EINEM GOTTFRIED VON (1918-1996)

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La carrière de Gottfried von Einem, figure importante de la musique autrichienne, est principalement marquée par l'art lyrique, ses six opéras s'étant imposés sur les plus grandes scènes du monde.

Il naît à Berne, où son père est attaché militaire à l'ambassade d'Autriche, le 24 janvier 1918. Il fait ses études en Allemagne et en Angleterre. En 1938, il est nommé répétiteur à l'Opéra d'État de Berlin et assistant au festival de Bayreuth. Peu après, il est arrêté par la Gestapo et passe quatre mois en prison pour avoir aidé des victimes du nazisme à s'échapper. Après sa libération, il travaille la composition avec Boris Blacher à Berlin (1941-1943). Celui-ci guidera ses premiers pas dans le monde lyrique en participant à la rédaction des ses premiers livrets d'opéras. Herbert von Karajan dirige la création de son Concerto pour orchestre (1944). Après le succès de son ballet Prinzessin Turandot, il est nommé compositeur résident et conseiller musical de l'Opéra de Dresde (1944). Mais il n'y reste que quelques mois et s'établit à Vienne, où il se perfectionne en contrepoint avec un maître de cette discipline, Johann Nepomuk David. En 1947, la création de son opéra La Mort de Danton, d'après la pièce de Georg Büchner, au festival de Salzbourg, le révèle au monde musical. Le succès de cette œuvre gagne rapidement les grandes scènes lyriques internationales, (il avait dépassé, en 1996, le millier de représentations). Au pupitre, pour cette création, le jeune chef d'orchestre Ferenc Fricsay remplace Otto Klemperer, souffrant. C'est le début d'une autre carrière fulgurante. Entre 1948 et 1951, Einem siège au comité du festival de Salzbourg et participe à son redressement. En 1953, toujours à Salzbourg, c'est la création de son deuxième opéra, Le Procès, d'après le roman de Kafka. Max Lorenz et Lisa Della Casa figurent en tête de distribution, Karl Böhm est au pupitre. Il séjourne ensuite aux États-Unis.

De retour à Vienne, il participe à la direction du festival (1960-1964). Entre 1965 et 1972, il est professeur à la Hochschule für Musik, où il compte notamment Arvo Pärt parmi ses élèves. Il est également président de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique autrichiens (A.K.M.) entre 1965 et 1970. Ruggiero Ricci crée son Concerto pour violon en 1970. Un an plus tard, il donne un nouvel opéra, La Visite de la vieille dame, d'après la pièce de Friedrich Dürrenmatt, créé à l'Opéra de Vienne et repris aussitôt dans le monde entier. À partir de 1972, il se consacre exclusivement à la composition. Dès lors, sa musique est créée par les plus prestigieux interprètes : Charles Münch (Symphonische Szenen, 1957), George Szell (Ballade pour orchestre, 1958), Georg Solti (Philadelphia Symphony, 1961), Irmgard Seefried (Von der Liebe, fantaisies lyriques, 1961), Wolfgang Sawallisch (Der Zerrissene, opéra, 1964), Zubin Mehta (Hexameron, 1970), Dietrich Fischer-Dieskau (Rosa mystica, 8 lieder avec orchestre, 1973), Carlo Maria Giulini (An die Nachgeborenen, cantate, 1975)... Puis il adapte la pièce de Schiller Kabale und Liebe (« Amour et Cabale »), opéra créé à Vienne en 1976. Un autre ouvrage lyrique, Jesu Hochzeit (« Les Noces de Jésus », Vienne, 1980) fait scandale, car il met en scène le Christ marié. Son dernier opéra, Tulifant, est une parabole sur l'asservissement et la destruction du monde contemporain ; il est créé à Vienne en 1990. Deux ans plus tard, Einem est l'un des rares compositeurs sollicités pour le cent cinquantième anniversaire de l'Orchestre philharmonique de Vienne, à l'intention duquel il compose Fraktale, concerto philharmonico. Il meurt à Oberndümbach, en Basse-Autriche, le 12 juillet 1996. Il avait épousé en secondes noces, en 1966, Lotte Ingrisch, qui a écrit les livrets de ses trois derniers opéras et dont il a mis en musique de nombreux poèmes (Alchemistenspiegel, 1990 ; Prinzessin Traurigkeit, duos vocaux, 1992).

Einem, qui a toujours refusé d'écrire une musique qui « torture ses auditeurs », a cultivé une musique « pour le plaisir ». Son langage est essentiellement postromantique, bien que le jazz soit fréquemment présent dans ses œuvres de jeunesse. Il a assimilé les langages les plus divers, mais c'est l'élément dramatique qui occupe la place prépondérante. Ennemi des grands développements, il pratique un art concis, plein d'élan et de force vitale. Le rythme est généralement omniprésent. Outre des œuvres scéniques et symphoniques, il a composé beaucoup de musique vocale (Missa claravallensis, 1987-1988 ; Tier-Requiem, 1996) et des œuvres de musique de chambre qui s'inscrivent dans la grande tradition autrichienne du genre : ses cinq quatuors à cordes ont été créés et imposés par les quatuors Alban Berg, Küchl, Brandis et Artis.

Rares sont les compositeurs qui ont été autant comblés d'honneurs de leur vivant. Einem était une institution pour les musiciens viennois, qui voyaient en lui une synthèse raisonnable entre l'héritage d'un passé illustre et un renouveau prudent.

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « EINEM GOTTFRIED VON - (1918-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gottfried-von-einem/