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GRAMMAIRES (HISTOIRE DES) Les grammairiens grecs

Le son, le signe, le sens

L'antiquité de cette thèse centrale n'implique évidemment pas que la grammaire ait été aussi élaborée à l'époque de Platon qu'à celle d'Apollonius. Autant qu'on puisse l'entrevoir dans les textes de Platon et d'Aristote, il paraît assuré que la théorie phonétique, considérée comme relevant de la compétence des métriciens, avait déjà atteint un haut degré de précision au ive siècle avant J.-C. Ainsi Platon connaît bien, outre la distinction voyelles-consonnes, certaines différences qualitatives entre les consonnes (« muettes » et « sonores » : Cratyle, 424 c, Théètète, 203 b) et Aristote, qui fait dans la Poétique (chap. xx, 1456 b, 22-33) un exposé bref, mais remarquablement dense et précis, de phonétique articulatoire, témoigne directement de l'avancement de la réflexion dans ce domaine.

Le même chapitre xx de la Poétique met encore en évidence deux données capitales pour l'histoire de la grammaire. La première est la distinction, dans la langue, entre entités phoniques signifiantes et non signifiantes (phônai sèmantikai versus asèmoi) – le tableau qu'il dresse des parties de l'expression (merè lexeôs) mettant en évidence comment, en passant par degrés du plus simple, le son élémentaire (nous dirions le phonème), au plus complexe, l'énoncé (logos), on va du non-signifiant au signifiant. Cette distinction, qui annonce de loin la « double articulation » de Martinet, coupe court en principe à la spéculation sur le caractère mimétique du langage : dire que les sons élémentaires, les syllabes, n'ont pas de sens par eux-mêmes, c'est impliquer qu'ils n'ont pas de rapport naturel avec les choses et donc que les mots qu'ils composent ont un caractère conventionnel. Même si cette thèse d'Aristote, affirmée sans ambages au début du De interpretatione (16 a, 20), n'a pas convaincu tout le monde – les stoïciens en particulier la remettront en cause –, il n'est pas douteux que le Stagirite ait apporté là une contribution décisive à la réflexion sur la question qui est devenue, depuis Saussure, celle de l'« arbitraire » du signe.

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Écrit par

  • : maître assistant à l'École normale supérieure

Classification

Pour citer cet article

Jean LALLOT. GRAMMAIRES (HISTOIRE DES) - Les grammairiens grecs [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ARABE (MONDE) - Langue

    • Écrit par David COHEN
    • 9 385 mots
    • 3 médias
    ...c'est-à-dire qu'il en fût tiré un corps de règles, une claire description d'un usage devenu coercitif. La tradition impute l'initiative de la constitution d'une grammaire au calife ‘Alī, qui l'aurait ordonnée pour défendre précisément la pureté linguistique du texte sacré contre les risques de corruption que lui...
  • ARISTOPHANE DE BYZANCE (257 av. J.-C.?-? 180 av. J.-C.)

    • Écrit par Universalis
    • 192 mots

    Directeur de la bibliothèque d'Alexandrie vers ~ 195, Aristophane de Byzance publia une version d'Homère, la Théogonie d'Hésiode, Alcée, Pindare, Euripide, Aristophane et peut-être Anacréon. Un grand nombre des « arguments » qui figurent au début des manuscrits de comédies et...

  • BEAUZÉE NICOLAS (1717-1789)

    • Écrit par Michel BRAUDEAU
    • 278 mots

    Né à Verdun, Beauzée s'attache d'abord aux sciences et aux mathématiques avant de s'intéresser à la grammaire. Lorsque Dumarsais meurt en 1756, Beauzée lui succède à la rédaction des articles de grammaire de l'Encyclopédie. Il publie en 1767 sa Grammaire générale ou...

  • CORAN (AL-QURĀN)

    • Écrit par Régis BLACHÈRE, Claude GILLIOT
    • 13 315 mots
    • 1 média
    ...qui faisait de la langue arabe en général, et du texte coranique en particulier, l'insurpassable expression de la transcendance elle-même. Commentaires grammaticaux et recherches philologiques n'ont donc pas été, dans l'Islam des origines et jusque dans le monde islamique contemporain, des disciplines...
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Voir aussi