GROTIUS HUGO DE GROOT dit (1583-1645)

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L'influence de Grotius sur la théorie du droit et de l'État en général et sur celle du droit international en particulier a été et demeure considérable. Elle a parfois un peu éclipsé celle de ses prédécesseurs, auxquels il rend cependant hommage tout au long de ses travaux.

L'ampleur de son œuvre, le remarquable appareil de ses références aux auteurs grecs ou romains et aux théologiens qu'il utilise à l'appui de ses thèses, l'essor remarquable qu'il donne, au xviie siècle, à la doctrine du droit naturel et la relative résurgence de celle-ci au xxe placent l'auteur du Droit de la guerre et de la paix au tout premier rang des penseurs de la science juridique et de la philosophie de l'État.

Avocat protestant hollandais, érudit et quelque peu aventurier, Grotius a mené une existence mondaine et agitée. Conseillant notamment la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, il donna un certain nombre de consultations qui, une fois publiées, constituèrent de véritables traités de doctrine et recueils de droit positif, en matière de droit international. N'hésitant pas à prendre fait et cause dans les querelles qui divisaient la Hollande de l'époque, il connut la prison politique et un exil studieux au cours duquel il analysa, de façon plus approfondie qu'on ne l'avait fait auparavant, les concepts juridiques et la méthodologie du droit. Il forgea une théorie de l'État et de la puissance civile dont il a présenté avec minutie et avec beaucoup de vigueur intellectuelle les articulations internes et internationales.

L'existence tourmentée d'un humaniste homme d'État

Né le jour de Pâques 1583, à Delft, de Jan de Groot, mathématicien et membre du magistrat de la ville, et d'Alida van Overschie, Hugo de Groot, dit Grotius, s'affirme dès ses premières années comme un enfant prodige. À huit ans, il compose ses premiers vers latins. À l'âge de onze ans, le 3 août 1594, il est immatriculé à l'université de Leyde, sous le rectorat de son oncle, Cornelis de Groot, professeur de droit et de philosophie. Au printemps de 1598, le jeune Hugo accompagne Justin de Nassau et Oldenbarnevelt dans leur ambassade auprès de Henri IV. À Angers, il est reçu par le roi, qui l'appelle le « miracle de Hollande ». À la suite de cette entrevue, Henri IV fait offrir au jeune homme, le 14 mai, à Paris, un médaillon à son effigie, suspendu à une chaîne en or. Quelques jours auparavant, le 5 mai, Grotius avait été promu, à l'université de droit d'Orléans (ainsi que le furent avant lui dans cette même université tant de ses compatriotes), docteur in utroque jure.

Grotius

Photographie : Grotius

L'inspiration originaire du premier code de droit international public que l'on doit à Grotius, le «père du droit des gens», se retrouve dans la Charte des Nations unies qui, comme son traité sur Le Droit de la guerre et de la paix (1625), est placée sous le signe de la normativité... 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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En 1599, il publie à Leyde son premier ouvrage philologique : une édition annotée du Satyricon (recueil encyclopédique en vers et en prose très apprécié au Moyen Âge) de l'écrivain latin de la fin du ive siècle, Martianus Capella. Établi depuis le 15 décembre 1599 avocat à La Haye, Grotius est chargé, en novembre 1601, par les États de Hollande et de Westfrise, de rédiger une histoire de la rébellion des Pays-Bas contre l'Espagne. L'ouvrage, écrit entre 1601 et 1612, ne sera publié qu'en 1657, à Amsterdam, sous le titre, inspiré de l'œuvre de Tacite, de Annales et historiae de rebus belgicis (trad. franç., 1662 ; angl., 1665 ; néerl., 1681). À la requête de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, désireuse d'établir juridiquement son droit de capture sur les navires ennemis, Grotius compose, entre 1604 et 1606, le De jure praedae (Le droit de prise). Ce travail devait rester inédit jusqu'en 1868, à l'exception toutefois du chapitre xii, édité en 1609 (pendant les négociations de paix entre la république des Provinces-Unies et l'Espagne, et afin de défendre le droit des Hollandais de commercer librement aux Indes), sous le titre Mare liberum.

Nommé en décembre 1607 « avocat général du fisc » près la cour de Hollande, Grotius épouse en 1608 la fille du bourgmestre de Veere en Zélande, Maria van Reigersberch. En avril et mai 1613, il participe comme conseiller juridique à la conférence tenue à Londres entre les compagnies des Indes orientales anglaise et hollandaise. Il est encore le porte-parole de la délégation hollandaise à la seconde conférence, qui se tient à Londres deux ans plus tard. Lors de la première conférence, Grotius doit s'acquitter d'une mission officieuse des plus délicates auprès de Jacques Ier d'Angleterre. Ce « roi théologien », qui se pose en défenseur de l'orthodoxie réformée, est intervenu en 1611, lors de la nomination à l'université de Leyde du théologien Conrad Vostius, accusé de socinianisme, en faveur du parti contre-remontrant (ou gomariste), hostile à Oldenbarnevelt. Il incombe au fidèle collaborateur de ce dernier qu'est Grotius d'éclairer le roi sur la politique ecclésiastique des États de Hollande et de vaincre ses préventions. Il semble que la démarche de Grotius ait porté, au moins temporairement, quelque fruit. Cependant, dans une lettre inédite (Bibl. nat., Paris) au président français J. A. de Thou, Isaac Casaubon, bibliothécaire de Jacques Ier, évoquant, à la date du 5 septembre 1613, sa rencontre avec Grotius, émet le vœu que celui-ci se tienne à l'écart des controverses religieuses, s'il ne veut pas « risquer le naufrage » : Alioquin molestissimos experietur casus et naufragii periculum. Avertissement prophétique. Nommé dès son retour d'Angleterre, en juin 1613, « pensionnaire » (fonctionnaire principal et secrétaire) de Rotterdam, et siégeant en cette qualité, comme porte-parole de sa ville, aux États de Hollande, Grotius prend une part déterminante, aux côtés d'Oldenbarnevelt, « maître » des États de Hollande, au conflit politico-religieux opposant, sur le plan théologique ou ecclésiastique, les arminiens (ou remontrants) et les gomaristes et, sur le plan politique et, dans une certaine mesure, social, les partisans d'Oldenbarnevelt et tous les opposants au pensionnaire de Hollande, groupés finalement autour de Maurice de Nassau ; conflit qui débouchera sur la tragédie de mai 1619.

Parant aux attaques du théologien S. Lubbertus, de l'université de Franeker, Grotius publie, en octobre 1613, la Piété des États de Hollande (Ordinum Hollandiae pietas ab calumniis vindicata). Il est encore l'auteur du projet du décret promulgué en 1614 par les États de Hollande pour la paix des Églises, c'est-à-dire pour la réconciliation entre remontrants et contre-remontrants (Decretum illustrium ac potentum ordinum Hollandiae et Westfrisiae pro pace ecclesiarum). Ce décret devait stimuler l'hostilité de plus en plus vive des contre-remontrants. Emporté dans un mouvement irréversible, Oldenbarnevelt perd un à un ses atouts. Le ralliement, en 1617, de Maurice d [...]

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Écrit par :

  • : professeur de droit international à l'université de Paris-II-Panthéon-Assas
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

Mario BETTATI, Paul DIBON, « GROTIUS HUGO DE GROOT dit (1583-1645) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grotius/