italie, les deux Gabrieli, Andrea et Giovanni, l'oncle et le neveu, sont, sous l'impulsion du Flamand Willaert, spécialiste du madrigal, les chefs de l'école vénitienne du xvie siècle. C'est surtout le second, Giovanni (1557-1612), qui se distingua. Ses œuvres religieuses et instrumentales...
  • CONCERTO

    • Écrit par Ida GOTKOVSKY
    • 1 179 mots
    ...musiciens ont quelquefois désigné sous le nom de concerto des œuvres assez éloignées de ce que nous entendons aujourd'hui par ce mot. Vers 1580, le Vénitien Giovanni Gabrieli nomme concerto des œuvres vocales avec accompagnement d'orgue ou d'orchestre, et Jean-Sébastien Bach, qui appelait volontiers...
  • HASSLER HANS LEO (1564-1612)

    • Écrit par Marc VIGNAL
    • 413 mots

    Né à Nuremberg, Hassler fut le premier grand musicien de son pays à se former en Italie. Après avoir grandi dans la tradition de Lassus, que représente à Nuremberg Leonhardt Lechner, il se rend en 1584 à Venise et y approfondit ses connaissances auprès d'Andrea Gabrieli tout en se...

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Voir aussi