DELLA CASA LISA (1919-2012)

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Ni Mozart, ni Richard Strauss ne sont parvenus à les départager. Certes, dans l'esprit du plus grand nombre, les sortilèges jetés par la magicienne de la sophistication absolue, Elisabeth Schwarzkopf, ont paru l'emporter. Les vrais amateurs le savent bien pourtant : la pudique vestale du chant intérieur, Lisa Della Casa, nous entraînait, par d'autres sentiers, sur les mêmes inaccessibles sommets.

La soprano suisse Lisa Della Casa naît à Burgdorf (canton de Berne) le 2 février 1919. À Zurich, elle étudie le chant avec Margarethe Haeser. Elle débute en 1941 sur la scène du théâtre de Solothurn-Biel dans le rôle de Cio-Cio-San (Madame Butterfly de Puccini). De 1943 à 1950, elle appartient à la troupe du Stadttheater de Zurich, où elle aborde des univers variés, qui couvrent tout à la fois Mozart, Verdi, Offenbach et même Gershwin. Le Staatsoper de Vienne l'appelle en 1947, lui offre dès 1952 le titre envié de Kammersängerin et lui restera fidèle jusqu'à ses adieux à la scène en 1973. C'est le festival de Salzbourg qui lance, en 1947, sa carrière internationale, alors qu'elle incarne Zdenka (Arabella de Richard Strauss) sous la baguette de Karl Böhm. Lisa Della Casa est dès lors recherchée par les plus prestigieux théâtres lyriques : Londres, Paris, Munich, Glyndebourne, Milan, Bayreuth, ainsi que le Metropolitan Opera de New York où elle se produit régulièrement de 1953 à 1968. Elle côtoie les plus grands chanteurs de l'époque et les chefs illustres. Son vaste répertoire s'étend de Haendel à Mahler, en incluant Wagner – elle chante Eva (Les Maîtres chanteurs de Nuremberg) et Elsa (Lohengrin) –, les opérettes viennoises qu'elle pratique depuis sa jeunesse, ainsi qu'un vaste choix de lieder. Elle ose avec le même naturel la musique de son temps : elle tient le rôle de la Jeune Fille lors de la création à Munich de Die schwarze Spinne du compositeur suisse Willy Burkhard (1949), et assume les trois personnages féminins du Procès de Gottfried von Einem (1953) lors de sa première représentation mondiale, à Salzbourg.

Le cœur de son domaine d'élection repose néanmoins sur deux noms. Lisa Della Casa nous laisse en effet d'admirables prestations mozartiennes dans Fiordiligi (Così fan tutte), Donna Elvira (Don Giovanni, gravé sous la direction de Josef Krips) et la Comtesse (Les Noces de Figaro, enregistrées sous la baguette d'Erich Kleiber). La moisson de références est plus abondante encore avec les héroïnes nées sous la plume de Richard Strauss : Octavian, Sophie et la Maréchale (les trois protagonistes féminins du Chevalier à la rose), Ariane (Ariane à Naxos), Chrysothemis (Elektra), ainsi que le rôle-titre de Salomé et d'Arabella. La soprano, dirigée par Karl Böhm, signe en 1953 un premier et sublime enregistrement en studio des Quatre Derniers Lieder du même musicien. Au sein de ce royaume qui n'admet que peu d'élues, la clarté de son timbre laiteux, la souple longueur de sa ligne vocale et la délicatesse d'un phrasé quasi instrumental font des miracles. Elle trouve sans effort apparent, avec une sérénité rayonnante, l'évidence du style et une simplicité expressive dépouillée de toute surcharge émotionnelle inutile. Un mélange de naturel et de subtilité qu'il est bien rare de rencontrer.

Les Noces de Figaro

Photographie : Les Noces de Figaro

De gauche à droite, la soprano britannique Genevieve Warner (Suzanne), la soprano suisse Lisa Della Casa (la Comtesse) et le baryton autrichien Alfred Poell (le Comte Almaviva) dans la production de l'opéra de Mozart Les Noces de Figaro, donnée au festival de Glyndebourne en 1951 dans la mise... 

Crédits : John Chillingworth/ Moviepix/ Getty Images

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Arabella

Photographie : Arabella

La soprano suisse Lisa Della Casa dans le rôle-titre de l'opéra de Richard Strauss Arabella, donné au Covent Garden de Londres en 1965 dans une mise en scène de Rudolf Hartmann et sous la direction musicale de Georg Solti ; le baryton allemand Dietrich Fischer-Dieskau interprétait Mandryka.... 

Crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

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À compter des années 1970, la diva ralentit progressivement ses activités. Après avoir incarné pour la dernière fois – à Vienne en 1973 – Arabella, dont elle donnait jadis, accompagnée par Georg Solti, une interprétation quasi définitive, Lisa Della Casa quitte sans cérémonie la vie musicale. Elle mène en Suisse une discrète retraite dans son château familial de Münsterlingen (canton de Thurgovie), au bord du lac de Constance. C'est là que s'éteint, le 10 décembre 2012, l'une des plus grandes voix de sa génération.

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Pierre BRETON, « DELLA CASA LISA - (1919-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lisa-della-casa/