MEYER HANNES (1889-1954)

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Le travail et le nom de Hannes Meyer ont été longtemps proscrits des histoires de l'architecture moderne. Même Walter Gropius, qui l'avait pourtant désigné comme son successeur au Bauhaus, le traite d'opportuniste et d'épigone. Tant d'aversion et de dépit ne sont pas sans raisons. En Hannes Meyer « quelque chose », qui le singularise, gêne, a gêné, gênera : il est, en effet, pendant les années 1930, l'un des seuls architectes à vouloir penser l'architecture et l'urbanisme en termes marxistes (pour cette raison, il ira travailler en U.R.S.S. — quitte à en revenir déçu — tout comme Ernst May, André Lurçat et Hans Schmidt). Cette prise de position théorique, cette réflexion est, en effet, exemplaire, malgré ses errances, à un moment où la plupart des collaborateurs de Meyer sombraient dans un idéalisme formaliste des plus suspects.

Né à Bâle d'un père architecte (les Meyer sont architectes de père en fils depuis le xviie siècle), Hannes Meyer fait des études techniques dans cette ville puis se rend à Berlin pour suivre les cours de l'École d'arts appliqués. Il s'intéresse très tôt aux questions sociales et politiques que l'architecte ne peut pas ne pas rencontrer ; ainsi, il suit des cours du soir à l'Académie agricole sur la réforme agraire et l'économie. En 1912-1913, il se rend en Angleterre où il étudie l'urbanisme à Bath (ville dont les habitations en bandes continues, les célèbres crescents, constituent au xviiie siècle l'un des exemples précurseurs les plus accomplis d'une planification moderne) et prend contact avec le mouvement des cités-jardins de Ebenezer Howard ainsi qu'avec les organisations coopératives de Londres et de Buckingham. En rentrant en Suisse en 1914, il jouera un rôle important dans le mouvement coopératif qui lui commandera, en 1919, les logements de Freidorf, communauté groupant cent cinquante familles. Hannes Meyer allait passer du coopératisme au marxisme : le mouvement coopératif (introduit par Robert Owen en Angleterre au début du xixe siècle) aura été la première tentative de contestation de l'économie libérale, et certains y voient la seule expérience socialiste qui ait réussi. Cependant, la critique faite par Marx et par Lassalle de ce système allait convaincre Meyer de son insuffisance : les coopératives ne sont pas dangereuses pour les classes dirigeantes puisqu'elles atténuent la lutte des classes en permettant aux petites industries et aux petits commerces de survivre, elles ne pourraient être révolutionnaires qu'à devenir de coopératives de consommation des coopératives de production. Après avoir achevé la construction en nid d'abeilles des logements de Freidorf, Meyer voyage en Europe où il prend contact avec les architectes et les mouvements qui représentent l'architecture moderne (Le Corbusier, l'Esprit nouveau, le Stijl, Mart Stam, les architectures belge et scandinave). De retour à Bâle, il participe à la revue internationale ABC. Beiträge zum Bauen, éditée par H. Schmidt, et fait son autocritique : les constructions de Freidorf n'étaient qu'un « compromis absolu », d'autant plus que l'argument de la standardisation y avait perdu tout intérêt économique (le travail ayant été confié à de petites industries, rien n'y avait été produit en grand nombre). Si les bâtiments de Freidorf ne présentent pas en eux-mêmes les caractéristiques de la modernité architecturale (qui serait, sans doute, celle du style international qui règne alors), le projet pour la Peterschule de Bâle (1926), en collaboration avec Hans Wittwer, doit avoir vivement intéressé Gropius qui nomme Meyer à la tête du département d'architecture du Bauhaus en 1927, puis directeur en 1928. Meyer, dès le début de son enseignement, semble avoir été assez critique envers le formalisme du Bauhaus, l'idéalisme de Kandinsky ou de Muche pour que Gropius sache qui il désigne comme remplaçant ; aussi est-il assez injuste de le voir plus tard se récrier et accuser Meyer d'insincérité.

L'on imagine cependant facilement les réactions que certains propos de Meyer devaient entraîner : « Tout art est composition, et par conséquent antifonctionnel. Tout [...]

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Yve-Alain BOIS, « MEYER HANNES - (1889-1954) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hannes-meyer/