GROTIUS HUGO DE GROOT dit (1583-1645)

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L'archétype du citoyen de la « Respublica literaria et christiana »

La Bibliographie des écrits imprimés de Hugo Grotius (La Haye, 1950), dressée par J. ter Meulen et P. J. J. Diermanse, témoigne de l'ampleur et de la diversité de l'œuvre de Grotius. On ne manque pas d'être frappé de l'étonnante activité intellectuelle que déploya Grotius tout au long d'une existence tourmentée. Avocat à La Haye, homme d'État, dans sa prison de Loevenstein, à Paris, tant au milieu des difficultés matérielles des dix premières années que pendant le temps de son ambassade, il ne cesse d'œuvrer et de publier. Suivant l'expression de J. Moreau-Reibel, le trait dominant de « ce grand humaniste [fut] une volonté œcuménique d'enquête qui ne lui laissa aucun répit ». La tradition a surtout retenu en lui le juriste, l'auteur du De jure pacis et belli (1625), qui marque la date de naissance du droit international public, en oubliant d'ailleurs quelque peu sa remarquable Introduction au droit hollandais (Inleiding tot de Hollantsche Rechts-geleertheyt), composée en prison et publiée en 1631. Or, l'œuvre théologique de Grotius n'est pas moins importante que son œuvre juridique. Elle a été recueillie en trois tomes in-quarto, publiés à Amsterdam en 1679 sous le titre Opera omnia theologica. Elle comporte, outre ses fameuses Annotationes sur l'Ancien et le Nouveau Testament, le De veritate religionis christianae (1627) – qui eut des éditions et traductions multiples, aussi bien française qu'allemande, anglaise, danoise, suédoise, hongroise et arabe –, et nombre de traités ou écrits polémiques. Enfin, on ne saurait oublier que, pour l'humaniste Grotius, la philologie est mère nourricière aussi bien de la théologie que du droit et de la jurisprudence. L'édition qu'il procure, à seize ans, de Martianus Capella devait ouvrir la voie à une série, égrenée tout au long de son existence, d'éditions, annotations et traductions de classiques (entre autres, une traduction latine des Phoenissae d'Euripide et des notes sur Tacite). Il est aussi le poète de tragédies bibliques, tel l'Adamus exul (1601), dont se serait inspiré Milton et qui servit de modèle à Vondel pour son Adam en exil (Adam in ballingschap, 1664). On ne peut passer sous silence qu'il fut aussi le traducteur et le collaborateur du mathématicien néerlandais Simon Stevin. De ce dernier, il traduisit en latin (1599) le Havenvinding (l'Art de trouver les ports) ; il collabora encore au texte latin des œuvres mathématiques de Stevin (Hypomnemata mathematica, 1608). Un autre aspect trop longtemps méconnu de l'œuvre de Grotius est sa correspondance. Parmi les recueils de lettres, exclusivement ou en grande partie de Grotius, publiés au xviiie siècle, on retiendra les Epistolae ad Gallos, dont la première édition (Leyde, 1648) contenait cent quatre-vingt-neuf lettres adressées à des correspondants français, et la grande édition de ses lettres latines, publiée à Amsterdam en 1687. L'édition en cours de publication à La Haye de la Correspondance de Grotius (Briefwisseling van Hugo Grotius) restitue avec toute l'exhaustivité possible une source historique d'une richesse incomparable qui permettra de mieux pénétrer le sens de l'œuvre de Grotius, de la saisir dans sa vivante unité.

Grotius est profondément enraciné dans la tradition hollandaise. Il appartient, avec Gerardus Joh. Vossius, son ami indéfectible, avec Daniel Heinsius, à cette étonnante génération d'alumni de la jeune université de Leyde, qui eut, entre autres maîtres, dans les années 1595-1600, Scaliger et François du Jon. C'est cette génération qui fournit au siècle d'Or des Provinces-Unies ses grands humanistes, lesquels furent aussi les gloires les moins contestées de l'Europe savante, de la Respublica literaria et christiana. Grotius apparaît bien comme l'archétype du citoyen de cette république des lettres qui ignorait encore le cloisonnement des disciplines intellectuelles et aspirait à une sagesse d'action. Aussi bien, toute son œuvre – qu'elle soit juridique, historique, théologique ou philologique – n'est-elle pas née de la praxis et n'a-t-elle pas été écrite également en vue de la praxis. Dans une ode latine composée en 1594 en l'honneur de Hugo de Groot, qui venait de s'inscrire à l'universit [...]

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Écrit par :

  • : professeur de droit international à l'université de Paris-II-Panthéon-Assas
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

Mario BETTATI, Paul DIBON, « GROTIUS HUGO DE GROOT dit (1583-1645) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grotius/